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Les trois bannis
Trois bannis ont été exilés pour toujours
d’un douar qu’ils avaient nourri au fil des ans
de leur vivante poésie malgré le temps
où ils pensaient œuvrer à des Belles-de-jour.Communauté, partage, on croyait à l’amour
des lettres sublimées vers quoi un doux penchant
semblait ouvrir le cœur à jamais palpitant
alors qu’un vent mauvais se la jouait glamour.Des fats terrorisés par leur grand Manitou
se sont très peu bougés et même pas du tout,
cependant qu’ils louaient leurs confrères d’hier.Laissons là ces ballots qui ne méritent pas
Plus qu’un petit sonnet en son rappel amer ;
Et qu’au ciel une étoile accompagne nos pas ! -
La Chasseresse
On l’appelait la chasseresse,
mais au fait quel était son nom ?
On l’accusa la pécheresse
pas comme il faut, comme un poison.On dit qu’elle aurait disparu
après une mauvaise blague.
Alors ses muses se sont tues
et elle ne fait plus de vague.Depuis l’on cache son prénom
sauf si l’on veut se recueillir
au Louvre à l’abri des sermons.Je sais comment la lire ailleurs
dans cette passion d’écrire,
celle qui tonne à la bonne heure ! -
Le calligramme du Bordeaux clairet
Vin
Fin
Décanté
Encarafé
In vino véritas
Si de guerre lasse
Ce Bordeaux clairet
Qui enchante le palais
En titillant nos papilles
Va dilater les pupilles
Au nom d’une santé
Ès temps passé
À tant survivre
De toi ivre -
Haïku d’Hiver

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Je serai très précis
Je serai très précis quant au temps qu’il me faut
pour gagner l’utopie n’en déplaise à la mort
dont nous ébrécherons le tranchant de la faux
avec un tant soit peu de plaisir, mi amor !Ma vie en trompe-l’œil se décline au présent
se moquant du passé, abjurant l’avenir
comme si à jamais on m’offrait le présent
glissé dans mes souliers d’un Noël à venir.Écoutez mes amis le chant joyeux du barde
en cet espace-temps où vibrent les accords
de l’orgue limonaire avant que cela barde !À bord de l’astrojet vers l’autre galaxie,
toi et moi, nous irons tenter un faux raccord
au cœur du multivers jouir d’une ataraxie. -
Un peu de vague à l’âme
Un peu de vague à l’âme et tant de souvenirs
envahissent mon cœur au détour d’un guéret
où sommeille en jachère un triste repentir
de ce que fut ma vie du temps d’avant l’arrêt,car la bombe atomique a rasé nos villages
et même le lavoir ne peut plus accueillir
dans l’eau lourde à jamais ces joyeux commérages
quand les lavandières s’exclamaient de désir.Allez mes chers amis, ressortons les bombardes
et toi, mon bon vieux Louis ton biniou de légende
pour un dernier bagad sous le soleil qui dardepuisque je veux mourir au caveau des ancêtres
à l’ombre de l’église en ruine sur la lande
dont seul le clocher tors résistera sans prêtre. -
Bison et zombie
Les copains du bison en verlan l’appelaient
zombi, mais l’homme après la Grande Catastrophe
vit surgir des zombies que par peur on nommait
bizons quand ils rimaient au détour d’une strophe.La poésie restait au cœur du cataclysme
l’exutoire frileux de qui sait que la mort
rodait dans le dédale en son vain pessimisme
d’une fin annoncée sans ironie du sort.Mais le bison zombi et la zombie bizon
tombèrent en amour sur la place Saint-Marc,
car leurs masques coquins ôtés dans la maisonlibérèrent de fou le feu follet friand
d’une flèche enflammée que tira de son arc
un cupidon ailé, dénudé et brillant. -
Dieu reconnaîtra les chiens
Dieu reconnaîtra les chiens.
