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Odelette aux culs-de-plomb
(Ce texte laisse à chacun le choix de l’instrument et de la mélodie qui l’accompagneront)
Il n’y a plus de temple, les marchands ont payé.
Expulsé le souffle spirituel qui l’occupait
Par la chimère des prix et celle des remises
Sur des produits qui valent le sang de nos chemises
Payé par l’indolence des pauvres de là-bas.Il n’y a plus de rêves, les clercs de la tévé
Qui forgent à leurs besoins notre réalité
Les ont déstructurés, laminés, folk-raillés,
Pour les rendre inaudibles au fond des canapés
Où coule dans nos veines un sang coca-cola.Il n’y a plus d’amour, juste la curiosité
De savoir si ailleurs vit plus de pauvreté
Se rassurer ainsi du sort qu’on nous prépare
Et se dire qu’au fond mieux vaut rester peinards
Le temps viendra peut-être … mais nous n’serons plus là. -
Septembre à la plage
Le soleil s’est enfui,
camouflé pour l’hiver dans le coeur des enfants.Et leurs châteaux d’Espagne
abattus par le flot
ne nous protègent plus du vent qui siffle et court
et glace sur le sable les derniers estivants.Il prépare le terrain pour l’automne qui approche,
repousse vers les villes les serviettes et les chiens,
les rires et les rêves et le temps qui va bien.Au sommet de leur mât, les drapeaux refroidis
claquent des dents.
Leurs toiles malmenées, leur devoir accompli,
sollicitent une trêve,
le temps de remiser dans les housses hivernales,
leurs fibres fatiguées par le souffle marin.Tandis que le vent emporte vers l’oubli
les derniers résidus de la présence humaine,
la mer lèche doucement les blessures de la plage,épuisée.
Deux ou trois lunes encore et elles retrouveront
l’harmonie qui unit ces lieux paradisiaques
quand les hommes n’y sont pas.Jusqu’à l’été prochain.
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La créature mathématique
Il a tout oublié du rythme des saisons,
la douceur de la main de sa mère sur sa joue,
l’odeur du ciel chargé de pluie et de tonnerre
et la fraîcheur du vent qui traverse les prés.
La naissance des agneaux, le dressage des chevaux
ne sont plus qu’éléments de sa compréhension.
Même plus des souvenirs.Il s’en est éloigné.
Enterrée son enfance au fond de sa mémoire,
ne pèse pas plus lourd que le premier chapitre
du roman qui gît là, tandis qu’il voit grimper,
avec sensualité, les courbes de la bourse
sur son ordinateur.Tu feras des études, mon fils,
tu ne seras pas paysan, comme moi.
C’est toi qui dicteras aux autres tes consignes,
toi qui feras ta loi et seras respecté.
Va. Et ne me déçois pas.N’est jamais revenu.
Citoyen de la terre,
son horizon se porte au-delà des frontières.
Il ne sait ni d’où ni comment les objets
qu’il achète et revend, ont été fabriqués,
pas des objets d’ailleurs puisqu’il ne les touche,
ce ne sont que des nombres dont il fera des nombres.Nombre lui-même devenu.
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Stars and stripes
Après que bien des guerres aient brisé nos familles,
après que nous ayons rejeté nos drapeaux,
ils nous ont engagés dans des chemins de rêve.Nous nous sommes convaincus
que nous avions gagné
le droit de vivre et le droit d’être heureux,
de n’être plus des mules comme l’étaient nos parents,
d’être des hommes libres maitrisant leur destin,Et nous avons rêvé.
Et nous avons laissé sur le bord du chemin
ce qui dans la misère nous avait réunis,
avait su nous donner le courage de vivre.
Nous nous sommes écartés des chemins difficiles
qu’avaient tracés pour nous nos parents de leur sang,
pour sortir en riant des couloirs du temps
et nous rêver des dieux,Un instant de folie.
Ils ont payé le prix pour que nous détestions
ce qu’étaient nos anciens et nous croire meilleurs qu’eux.
Ils ont payé le prix pour que nous renoncions
à l’unique richesse qui occupait nos cœurs :La solidarité.
Nous voici maintenant isolés et haineux,
cherchant à préserver le bien, le mal acquis,
prêts à nous entretuer pour pouvoir conserver
des fortunes dérisoires, des objets insensés investis de nos rêves,Images de notre échec.
