recueil – Prune : collection rouge 2025

  • La nuit souvent je dors

    Dans mon lit souvent je dors,
    Mais quand je ne rêve pas
    Je repense à ces trésors
    Cachés sous mes falbalas.

    Mon vieux pilou pelucheux
    Protège ce corps jeté
    Dans un esprit curieux
    Au creux de mon cher passé.

    J’espère encore un chaland
    Au futur antérieur
    Quand nous aurons pris le temps
    D’un instant de pur bonheur.

    Installons un baldaquin,
    Un merveilleux ciel de lit
    Où perdre nos regards coquins
    Après les joies de la nuit.

    Alors on frappe à ma porte :
    C’est le livreur de Bo-Bun
    À qui d’une voix accorte
    Je dis : « Fly me to the moon » !

     

  • Diogène et moi

    De son tonneau Diogène avait cherché un homme.
    Moi, la femme, j’aurais aimé qu’il fût un baume
    à mon désir, cet homme, le doux gentil en somme,
    pelotant notre amour en un beau jeu de paume.

    Parfois j’ai rencontré en sautant une haie
    sur ma route au hasard un peu d’humanité
    qui procura chez moi ce vain traité de paix
    trop vite rejeté par manque d’équité.

    Ô ils n’ont pas manqué toutes ces bonnes pâtes
    de me faire la cour, reluquer mes appas
    comme ce gros toutou qui dans son bol d’eau lape.

    À Paris, au musette où danser rue de Lappe
    croiserons nos égos avant notre trépas
    pour un dernier tango — à moins que tu t’en tapes !

  • Il n’a pas inventé la poudre

    Il n’a pas inventé la poudre
    Ni même la bombe atomique :
    Une ignorance pathétique,
    De guerre ce n’est pas un foudre !

    Il ne pollue pas la planète,
    Respecte la couche d’ozone
    Et de la flore et de la faune
    Il en conçoit comme une Mecque !

    Le réchauffement climatique
    Ne lui doit rien assurément
    Son pouvoir d’achat et l’argent
    De tout cela il ne se pique !

    Mon chat serait-il un peu bête ?
    Dans quelle galaxie vit-il ?
    Jamais ne se fait de la bile,
    Que se passe-t-il dans sa tête ?

  • L’homme est un loup pour l’homme

    L’homme est un loup pour l’homme et je sais des barzoïs
    attendant de ma part qu’on sonne l’hallali
    afin de l’égorger dans sanglante partie
    où l’effluve se mêle à mon eau de monoï.

    Quel fier lévrier russe et digne du Bolchoï
    poursuivant l’Ysengrin dont l’étoile pâlit
    devant ces canidés avant toute ordalie
    chantée par le trouvère en belle langue d’oïl !

    Ô toi le loup trop lourd qui toujours nous rabaisse,
    attention à mes chiens quand détachant leur laisse
    je libère l’ardeur vers quoi tend leur duo.

    Je veux de l’amour fou, pas d’ersatz romantique,
    car le féminicide — aux dires du bourreau —
    ne serait que le fruit d’un amour pathétique !

     

  • Sonnet du sansonnet

    Le ciel s’emplit soudain d’un étrange froufrou :
    L’étourneau sansonnet, virtuose en parade
    Imite les accords d’une cloche malade
    Et jette à ce vent d’août ses refrains de quat’ sous.

    La voix en son gosier de bel imitateur
    Tantôt grave et profonde, ou bien vive en cascade
    Fait écho au passé d’une plainte en ballade
    Qui devient, sans sonnet, promesse de bonheur.

    Moi, pauvre rimailleuse exprimant sa détresse
    Je rêve du velours de rimes en souplesse
    Que l’art accorderait à toute strophe inquiète,

    Car lui, le sansonnet réinvente un sonnet
    Et de son bec jaillit la musique concrète
    Quand moi je la trahis – roupie de sansonnet !


    Discuter de ce poème sur le forum Nos Poèmes

  • Au pays des hommes nus

    C’est au pays des hommes nus
    Que maints Apollons callipyges
    De leur séant faisaient la pige.
    On n’y était jamais déçu !