L’ayant bien compris, j’aboie,
je jappe et puis tout en joie
je m’ébroue en bon chrétien.Esgourdez, vous, les humains,
pour aller au paradis
suivez mézigue, pardi !
en marchant droit sur les mains.Certains oiseaux l’ont saisi
qui imitent le canin
en modulant leurs lazzis.Disant ça, je ne dis rien
et tant pis pour les païens :
Lucifer connaît les siens ! -
D’amour ou d’idéal
Avec mon baluchon d’amour et d’idéal
j’avais repris la route escarpée et sauvage
qui mènerait tout droit au pays de santal
où le parfum se mêle à un tendre ramage.Au loin, crêpés de blanc, des sommets de vertu
semblaient trop éloignés pour un être fugace,
mais moi je devinai — à ce qu’il m’apparut —
que c’était à portée de mon esprit sagace !Le soleil se coucha et je vis mille étoiles
harmoniser leur feu afin que l’on saisît
que fait de chair et d’os il y va de la moelle
dont on crée l’humain libre en sa pure utopie.Je revivais alors une folle genèse
faite de sentiments d’une âme sans contrainte
et pourtant solitaire et même mal à l’aise,
car je sentais en moi le début d’une plainte.Lors, un petit bonhomme en sa rondeur exquise
sortant de nulle part, offerte aux quatre vents,
chanta sa mélopée digne d’un Heurtebise,
cet ange si propice à tout rapprochement.La fusion totale y dura mille jours.
De nos corps en émoi jaillissaient tant de faim !
Du moins on y a cru jusque dans les faubourgs
de la Jérusalem céleste à toute fin.Voilà, tu l’as compris, je devenais plus femme
dans une parousie à l’acmé de l’instant
suspendu au son clair d’une harpe où se pâme
l’innocence torride accrochée aux amants.Depuis nous honorons pour repeupler la terre
la vive effervescence engendrant, infini,
l’ailleurs sans frontières et vesprée du tonnerre
transportant le midi au-delà de minuit. -
J’ai rêvé cette nuit
J’ai rêvé cette nuit que j’étais admirable
et comme le lapin dont on vante le râble
je m’en vas de ce pas parchin me mettre à table
afin de vous narrer une si jolie fable.Fourquette de Théville, une omelette au lard
avait rempli ma panse et malgré qu’il fût tard
un café arrosé fit de moi l’être à part
qui reprenant sa route avait un air hagard.Au Hamel ès Ronches je pris l’autostoppeuse,
le visage d’un ange et nue sous sa vareuse
sans qu’il émanât d’elle une quelconque gueuse
si tant est que je fusse un bœuf, une macreuse.Cette histoire insensée jusqu’à l’incandescence
d’un amour de folie dont le feu et l’essence,
au cœur du Cotentin où le corps se dépense,
y perdirent raison — je comprends qu’on me tance !Ce rêve bien réel empreint de symbolique
me titille l’esprit et rend mélancolique
l’âme du pauvre hère en proie à la panique
de l’âne dans son pré reniflant le colchique. -
Il neigeait sur le Potomac
Il neigeait en tempête sur le Potomac,
treize janvier mille neuf cent quatre-vingt-deux
sur le vol quatre-vingt-dix. Prenant place en queue
de l’appareil, j’étais ravi du tomahawkacheté le matin dans la réserve indienne,
non loin de Black Hills de triste memory
quand George Crook de ses effectifs y perdit
une moitié au cours des guerres indigènes.Notre Boeing 737 d’Air Florida,
juste après un décollage mouvementé,
s’était dans le fleuve par ce froid abîmé,
la scène se déroulant sous les camérasde télévision. Chacun se rappelle encore,
malgré l’héroïsme de certains passagers,
qu’il n’y eut que cinq survivants, dont deux blessés
sur les soixante-dix-neuf personnes à bord.Moi, je ne dois la vie qu’au sacré tomahawk
quand il me vint l’idée de m’accrocher au tronc
charrié dans un chaos de glace sauvageon
des chutes déchaînant les eaux du Potomac.Lors, je suis animiste, écolo et Indien
vénérant cette hache au creux de ma mémoire
qui sur ma cheminée s’expose en grande gloire
nichée au bocage de mon fier Cotentin.Toi le horsain, étranger à la Normandie,
s’il t’arrive d’échapper au réchauffement
climatique, souviens-toi de ces pauvres gens
qui moururent de froid en ces États-Unis.Le trop chaud, le trop froid n’est pas bon aux humains
qui se baignent en avion dans le Potomac,
sans ce soucier d’emporter a good tomahawk
acheté pour de rien et en bagage à main !Désormais, je n’arpente les rues de Cherbourg
qu’avec hache à la ceinture et un parapluie.