Et nous pleurons de voir ces jouets qu’on nous ôte
pour mieux nous rappeler notre vassalité,
pour mieux nous contenir, pour mieux nous maitriser,
pour mieux prendre nos forces et mieux les enchaîner.Ils asservissent nos frères,
contre eux ils nous opposent
et nous obligent même à leur exploitation
pour sauver le modèle qu’il nous ont imposé.C’est contre eux qu’ils nous jettent, c’est par eux qu’ils nous brisent.
Nous étions courageux, nous voici prédateurs,
qui vivons de la vie et du sang des enfants.
Nous étions généreux, nous sommes devenus lâches
et ne voulons surtout en aucune façon
réfléchir au moyen de corriger cela,
par crainte de découvrir la profondeur du gouffre
au fond duquel gisentNos anciens idéaux.
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Carmet : rouge ou jaune ?

Jean Carmet, né le 25 avril 1920 à Bourgueil et mort le 20 avril 1994 à Sèvres, est un acteur populaire et scénariste français.
Rouge comme le Bourgueil dont il fut le meilleur ambassadeur,
Jaune comme le Pernod qu’il mit en scène dans « La soupe aux choux »Texte écrit lors de l’insurrection des gilets jaunes.
Je te salue,
Carmet au nez fleuri, cher enfant de Bourgueil,
Ton blaire cramoisi relève notre orgueil.
Si le rouge du pinard stimule notre joie,
Le jaune du perniflard affiche notre choix.Bombé mangeur de choux, légat créateur d’âmes,
Ton bon sens trouve en nous un écho qui nous arme.Des gens qui peinent et suent tu es l’incarnation,
Parfois dans leurs abus, souvent dans leur mission
De mener le combat pour défendre leur vie
Et réclamer le droit de vivre d’utopie.Sur les ronds-points idiots, les braséros des gueux
Calcinent notre égo et nous rendent heureux.Je te salue Carmet, au nom de tous nos fils,
Au nom de cet esprit franchouillard qui me plait,
Qui a su faire un pied au nez des interdits
Et choisi pour panache le jaune de nos gilets,Carmet, je te salue.
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Strophes pour l’anniversaire d’un vieil ami poète
En ce soleil de mars, l’approche d’une dizaine
Affecte ton jugement et nous fait de la peine.
Comment penser sitôt un jugement prochain
Où Michel ad litem trancherait ton destin.Finirais-tu reclus en enfer à perpète
Pour rejoindre in fine d’autres maudits poètes,
Serais-tu ajourné, jouirais-tu d’un non-lieu,
Convaincrais-tu le saint que tu n’es pas trop vieux,Pour tenter d’engager une nouvelle quête,
Rebondir ab ovo, retrouver une voie,
Nous te savons capable de lui prendre la tête,Mais rejouer ton histoire substituerait pour nous
Un passé à un autre, probablement sans toi
….. Esset infortunatus. -
Tempo
La vie est une danse.
S’il faut toute sa jeunesse
pour atteindre la cadence
imposée par l’histoire,
et pour l’accompagner,Vivre avec son époque
c’est en accélérer le tempo,
dans un cosmos où sont immuables,
les rythmes planétaires.Echouer serait se mettre à l’écart
et faire tapisserie.Comme s’il était nécessaire
à notre survie
de rompre notre harmonie
avec les éléments.Comme si la contredanse
ne pouvait nous réduire
qu’à notre réalité.Et nous en effrayer.
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Et reprend le silence des mots pour ne rien dire.
Je frappe. Elle est seule. Tu ne rentreras que demain.
Je m’apprête à partir lorsqu’elle me dit : Entre !
Et nous nous asseyons, pour mieux rompre la glace,Face à face.
Nous lançons quelques mots a bene placido
Une conversation, la première en duo
Et cherchons un sujet le plus neutre qui soit,Nous parlerons de toi.
Quelques accords majeurs, une juste rasade,
Nous voici rassurés, plus besoin de parade,
Et pourtant dans mon cœur je sens bien que je suisEmbarrassé.
Mes yeux accompagnent le verre que je dépose
Sur la table qui me prive de ses jambes croisées
Dont ils n’avaient jamais remarqué la finesseEt s’arrêtent,
Conquis par la puissance d’un fin carré de peau.
Un vertige me saisit. Elle remarque mon trouble,
Ses yeux embarrassés interrogent les miens,En vain.
Je baisse les paupières pour cacher mon regard
Et mieux me concentrer sur ce festin de chair,
Puis je ferme les yeux pour en graver l’esquisseAu fond de ma mémoire.