    J’avais descendu l’Amazone
    Sur la pirogue balancière,
    Moi, l’orpailleuse braconnière
    Enivrée de milliers d’arômes.

    De ces Adams au Paradis
    Je vis entre les frondaisons
    Nombre de bijoux polissons
    Qui me mirent en appétit.

    J’accostai sur la rive ô gué !
    Et sortant mon harmonica
    Je déclenchai une bronca,
    Ma bouche rêvant de baisers.

    Monde superbement divin,
    Romantique, passionné
    Sans qu’aucune naïveté
    Jetât son voile puritain.

    Nos ébats firent des émules
    Et bientôt la forêt bruissa
    De mille cris de cette ola
    Qu’un sort puissant, en joie, stimule.

    L’or m’attendait un peu plus loin.
    Je dus quitter ce doux pays
    Où les cent hommes m’ont bénie.
    Cela, vous en êtes témoins.

    Il paraît que ces hommes nus
    Vivent toujours nus, mais parés
    De pépites d’or en collier,
    Cet or qui leur fut dévolu.

    On dit que la belle orpailleuse
    Qui s’arrêtait le long du fleuve
    Y honorait avant qu’il pleuve
    Ces myrmidons cherchant la gueuse.

  • Je suis une harpie

    Je suis une harpie enfermée dans la cage
    qui lui sert de prison à la vue du regard
    des benêts de l’enfer se pensant de passage
    alors qu’ils sont cloués sur leur vie de hasard.

     

    Une sorcière en moi un peu anthropophage
    se repaît al dente d’une âme à manger tard
    par un tour de magie, dont le triste apanage
    demeure vers minuit le foutraque bazar.

     

    Sans qu’on me le concède une goule pas sage
    sommeille dans ma tête et je vous prie de croire
    qu’en suçant votre sang avec toute sa rage
    elle aura de vos corps l’héritage des hoirs.

     

    Pourtant si je pouvais enfin tourner la page
    à Brocéliande, calmer mon désespoir
    dans les bras de Merluche, un enchanteur hors d’âge
    entouré de ses fées chatoyantes en moire.

  • Mon idéal

    Je veux de l’idéal retrouver l’harmonie
    dans la sphère céleste où file mon étoile
    qui éclaire mon âme au cœur de cette nuit
    vers l’ailleurs de l’esprit quand le corps met les voiles.

    Une folle équipée projette sur la toile
    le désir sensuel pour qui aime la vie
    d’un film au ralenti faisant dresser les poils,
    l’émotion palpable au soir des ressentis.

    Malgré le temps qui passe en cette année bénie,
    je m’enchante un instant, transi jusqu’à la moelle,
    du bonheur absolu sublimant mes envies.

    Tu vois que malgré tout en spectateurs ravis
    de notre impéritie à attiser le poêle
    nous nous réchaufferons sous notre ciel de lit.

     

  • De l’amour

    L’amour est ainsi fait qu’on en demande encore,
    ce qui n’est pas le cas de la mort et pour cause !
    J’ai connu des amants qui se donnaient la mort,
    mais jamais des défunts voyant la vie en rose.         

    Les danses macabres n’ont plus cours aujourd’hui
    ni les karaokés dans tous les mausolées,
    car tous les bals perdus préféreraient la vie
    même dans les EHPAD aux rythmes syncopés.

    Alors me direz-vous, quid des petits bisous
    au fin fond de la Creuse qui n’aspire qu’à rejoindre
    la Seine sans façon et son cœur d’amadou ?

    J’en conclus in fine par un appel aux feux
    de l’amour du prochain où l’on sent toujours poindre
    des bribes de folie malgré la mort en creux !

  • Le tatou au bois du loup

    C’est un tatou au bois du loup
    qui vivait sans aucun tabou
    quand il entraînait au taillis
    une qu’acceptait la saillie.

    Ce mammifère placentaire
    se rengorgeait tellement fier
    d’une Amérique tropicale,
    lui, le fossile aux mille écailles.

    J’avoue que mon ami tatou
    de goût ne commet pas de faute
    lorsqu’il se roule dans la boue.