Je sais qu’il me pardonnera, Jacques Demy,
d’américaniser son histoire d’amour. -
La princesse de Dur-Écu
La princesse de Dur-Écu
me fit, ma foi, le grand honneur
de lui procurer ce bonheur
à l’ombre du mari cocu.J’étais un jeune jouvenceau
empreint d’idéal et d’amour
et je portais tout mon secours
à la dame avide de mots.Des promenades en calèche
sur les bords du lac de La Tesse
et des soirées enchanteresses
nous embrassaient pendant la fraîche.La nuit après que Cupidon
nous a entraînés à la faute
dont nous réparions à voix haute
l’égarement par du Didon,je savourais le paradis
d’un désir demeuré intact
comme si en mon cœur un pacte
dirigeait notre vie, pardi !Le temps passe et les doux printemps,
quand les giroflées se réveillent,
réactivent ce goût de miel
des baisers du presque charmant.Le ciel ne va pas sans orages
aux éclairs des vraies passions,
au tonnerre de l’alcyon
nidifiant loin de nos plages.Alors la terre après la pluie
exprimait ses plus forts parfums
et nous marchions main dans la main
sous l’azur dégagé qui luit.La princesse de Dur-Écu
s’est retirée en son château.
Quant à moi, son vieux jouvenceau,
je vis mon heur de tape-cul.Lors, quand ma goutte le permet,
je me plante au pied de la tour
et ma bombarde des beaux jours
sonne à ses pieds le guilleret.La dame fait-elle le guet
entendant le barde amoureux
qui ne s’y trompe dans son vœu
d’escalader le pierrelet ?Toi, le lecteur impénitent,
pardonne au roi des Rocamboles
d’avoir au temps des amours folles
oublié sa rose des vents. -
Concordance des sexes
La femme l’est-elle jusques au bout des seins
et l’homme bien trop lourd du poids d’un cheval mort ?
Les marins d’Amsterdam pissent-ils dans le port
sur la femme infidèle et sans ronger leur frein ?Une chanson d’amour nous fait rêver toujours
à la délicatesse au cœur des sentiments,
au charme suranné sur la flûte de Pan
de ces doux corps-à-corps privés de leurs atours.Et goûter à jamais les fruits de la passion
dont les jus suaves abreuvent nos sillons :
je dis cela pour toi ô ma belle Suzon !Bien que file le temps, nous révisons les règles
de la carte du tendre enrubannée de ton
désir de s’envoler dans le ciel bleu des aigles. -
Grotesque, vous avez dit grotesque ?
Grotesque ? Tu sembles ridicule, bizarre,
risible au demeurant, parfois mêlé d’effroi.
Et pourtant je t’admire ô ma tête de l’art
— Théophile Gautier dans la Vallée des Rois !J’aime les grimaciers et leurs difformités !