Elle est proche et je sens son parfum et l’inspire
Pour qu’il s’insinue au creux de ma poitrine,
Il enserre mon cœur qui s’emballe et s’affole,— Jean-Marie !
Le désir s’agite au fond de mon abîme.
Il se hisse vers moi, il brise mes défenses.
Il renverse mes digues …— Jean-Marie !!
J’ouvre les yeux.
Elle me sourit.
Et reprend le silence des mots pour ne rien dire. -
Inventaire avant clôture
Je ne sais plus que faire de la vie qui me reste,
Contestataire j’étais, conservateur je peste,
Mes idées sont modernes mais le temps à changé
Ce qui était nouveau aujourd’hui est passé.Je ne sais plus que dire sans paraître à la traine,
Je ne sais plus que faire qui vaille vraiment la peine,
Il me reste du temps mais du temps pour quoi faire,
Quelle que soit mon action, elle finira par terre.Le temps est donc venu qui m’était annoncé,
Dés ma plus tendre enfance on m’avait condamné,
Devenir un vieillard était ma destinée,
Je n’avais qu’une vie et je l’ai dépensée.J’ai aimé ma jeunesse pour ces seuls instants
Où j’ai cru que le temps était indifférent
Que l’âge n’avait pas de prise sur les enfants
Que les vieux étaient vieux depuis la nuit des temps.Et je regrette alors d’être né pour mourir,
De n’avoir plus le temps de rêver d’avenir,
Et je pleure ma jeunesse qui ne fut pas bien gaie,
Pourquoi ne peut-on pas la choisir à son gré. -
On est con
On est venu frapper à notre porte, à l’heure du repas.
Lui que nous ne connaissions
ni d’Eve ni d’ailleurs,
sans un mot s’est autoritairement placé
au bout de notre table,
prés de la chaise laissée vacante par les anciens.À trop les solliciter,
leur valeur d’exemple s’était épuisée.
Le temps était venu qu’ils quittent les lieux,
pour qu’enfin nous les accrochions
dans la galerie de portraits
qui occupe nos cœurs.Et qu’à mon tour,
privilège de l’âge,
je prenne leur place.Mais sur cette chaise vide,
On a posé ses fesses
et s’est choisi un porte-parole
qui, lorsque nous nous interrogeons,
apporte in petto la sagesse de son maître :On m’a dit que …
Il est gOnflé ce On !
Qui est-il pour nous donner sOn avis ?
Existe-t-il seulement ?J’ai demandé à Georges qui m’a répondu lapidairement :
Le temps ne fait rien à l’affaire …
Qu’On ait vingt ans, qu’On soit grand-père …
On est cOn.À bon entendeur …
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Fusillé pour l’exemple
En hommage aux déserteurs
de tous pays………
………………..Je vais être fusillé.
Cliquetis des menottes.
Je me raidis et me fais sourd.Poteau d’assassinat où je suis exposé.
Je dois mourir ici pour qu’ils puissent effacer
Toutes ces années de peur et leur propre lâcheté.Froissement du bandeau dont on masque mes yeux.
Effacée la clarté de l’aurore rosée.Choc mat sur ma poitrine.
Comme un éclair de sang.Et je sombre dans le rouge silence de ma nuit.
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Hommage à Leprest
C’est peut-être / Extrait du
poème mis en musique d’ Allain LeprestC’est peut-être Mozart le gosse qui tambourine
Des deux poings sur l’bazar des batteries de cuisine
Jamais on le saura, l’autocar du collège
Passe pas par Opéra, raté pour le solfège.C’est peut-être Colette la gamine penchée
Qui recompte en cachette du fruit de ses péchés
Jamais on le saura, elle aura avant l’heure
Un torchon dans les bras pour se torcher le cœur.…
C’est peut-être Jésus le gosse de la tour neuf
Qu’a volé au Prisu un gros œuf et un bœuf
On le saura jamais pauvre flocon de neige
Pour un bon Dieu qui nait 100 millions font cortège.Je n’aime rien tant
Rien ne m’émeut tant
Que toi
Allain Leprest -
Le onzième doigt
Elles s’approchèrent du clavier
telles deux enfants, telles deux jumelles,
la gauche plongeait vers la terre,
la droite elle cherchait la clarté.Leurs mouvements se répondaient,
si l’une fondait, l’autre éclairait.