    Moi qui arbore mes tattoos
    dont mes avant-bras sont les hôtes,
    je veux danser comme un Papou !

    [mes-vues]

  • Suicide en direct

    Je marche dans la vie comme on marche la nuit.
    Un maigre réverbère éclaire mon ennui
    et la brume d’hiver hante mon insomnie
    lors que mes pleurs brûlants submergent la minuit.

    La corde pour me pendre, elle attend au salon
    devant un pauvre rhum arrangé sans-façon
    et j’écoute, égaré, le vieux bandonéon
    qui expire, asthmatique, un air de baryton.

    Que c’est triste à mourir ce flot de nostalgie
    à tordre la tripe d’une mélancolie
    dont un vain ressenti affuble ses envies.

    J’escalade et je pousse un petit tabouret
    gigotant dans le vide accroché à l’étai
    et je le sens déjà, mon squelette qui brait.

  • Au marché de Noël

    Au marché de Noël j’ai compris que l’amour,
    entre ces beaux sapins enneigés de paillettes,
    m’attendait à l’échoppe où un décor de fête
    arrosée de vin chaud célébrerait ce jour.

    Et comme chaque année tu paraîtrais encore
    au milieu des flonflons, du parfum de cannelle,
    toi mon fantôme aimé qui te ferais la belle
    le vingt-cinq au matin d’une nuit d’hellébore.

    Tu m’étais revenu au terme de l’Avent
    pour repartir trop vite avant la Saint-Sylvestre,
    mais du rêve enchanté, j’en aurais pour longtemps.

    Un air d’accordéon m’entêtait sans détour
    et l’odeur de ton corps se mêlant à l’orchestre
    nous entraînait au feu d’un hivernal retour.

  • La rose de Noël

    La rose de Noël scellera son destin,
    elle qui n’eut jamais un soupçon de parfum
    dans notre galaxie élaborant la fin
    d’une tendre hellébore au froid dans le jardin.

    Le soleil, nous dit-on, avalera la Terre
    de son feu infernal pour un festin de pierre
    après avoir tout bu ce qu’il restait de mer
    avant de suicider le système solaire.

    Dans mon vaisseau spatial au gré de la fortune,
    je guette ce traîneau qui passe sur la lune
    vide de toute idée, n’en cherchant trouducune.

    Un zombie rouge et blanc, tiré par des squelettes
    de rennes foudroyés, mais toujours à la fête,
    me fait un doigt d’honneur qui enchante ma tête.

  • Noël à Prague

    Je ne t’ai pas trop cru quand tu m’as dit : je t’aime !
    Pourtant à Varsovie, ou bien peut-être à Prague,
    comme nous en Bohème, tu m’y offris la bague,
    déclaration d’amour devant un café crème.

    La ville aux mille tours et aux mille clochers
    résonne pour nous deux en ce soir de Noël
    quand un parfum d’encens à ton odeur se mêle
    au risque d’une église en son miserere.

    Bras dessus, bras dessous, piétons sur le pont Charles,
    lumières reflétées sur ton eau, Vitava !
    un baroque désir fait alors que tu parles

    plus tard dans cet hôtel, de mettre à l’unisson
    la fête des enfants au cœur de notre ébat
    pour l’étreinte propice au tendre nourrisson.

  • Un Noël idéal

    Le Noël idéal, c’est Noël sans Noël,
    Le Noël idéal, c’est Noël sans la crèche,
    La crèche sans Jésus, et Jésus sans son prêche,
    Le sapin dénudé, la fin de Jingle Bells !

    Le Noël idéal, c’est sans les magasins,
    Les vitrines tristes qui ne consomment pas
    L’énergie qui nous pompe au soir d’un bon repas !
    Occultez la lumière et le rite ambrosien !

    La magie de Noël ou l’esprit de Noël,
    Ils s’en foutent, pas vrai ? Ils ne croient plus en rien,
    Mais leur opium à eux reste aussi irréel !

    Ils se vouent à l’enfer, l’industrie culturelle !
    Moi, pour un nous, je garde un réveillon païen :
    Un Noël sans Noël ne serait plus Noël !