Lors un Quasimodo me paraîtra sublime
quand un vers dépoli sur ses tout petits pieds
foule en terre inconnue et scande fort la rime.Non ! Les billevesées, les fadaises mortelles
— comme ces séries B prisées des cinéphiles —
qui enchantent les sens sans mère maquerelle,
trouveront ici-bas à répandre leur bile !Le printemps maladif aux âmes mal armées
ne saurait supplanter un bel hiver pourri,
pâle dans le malheur d’une nuit d’Idumée
où le bois de santal bave boue et rubis.Le pitre fait la roue ignoble des quinquets
qui laissent dans leur ombre un dégoût salutaire
vautré dans l’infini de ses pauvres caquets
que surjoue en passant une voix de chimère.Combien le pétomane — et sa brise d’anus —
réjouit l’atmosphère en saturant l’espace,
colle au nez impeccable, affûté de Vénus
callipyge, statue brisant sa carapace ?Alors nous, les petits, les songe-creux sans gloire
d’ébats poétiques forçant la prosodie,
de simulacres vains aux plis de la mémoire,
chantons l’Alléluia qui d’un cœur pur jaillit !Le grotesque est ma loi gravée sur le néant
entre deux marbres lourds sans qu’un branle étouffé
n’allume un autre feu de tisons parfumant
le silence imposé par mes rêves foulés.Crève charogne ! dont se dispute l’enfance
sous le crâne fêlé, mais toujours en éveil
hélas ! de ce qui fut un idéal en transe
si bien que sur la pierre il roulait à merveille !Je suis L’Homme qui rit et je ferai la manche,
pieds dans le caniveau où s’écoule la vie
pour peu que le destin farceur, doré sur tranche,
hulule autour de moi tel un pauvre d’esprit. -
La fonction de l’orgasme
L’orgasme, sans nul doute, est un bien précieux
qui transporte le corps et enflamme les yeux
dans un espace-temps où la chose érotique
en ses équations transcende le quantique !Il dure ce que dure un désir apocryphe
sur les bancs de l’amour aux parfums de sa griffe
et n’entendez-vous pas que ses accords majeurs
confondent en ses rets le bonheur au malheur ?Les fluides de vie se rient de l’anamnèse,
faisant fi du passé au gré des escarmouches
que vivent les amants comme une Javanaise.J’ai connu des tapis volant vers l’inconnu
où pour seul vêtement la paire de babouches
racontait pour toujours les voyages aux nues. -
Morocco
J’étais à Morocco le jour où il advint
que je croisai la lune à deux pas du soleil
dans un espace-temps troué en nid d’abeille
avec pour tout bagage un signe du destin.Je vis en majesté la Reine de l’Atlas
sur un tapis volant à moins qu’il fût persan
m’invitant sans détour par ses yeux khôl perçant
à rejoindre céans ce temple de la grâce.J’avais tant voyagé — Hermès impénitent
empruntant au désir mille et un véhicules —
mais pas dans ce confort pour deux corps nonchalants !Au milieu des éclairs sur ce bout de textile
— cette soie dont le fil, œuvre d’animalcules —
je tissai l’éphémère ès arts de l’érectile. -
Petit poème biblique apocryphe à la manière des Grands Rhétoriqueurs des XV-XVIe siècles
En tant de poèmes d’Hiver
je vous offre deux fois dix vers
sur le désert et sur Marie
et sur son auguste mari.
Juché du haut de son chameau
Joseph ne lui arracha mot.
Le charpentier à l’œil grivois
dit : le ciel est gris, vois,
c’est pour ce soir l’évènement,
car Yhavé qui jamais ne ment
nous annonce son arrivée
et qu’en croix il mourra, rivé. -
L’esprit de l’utopie
Il pleuvait et j’avais épuisé tous mes rêves
d’enfant. Lors, la camarde osa me demander
pourquoi ne pas tenter une ultime odyssée :
retrouver en enfer mes rencontres trop brèves ?Enfer et paradis ? Fadaises dont je ris !
Un couteau de cuisine, mon tour operator,
taillada derechef jusqu’à ce que les pores
de ma peau suintassent, m’exonérant de vie.Quelle surprise pour moi, pauvre mécréant
qui pensait s’évanouir ou pourrir en géhenne,
d’être agréé par Pierre et les saints — pas de veine !
dans ce qui ressemblait au paradis d’antan.Je proteste aussitôt et avoue confesser
que mes mœurs dissolues me dispensent d’égards ;
que je veux m’oublier où mon cerveau s’égare
au fourre-tout sans fin, d’avant d’être bébé.Rien à faire ! L’apôtre aux clés d’argent me baille
un papier attestant que je fus baptisé
par l’abbé Hénocque, résistant, déporté,
en l’église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles !Je suis coincé de fait, mais n’en reste pas là
et réclame en pestant la porte de l’enfer
où je vous rejoindrai au centre de la Terre
toi, poète maudit, femme toujours prête à !Négatif ! dit le scribe orientant le chaland
qu’a passé l’arme à gauche au terme du grand froid.