Entre elles, la musique s’écrivait,
ruinant nos peines, fermant nos plaies.Mais peu à peu elles s’écartèrent.
La gauche voulait tout unir,
la droite ne songeait qu’à construire.
Le clavier fut coupé en deux.La droite y enseigna la loi,
le poids des fautes et des vertus.
La gauche y proposa sa science,
la clarté du feu qui dévore.Elles se firent front et s’opposèrent,
puis s’éloignèrent en s’ignorant.
Entre elles l’accord était défunt.
Le silence reprit la parole.Et moi, au centre de mes mains,
je ne savais laquelle prier.
Alors, profitant de l’aubaine,
un onzième doigt s’est pointé.Il a poussé sans prévenir,
un doigt de trop, pâle et vivant,
comme une antenne vers l’invisible,
comme un espoir en l’avenir.Une couture dans la chair
par où remontait l’espérance,
touchant le vide, cherchant le centre,
et, semblait-il, offrant une voie.Entre la raison qui calcule
et le cœur qui lui nous pardonne,
entre savoir et puis bonté,
une joie nouvelle nous proposait,un nouveau rythme, un nouveau ton.
Ce doigt d’honneur c’était …Mais c’était qui? Mais c’était qui?Mais c’était qui? Mais c’était qui?Mais c’était qui? C’est qui?C’est qui? C’est qui?Mais c’est qui?
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Et l’homme Lui en voulut.
Waaqua créa le ciel et la terre, le soleil et la lune.
Pour que souffle la vie, il créa le vent.
Puis sur Terre il créa les êtres.
Il leur donna l’eau et l’air.Il leur offrit la faculté de se reproduire.
Mais parce que la terre était trop petite pour que les êtres
puissent le faire indéfiniment,
il créa la mort.Son épouse Waaqué se moqua de lui,
il n’avait créé que des êtres qui rampent, nagent ou volent
ou marchent à quatre pattes,
aucun qui soit capable de se dresser vers le ciel, vers Waaqua.Alors il créa l’homme à son image.
Lui donna l’esprit et l’amour et la peur.
Mais l’homme était mortel,
en ce sens il ne ressemblait pas à Waaqua.Et l’homme, qui avait l’esprit pour comprendre,
Lui en voulut.Librement inspiré d’un conte du Kenya
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Retour sans effraction
La clé de secours est, exactement,
à l’endroit où nous la cachions.
Couper l’alarme
et me glisser dans la maison endormie.
Jusqu’à notre chambre.Tu es là.
Seule dans cette grande demeure.
Couchée en chien de fusil
face à ma place inoccupée.Je te regarde
et mon cœur explose d’amour.
J’ai envie de te rejoindre
mais quelque chose me retient.
Ce n’est pas de l’hésitation
mais une forme d’émerveillement
silencieux, douloureux et doux,
comme celui d’un homme qui revient
enfin
là où il aurait toujours dû être.Doucement je me glisse dans l’espace laissé disponible.
moi aussi en chien de fusil.
Tu sens le jardin et les fleurs.
Tourné vers toi, je songe à nous,
notre vie d’orages et d’amour.Ta mauvaise foi et ta pertinence.
Mon sale caractère et ma dévotion.
Tu mordrais par amour. Je tordrais pour te garder,
la main pourtant scotchée sur la poignée de la valise.
Toute cette passion cachée dans nos défis cinglants.Combien de fois, dans notre lit,
ne me suis-je imaginé
le moment où ce bonheur serait du passé.
J’en avais assez de retrouver chaque matin cette peur
comme une évidence laissée en veille.
La peur, toujours la peur.J’accepte de mourir définitivement si la mort,
à jamais,
doit me fixer dans un moment comme celui-ci.
Je ferme les yeux,
ma dernière image c’est toi.
La première que je verrai
en te quittant tout à l’heure,
ce sera encore toi.Alors, je disparaîtrai sans bruit pour ne pas t’effrayer.
Une main se glisse dans les miennes,
glacées de crainte de te perdre à nouveau.Le sommeil me capture et m’engouffre,
égaré,
dans une spirale hypnotique.Extrait du roman initiatique Orphèe ou L’amour après la mort.
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Mourir pour tes idées
Strophes inspirées de l’oeuvre de Brassens en réponse à un ami auteur qui opposait,
par maligne provocation, l’égoïsme des retraités au risque de chômage des jeunes
lors de la crise sanitaire du Covid 19 . Il concluait, non sans ironie,
lui-même n’étant pas de la dernière averse,
que la pandémie ne supprimerait que de vieux décrépits.Mourir pour tes idées, l’idée est excellente,
moi j’ai failli mourir de ne t’avoir pas lu,
car tous ceux qui t’adoubent, multitude accablante,
pour occire les saigneurs me sont tombés dessus.