  • Dinde et chapon farcis

    C’était en décembre, le vingt-quatre je crois :
    la dinde était farcie et la mamie aussi ;
    prostate du chapon a redonné l’envie
    aux grands-parents tout nus devant leur feu de bois.

    Ils ont deux heures à perdre avant que les enfants
    débarquent. Quant à eux, leurs jouets bien rodés,
    en toute impunité ils peuvent s’adonner
    au plaisir de l’amour sous le sapin qui sent.

    Bonne-maman ce jour s’étonne, mais n’oppose
    aucune résistance en se félicitant
    de la contraception que vaut la ménopause.

    Sainte nuit ! risque aucun que Marie pas niquée
    découvre deux Jésus ; ni que les vieux amants
    y voient l’Évangile d’anciens culs paniqués !

  • Stances de Noël

    La météo n’a pas menti :
    il neigera bien sur Paris.
    Mon feu de bois déjà crépite,
    le beau sapin est saprophyte
    et les chants de Noël résonnent
    de YouTube sur le smartphone !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    La dinde et ses marrons mijotent ;
    j’envoie les soucis aux pelotes ;
    il faudra que tout soit parfait ;
    une bûche glacée au frais
    et notre amour renouvelé
    dès le matin par nos baisers.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Il a accusé réception
    de notre lettre où sans façon
    nous lui avons recommandé
    de remplir nos petits souliers
    sans oublier les chocolats
    pour égayer notre repas.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Le foie gras d’oie et de canard
    que nous dégusterons pénard
    avec les huîtres et le saumon,
    les Saints-Jacques venant du Mont.
    Le champagne coulant à flot
    explosera nos caberlots.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Ne t’inquiète pas mon aimée.
    Les dividendes cette année
    sont conséquents et lors sereins,
    nous emprunterons dès demain
    les pistes de Haute-Savoie
    dans la poudreuse et dans la joie.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Nous pousserons jusqu’à Genève
    chez ce banquier portant nos rêves
    vérifier que le coffre fort
    ne fera pas l’envie à tort
    aux pauvres qui complaisamment
    se vautrent dans le dénuement !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Je n’ai pas l’âme d’un berger.
    Si les brebis sont fatiguées,
    je leur conseille quelques brasses
    dans la piscine qui décrasse
    – piscine privée et couverte –
    où retrouver un corps alerte !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Refaisons l’amour, mon amour !
    Dépouillons-nous de nos atours,
    ça ne coûte rien et les pauvres
    vivant à Paris ou Hanovre
    peuvent prétendre à un orgasme
    s’ils veulent sortir du marasme.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Tu crois que fatigue et tracas
    oblitèrent les fins de mois
    et entament la libido ?
    Je reconnais que c’est ballot
    et je les plains de tout mon cœur,
    ces pauvres, rétifs au bonheur !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Les derniers seront les premiers
    et les plus pauvres, bons derniers,
    découvriront que les enfers
    rétabliront l’égalité.
    En attendant, nous on s’empiffre
    au son du hautbois et des fifres !

    Ah bon… il manquait quelque chose ?
    Moi, je ne saurais dire quoi !

  • Tintin aimait Milou

    Tintin aimait Milou qui lui ne l’aimait pas.
    Le drame est racinien, la folie meurtrière,
    car je l’ai vu sombrer, le petit reporter.
    Mais revenons au fait et narrons pas à pas.

    Le chien kiffait l’alcool, le capitaine Haddock
    comme la tomate s’acoquine à la farce ;
    Dupond fourrant Dupont au meilleur de leurs farces ;
    le cidre pétillant dans le creux de sa moque.

    Tintin tua Milou par une nuit sans lune
    et il se suicida d’un coup de Trafalgar.
    Lors, moi je reste seule à pleurer pour des prunes.

    Je vivrai recluse sans amis, sans amours,
    Ressentirai-je un jour, ici ou quelque-part,
    Le salto de ma vie, l’ivoire de ma tour ?