Un sourire sublime indique à mon endroit,
du paradis la porte. Je saisis qu’il ne ment.Passé cette stargate, un ange me présente
au plus vieux des humains qui accueillit Jésus.
Il s’enquiert de choses que je n’ai jamais su,
si Dieu ne glissait pas sur la mauvaise pente ?Du coup, je crie : Dieu est mort ! Les âmes s’esclaffent
de cette bonne blague et pourtant, je sens bien
que saints et bienheureux sont déjà au parfum.
Alors je refuse que leur foi mes mots raflent.J’ai compris un peu tard que le ciel s’autogère,
que sans dieu ni maître, l’antique paradis
redécouvrit enfin L’Esprit de l’utopie*
— sauf pour l’intégriste qui ne manque pas d’air !*Ernst Bloch, L’Esprit de l’utopie, Gallimard, collection « Bibliothèque de Philosophie ».
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Salonique, nid d’amour
Je me souviens de Salonique
ce jour où je revis Monique.
Moi, j’étais toujours pathétique ;
elle virait dans le mystique.Rime empêtrée dans la rythmique
d’un flot continu volcanique,
mes vers y perdaient leur musique
au mépris de la poétique.Pourtant je les dois à Monique,
– dame de cœur, dame de pique –
mes larmes comme un romantique.La poudrière balkanique
nous offrait ses langues algiques
pour souffrir l’amour authentique. -
Entre ici et ailleurs
Je suis né quelque part entre ici et ailleurs
dans un espace-temps où il fait bon flâner
vers ce je-ne-sais-quoi au milieu des senteurs
qui embaument ma vie pour une éternité.Une étoile me guide avec aménité
sans souci du détail, mais avec euphorie
si une comète troue un beau ciel d’été
comme un signe éclatant dont se joue l’euphonie.Donc je suis enchanté par tant de poésie,
car mon cœur se peuple de tous ces petits riens
qui jalonnent ma route et son entéléchie.Et quand viendra l’hiver bien au chaud sous la couette
nous plaiderons coupable en des mots aériens
afin d’y ménager un doux émoi de fête -
A la saison du rut
À la saison du rut, le printemps revenu,
sur les Champs-Élysées, des hommes bien sapés
roucoulent des mots doux aux belles inconnues
qui traitent de relou leur drague sans doigté.Et aux parfums des fleurs se mêlent les hormones
dans un charivari de ce sens génésique
que transporte le vent chargé de phéromones
pour enchanter l’amour par des gestes gnosiques.Sur la fière avenue, le poète est un roi
quand il croise un regard et partage ses vers
avec la Dulcinée enrubannée de soie
aux rimes embrassées frisant le métavers.Le quidam prosaïque aura, lui, pour atout
ses fesses pommelées sous un jean ajusté
qu’un coup d’œil ingénu d’une dame debout
lui décoche impromptu avec aménité.Lors, Place de L’Étoile, une flamme amoureuse
embrase en un instant la foule bigarrée,
meetique rendez-vous des attentes nerveuses
dont tous les fluides suivront la logorrhée.Je ne me lasse pas, attablé en terrasse
comme un simple badaud devant son café crème,
de les dévisager ces fêtes ou foirasses,
corps en suspension sans descente du lemme !Et je comprends enfin combien le temps qu’il fait
peut changer une vie, vider le désespoir
en purgeant les humeurs de l’esprit contrefait
dont on attend le pire à la tombée du soir.Et pourtant, moi, j’ai vu certains gardes mobiles
se joindre à la manif et se déshabiller
afin de copuler en troquant leur babil
pour un alexandrin propice à l’hyménée.Toi qui vis en banlieue tu trouveras aussi
place de ta mairie des parades d’amour
en buvant un coca au tabac des amis
quand la pluie en miroir te sera d’un secours.Hommes et femmes, gays, lesbiennes et trans,
et pour tout autre sexe, il est sûr qu’on verra
des cupidons coquins entamer une danse
où la flèche en plein cœur à ravir siéra ! -
Le héron des marais de Carentan en Cotentin
Il faut que vous sachiez
qu’un jour un échassier
arpentant le marais
— où moi-même ramais
sur la Douve jolie
tout près de mon logis —
m’embrouilla de ses dires
au cœur de mon désir.Ce héron qui vaquait
sur cette boue qu’avait
une odeur maléfique
de l’âme famélique
d’un Cotentin charmant
pour un être marchant
y alla de son chant
en poussant la chanson.Que la presqu’île est belle,
aurait dit du Bellay !