Ils ont su me convaincre et ma muse, fluctuante,
abjurant ses erreurs se rallie à ta foi,
avec un soupçon de défiance toutefois,
mourir pour mes enfants d’accord, mais de mort lente
d’accord, mais de mort len en en en te.D’autant qu’il n’y a pas, péril en la demeure,
pestent certains augures qui nous tiennent la main,
car à forcer l’allure, il se pourrait qu’on meure,
pour des visions non vérifiées le lendemain.
Opposer l’un à l’autre, est aujourd’hui un leurre
la question qui se pose au sage est bien à qui
profitera enfin cette fichue pandémie,
même si pour les enfants il faudra que je meure
d’accord, mais de mort lente. en en en te.Les Saint-Jean-bouche-d’or de l’église cathodique
et leurs prédicateurs et leurs nouveaux dévots
et leurs enfants de choeurs aux propos hygiéniques
il n’y a pas de doute nous prennent pour des cos.
En opposant nos maux, ces archanges cyniques
de l’abysse de la dette s’abstiennent de parler
qui fera bonne place aux folles liquidités.
Périr pour la finance, connaître une mort inique,jamais, même de mort len en en en te,
jamais, même de mort len en en en te. -
Ma puritaine à moi
Austère, intransigeante, sévère, compassée,
mais si tendre parfois;
dure, rigoureuse, spartiate, rigoriste, guindée
mais aimante à la fois,
telle pourrait être celle qui saurait faire de moi
un homme rien qu’un homme qui la tienne dans ses bras.Mais à trop afficher un style atrabilaire
qui lui brouille le foie,
à vouloir singer les précieuses de Molière,
version le woke et moi,
je préfère lui laisser l’heur de vivre son choix
et me claquemurer aux choses de la joie. -
Comme i(e)l parle, ma main …
Il interdit, il tranche, il dit moi, il dit non,
Planté dans le réel,
Exclamation charnelle,
Oh ! L’index.
Il mesure, il est axe et verticalité
Peut être transgressif
Alors insulte muette
Le majeur !
Il sait vivre aristo et gamin à la fois.
Jamais il ne commande,
Parfois même il suggère,
L’auriculaire .
S’il est lien, l’annulaire ne sert pas à agir,
Mais il sert à tenir
La promesse de sang.Le pouvoir c’est le pouce, sans lui, rien ne se fait.
C’est un roi pragmatique,
Trapu et opposé.
Et la main n’est au fond qu’un quintet(te) qui s’accorde
dans une unique paume
et se mire à l’envi
lorsqu’elle fait la claque. -
Nos jours d’été
Nos jours d’été passaient trop vite sur la plage
où courait un vent frais, où se baignait la Manche ;
l’eau nous mordait la peau, nous hurlions de rires clairs.Marc, Thierry, Jean-Pierre, Béatrice et Hélène,
et moi parmi les autres, liés sans se nommer.
Le temps allait tout droit, sans nous demander rien.Au printemps, Marc tramait des histoires fantastiques,
faites de courses, d’élans, qui nous emporteraient
lorsque viendrait l’été et son ciel facétieux.Les jours de pluie, serrés au cellier avorton,
nous projetions nos rêves sur un écran pygmée ;
les filles, faute de sièges, légères sur nos genoux.L’été s’est retiré, repoussant vers les villes
les rires et les rêves et le temps qui nous aime.
Mais dans ce cadre vide quelque chose tient encore.Certains ont disparu, d’autres sont restés là,
mais tous rayonnent encore dans un long plan-séquence
qui nous porte en avant quand l’hiver se rapproche. -
L’Ahlala !
Aux premières lueurs
la bête, dans sa couche, pète.Elle s’ébroue,
s’étire,
se lève.Titube.
Trouve le trou.Libérée,
elle retrouve une certaine aisance.
Elle pense.
Envisage sa journée.Et lâche son cri :
Ahlalaaaaaaaaa !
Les araignées s’affolent.
Le poisson rouge se terre.
Les nuages pressés
s’exemptent.La bête s’asperge.
L’eau emporte
les souillures de la nuit.Elle se décrasse les dents,
rase ses poils,
pisse dans le lavabo.S’habille prêt-à-plaire.