  • De-ci de-là

    J’allais de-ci de-là au gré de ma folie
    embouchant la trompette éclatante et rebelle,
    car il était écrit que seule l’utopie
    transporterait mon âme en faisant la part belle

    à ce chemin boueux qui engluait mes pas
    et crottait les souliers que j’avais achetés
    en solde sur le tard afin que l’on n’ait pas
    du bébé l’eau du bain, une vie à jeter.

    Alors ce qu’il advint et vous le devinez
    éclata au grand jour pour mon plus grand malheur
    devant l’aréopage où mon cœur raviné

    se délocalisait vers un pays d’accueil
    dont je garde l’adresse en mon for intérieur
    faute de le nommer et d’éviter l’écueil.

  • Serpente le ruisseau

    Serpente le ruisseau entre deux rangées d’arbres
    d’un bois pétrifié qui ressemble à du marbre
    comme si un désert en sa douce oasis
    rafraîchissait le feu d’éléphantiasis !

    Il fait beau ce matin sur les quais de la Seine
    et de la Tour d’Argent, je domine la scène
    où j’irai me baigner après le déjeuner
    en regrettant un peu les superbes palmiers.

    Un chameau ne dit mot en attendant les flots
    de touristes badins qui montent sur son dos
    et dont le souvenir m’arrache tant de larmes.

    De retour à Paris j’envisage déjà
    de boire un lait de chèvre au souk frais de Djerba
    avec quelques dattes pour déposer les armes !

  • Dans la chaleur de l’amour

    Oui, toute la journée il avait fait grand frais ;
    si glaciale la nuit quand je me réveillai.
    La lune et la gelée irradiaient le jardin ;
    le givre couvrirait les vitres au matin.

    Le chat me rejoignit sur le tard sous les draps
    me gratifiant déjà de ses tours d’apparat
    comme seul un félin déploie ses sortilèges
    en toutes les saisons, qu’il pleuve, vente ou neige.

    Un feu triste dans la cheminée se mourrait
    et, malgré ma robe de chambre, je pelais
    de froid au risque, certes, je le sentais bien
    de rejoindre la mort qui rôdait dans le coin.

    Comme je souhaitais revivre le printemps
    quand le corps se délie et que d’un cœur battant
    une sève nouvelle a pénètré le bas,
    mais aussi par le haut au hasard des frimas !

    Le corbeau, imprégné dès sa sortie de l’œuf,
    de ses pattes menues calligraphiait de neuf
    sur la terre blanchie ses rêveries d’oiseau
    et moi je commençais à jouer des appeaux.

    L’armée des ombres fuit aux premières lueurs
    D’une aube dissipant des ténèbres la peur ;
    et alors en mon être une voix s’éleva
    afin de lui donner, au poème, le la.

    La brouette grinçait en rapportant le bois
    qui sécha tout l’été au gré fou du noroît
    dessous son appentis et, qu’aujourd’hui enfin,
    des braises bienvenues voueraient à son destin.

    C’est un ange qui passe et lors je me demande
    si le côté obscur de ma vie se débande
    au profit d’une joie qui glorifie mes sens
    et surjoue en mon for poétique naissance.

    Je marche sur les mains et d’un salto arrière,
    lâche prise en mon douar, cette intime clairière
    où je peux folâtrer à l’abri des regards
    en attendant l’amour que j’espère gaillard !

    Je veux le vent qui souffle, toujours, encor’ plus fort,
    qu’il assène la pluie aux cris des mandragores !
    Je veux de la tempête et geindre de plaisir
    bien au chaud dans tes bras retrouvés où gésir.

  • En ce jour lumineux

    En ce jour lumineux je parcours en rêvant
    cette carte du tendre où je me perds souvent
    avec mon amoureux aux petits soins pour moi
    sans pour autant qu’il croît maîtriser mon émoi.

    Quelques bourgeons épars annoncent le printemps
    et je me vois déjà courir comme une enfant
    poursuivie par l’amour qui me tendrait les bras
    en riant à l’avance au lin de nos beaux draps.

    Qu’il fait bon ce matin chanter l’alléluia
    des corps se réveillant au terme des frimas
    quand le jardin prépare un bouquet de parfums.

    Nous oublierons un temps les guerres à venir
    afin de libérer ces mille et un plaisirs
    dont la douce inconstance offrira le festin.