La Normandie fait ciel
quand le vent de fiel sait
que ce héron maudit
— qui s’il ne dit mot
de son long bec jauni —
s’appelerio Gino ! -
Trublions de l’an neuf
Trublions de l’an neuf, espérez-vous encore
en l’idéalité des prémices d’un soir
quand sonne le tocsin où chacun donne à voir
une mort en partage et l’alliance des forts ?Si j’osais, je dirais que le printemps m’effraie
de porter en son sein les fruits des Hespérides
pour peu que son jardin se vautrât dans l’humide
d’une eau de saleté filtrée par ses galets.Profitons de l’hiver au temps de la jachère
qui étreint notre corps et sublime notre âme
tout en faisant le vœu que nos sanglots amerss’enivrent d’utopie au point de non-retour
d’un imaginaire dont il reste une flamme
— si les fonds de pension n’entachent nos amours. -
J’ai vécu dans un château en Ecosse
J’ai vécu en Écosse, au pays des fantômes
après bien des années passées en Cochinchine
à partager le riz — quelques grains dans la paume —
quand j’héritai sans frais d’une vague cousine.Dans ce château en ruine à deux pas du Loch Ness,
l’ivresse du whisky et des ombres portées
par un feu languissant qui me gelait les fesses,
j’entendis qu’on frappait à la porte d’entrée.Vous n’imaginez pas quelle fut ma torpeur
dont je me départis dans cette nuit sans fin
où je me ruminais un tombereau d’horreurs
encombrant mon présent de pauvre séraphin.Une fée souriait en tendre Mélusine
et je l’introduisis au milieu des gravats
qu’elle magnifia de son aura divine
sous la gaze de lin exhibant ses appas.Dans le salon désert, je la pris par la main
et d’un pas sautillant, nous dansâmes longtemps
des branles en secret à petits coups de reins
sans déroger pourtant aux gestes bienséants.Mais je compris alors que la fille de l’air
voulait qu’un souvenir en sa chair volatile
troubla ce doux moment d’un tremblement de terre,
d’un tsunami de mer à l’écume labile !Au lever du soleil quand les morts se reposent
de leurs nuits de folie aux dépens des vivants,
il convient, je l’avoue, que jamais on ne glose
pour ternir le futur qui hante les amants. -
Formidable est la nuit
Formidable est la nuit
où tous les chats sont gris ;
où le moindre cliché
dans mes vers s’est niché.J’ai lu des paraboles
dont la courbure folle
d’un texte peu badin
sublimait un matin.Une muse en nuisette
se croyait à la fête
alors que mon souci
restait inassouvi.Combien de jolies notes,
combien de Gelinottes
huppées chantent la joie
en s’ébrouant parfois ?Et puis il y a l’autre
avec ses patenôtres
qui prononce à voix basse
son jeu impair et passe.Voilà donc une vie,
une pauvre avanie
se pavanant pourtant,
éphémère du temps.Allez, mon bon ami,
qu’un peu de poésie
parcoure tes artères
avant d’aller sous terre. -
Une si douce chaleur
Une douce chaleur envahissait mon corps
de la petite mort dont je n’avais pas peur
comme si le bonheur qui n’était pas mon fort
me donnait enfin tort au milieu des vapeurs.Un parfum enivrant vibrait dans l’air du soir
et contait sans histoire par l’écume du temps
le peu qui reste au vent pour troubler la mémoire,
cette vieille pétoire à l’âme où je me mens.L’ampliation de vie adresse sa copie
sans qu’il soit un souci si fait qu’un sens obvie
conforte mon envie et chasse mon ennui
afin que nulle pluie n’arrose cette nuit.Je trépasse joyeux avec dans ma besace
de l’amour une trace ès oripeaux soyeux
retrouvant mes aïeux – l’éternité fugace
vers quoi trouver ma place en rouge camaïeu. -
Grand Paris – Marc Hiver – chanson
Paris, tu la vis ta vie, mais
Ris pas si j’te dis qu’à Paris
De la Bastille à Saint-Denis
Tu te propulses loin des quais.
De Charenton à La Défense,
On enjambera la Ceinture
Vers la banlieue où tu conjures
Par tes baisers tout’ma défense !Tous les ponts du périphérique
Se panament jusqu’aux faubourgs,
Le Grand Paris de nos amours,
On y danse sur ses musiques.Paris, tu vis quand tu grandis,
Te projetant à l’extérieur
De ce Chinois de l’intérieur
Qui chine à town, rue de Choisy ;
De ce Méditerranéen
Sirotant son thé à la menthe,
Ménilmontant descend la pente
Vers un Orient qu’est pas si loin !Tous les ponts du périphérique
Se panament jusqu’aux faubourgs,
Le Grand Paris de nos amours,
On y danse sur ses musiques.Petit Paris d’Occupation,
Des minus qui se croyant grands
Oublièrent tous tes enfants,
Gavroche d’la libération.
Paris réduit à la Commune
Encerclée par la Versaillaise,
Paris ouvert et Marseillaise,
Éclairés au clair de la lune !Tous les ponts du périphérique
Se panament jusqu’aux faubourgs,
Le Grand Paris de nos amours,
On y danse sur ses musiques.Paris, ne prends pas le melon,
Tu sais, la grenouille et son bœuf,
Souviens-toi qu’un jour au Pont Neuf
Deux amants fous… zon zon zon zon !
Paris, si tu te rabougris
Pense à tous ceux qui dans la rue
Zonent dans ce Paris en mue,
Mais pas pour les chats qui sont gris.Tous les ponts du périphérique
Se panament jusqu’aux faubourgs,
Le Grand Paris de nos amours,
On y danse sur ses musiques.Paris, tu vis ta vie, pas vrai ?
Continue de t’illuminer ;
Que ta Seine enfin épurée,
Plonge de joie au bout des quais !
Paris des réseaux de demain,
Ton cercle de vie irradie,
Ouvre grand tes portes, Paris
Bats le tempo sur tes refrains !Tous les ponts du périphérique
Se panament jusqu’aux faubourgs,
Le Grand Paris de nos amours,
On y danse sur ses musiques. (bis)Texte : Marc Hiver – musique : IA
https://constellation-poetique.fr/wp-content/uploads/2026/02/Paris-tu-la-vis-ta-vie-mais-1.mp3
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Nostalgie du futur
Nostalgie du futur, l’avenir ne vient pas
mélancoliquement, hélas ! je me souviens
— et malgré qu’on en ait — de la vie qui tiendra
si le temps me rattrape en un ultime lien.Du passé je me moque et le présent m’ennuie,
mais je garde à l’esprit n’en déplaise aux fâcheux
des bribes de ce qu’il m’adviendra une nuit
quand je retournerai aux routines des vieux.Je me rappelle encore avec délectation
du lendemain qui chante en son confiteor :
le péché annoncé dans toute la passion
que je commanderai plus tard en réassort.Je me suis projeté tant de fois au p’tit bout
qu’un oracle banal eût trahi et spolié
dont je conserve en moi un totem, un tabou
comme un sansevieria par trop scabrifolié. -
Le bagad de l’amour
Je jouais du biniou, elle de la bombarde
et nous vivions heureux avec quelques amis
à former un bagad au cœur pur et ravi
où l’amour en pilou renouvelait nos hardes !Cénobites du diable en notre phalanstère,
communauté soudée autour de ses sonneurs
qui planaient dans l’éther afin que nul ne meure
sans jamais sacrifier les damnés de la Terre.Mais voilà que le vent, par son souffle lyrique,
irradia nos poumons comme si l’idéal
purifiait les esprits engendrant le déclicqui fait de nous des rois et des reines aussi
alors que tout autour, en leur stade nymphal,
mille papillons blancs déjà s’y associent. -
Le petit pauvre type
Je suis, je vous l’avoue, un petit pauvre type,
un pourceau d’Épicure, une petite chose,
une chiure de mouche empâtée de la prose,
un vers dans l’univers banni de tous les sites.Je ne vaux même pas la corde pour me pendre,
encor’ moins les amis toujours trop bienveillants
qui pleurent de me voir disperser à l’encan
ma brocante de vie comme on le fait des cendres.Une vraie loque humaine au morne crépuscule
et si vous m’en croyez, achevez-moi tantôt
que je parte à jamais tel un animalcule !Y a-t-il quelqu’un pour m’aimer dans ce cloaque
où mon esprit s’égare ès aggiornamento
en proie à mon capharnaüm pandémoniaque ? -
Vendredi 13
Mon film débuterait en deux mille vingt-six
et comme par hasard au mois de février,
un beau vendredi treize où j’aurais acheté
ce ticket de loto et mon mêlé-cassis.En mon for intérieur, je sens le jour de chance
et que je vais gagner de quoi vivre ma vie
au nez, à la barbe de tant de mes amis
qui crèveront d’envie, tous en leur mécréance.Je le remporterai ce gros lot attendu,
mais je sais qu’un tueur caché sur mon balcon
m’aura occis tantôt avant que le soir fût !Oh ! justice sanglante ! Antienne fatidique !
Je ne veux pas mourir par un destin abscons,
et fiche mon billet en vous faisant la nique ! -
Un vol de femmes nues
Un vol de femmes nues par dessus la maison
se posa au jardin parmi les frondaisons
et le pin parasol sous le soleil brillait
lors que sur un transat à sexte je priais.Jamais je n’avais vu autant d’anges fessus
de toutes les couleurs en descendant des nues,
d’un charmant paradis, ces oiseaux à mamelles
plus que vous n’en verrez battre l’air de leurs ailes.Incroyable, mais vrai, leurs voix à l’unisson
faisaient vibrer les fleurs, les mulots polissons
et tout ce qui vivait jusque dans ce bassin
orné de nymphéas dans l’antique jardin.Libellules d’amour vibrionnant déjà
sans pudeur inutile exhibant leurs appas,
les belles butinaient loin d’un mythe en porphyre
dans le simple appareil sous un si doux zéphyr.Le soleil au zénith décocha ses rayons
sur les corps dont la peau rougit de passion
et moi dans mon transat sous le pin parasol
je tendis mes deux mains vers ces frêles idoles.J’accordai ma guitare afin que l’on comprît
qu’en moi un faune enfin au grand jour se reprit,
refusant la luxure et sachant se tenir
devant tant de beautés qu’il ne faudrait flétrir.Moi, aux pensées impies, poursuivi par le stupre,
je devins romantique et refusant le lucre
qui s’attache au désir quand il compte ses billes
pour n’offrir au final que des regrets aux filles.Aussi mes compagnons sortant du monastère
quittèrent le pilou de leurs tenues austères
et au jardin d’Éden ces nobles cénobites
découvrirent la joie quand un p’tit cul l’habite.Bien sûr, un sycophante épiant son prochain
dénonça l’innocence en des mots de crachin
et des épouvantails arrivés en renfort
firent peur aux oiseaux, sacré coquin de sort ! -
Le bien, le beau, le vrai
Du temps qu’il faisait beau
et que tout allait bien
nous étions dans le vrai.Au printemps les oiseaux
chantaient des airs anciens
et nous vivions au frais.Le soleil levé tôt
éclairait — ô combien !
l’hétéro et le gay.Ta peau contre ma peau
dans de doux va-et-vient
au branle s’adonnait.Le merle et le corbeau
souriaient pour un rien
sans conjonction du mais.Nous pleurions les grands veaux
— tête gribiche au thym —
sacrifiés pour leur lait.Mélancolie, t’as faux !
Nostalgie, tu nous tiens !
Et du lapin, le pet !Aujourd’hui, amigos,
nos queues — comme des chiens —
frétillent sans regret !Car dans les arts le beau
vaut en morale bien
de la science le vrai.Mort, si tu n’es pas beau,
que tu te fous du bien,
que pour toi rien n’est vrai,tu n’iras pas au beau
avec les gens de bien.
Sors du bon grain, l’ivraie !