Lunettes.Son savoir sous le bras,
elle se précipite
et tombe gueule-à-gueule
avec sa voisine.— Belle journée, n’est-ce pas ?
marivaude le faune.
— En effet, cher ami.
Un drink ce soir.
Je fête ma promotion.La bête s’éloigne.
Plus loin,
une jeune gothique.Debout.
Trainers lourdes.
Bitume râclé.Elle ne regarde pas la bête.
Elle est là.La bête ralentit.
Observe.
Évalue.D’un œil expert.
Propre.
Sûr.Trop vulgaire !
La gothique ne bouge pas.
La bête ajuste ses lunettes,
serre son savoir sous le bras,
reprend sa route
en quête d’autresPrésence
Elle est là.
Rien de plus.
Le jour passe
sans la toucher.Le bruit glisse,
les regards aussi.Elle ne demande rien.
Elle ne prend rien.Elle tient.
Debout.
Ce qui tremble
n’est pas en elle. -
L’escrocœur
Un avenir se meurt d’avoir trop donné.
On vient encore à lui comme on s’adresse
à ce qui tient debout par devoir.Une jeune fille qui n’a rien reçu,
sinon le temps devant elle, lui demande :
— Que puis-je faire pour toi. ?
— Me donner ton cœur. Le mien est usé.
Avec un autre je pourrai continuer.
La jeune fille pense à ce qui n’a pas commencé.
Elle refuse, puis s’éloigne.Son ami tombe malade.
Elle se souvient de l’avenir.
Une chance peut-être.
– Prends mon cœur.
— Je ne peux rien promettre.
La jeune fille accepte.L’avenir n’en prend que la moitié.
L’ami, sitôt remis,
se souvient qu’il a des projets,
des horaires.
Et la jeune fille reste là, amoindrie, mais debout.
— Il me manque quelque chose, se plaint-elle.
L’avenir ne répond pas.
On frappe déjà à sa porte.La jeune fille continuera de vivre avec ce qui lui reste.
Cela suffit parfois. -
Paris, son nombril
Lui qui se prend pour la France.
Paris vautré sur sa Seine,
érectant de sa Tour
un majeur,
au nez de son passé.Paris une avenue,
trois trottoirs,
deux cafés,
l’univers vu de biais.Paris qui certifie
que le monde commence
aux bouches de son métro.Paris, mon vieux Paris.
Toi qui penses pour les autres,
qui décides en terrasse,
distribues la morale
comme des badges d’accès.Paris intello.
Paris collabo.
Soumis aux vents de l’Est,
puis de l’Ouest et d’ailleurs,
toujours du côté de l’Histoire
qu’il écrit lui-même.Paris Sorbonne.
Paris Latin.
Paris jacobin
où dix experts tiennent la clé
de tout métier d’esprit,
pendant que le pays, lui,
se salit les mains.Paris, mon vieux Paris.
Paris Monopoly.
La France jouée à huis clos.
Paris minocratie,
qui n’a pour vrai triomphe
que l’Arc qui l’ensoleille.Paris !
Paris outragé !
Paris brisé !
Paris martyrisé !
Mais Paris libéré…Libéré par ses mots.
Par l’idée
— dangereuse —
qu’il pourrait,
enfin,
laisser son pays
le regarder encore.On t’aime, Paris,
Oui.
Malgré toi.On t’aime dans ce que tu fus,
dans tes pavés levés,
tes colères justes,
tes insolences nécessaires.On t’aime quand tu te souviens
que Gavroche parlait bas,
que Notre-Dame sonnait pour tousEt quand tu sais prendre conscience
que commence la France
là
où Tu cesses
de Te complaire.Paris, mon vieux Paris,
je suis fâché de toi …
parce que je te ressemble.
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Quixotte
Don
On l’a vu arriver.
Mal bâti.
Bavard.
Ça mettait mal à l’aise.On lui a expliqué.
Longtemps.
Il a écouté.
Puis continué.Il parlait comme un tract.
Des mots trop grands pour lui.On a dit :
il se prend pour quelqu’un.Aux moulins il a foncé.
Poitrine découverte.
Certains ont parié.Il est tombé.
Ça rassure
quand les choses se passent
comme elles doivent.Il n’a pas vraiment perdu.
On l’a fait chevalier
pour passer le temps.À l’auberge on l’a reconnu.
Celui qui paye.
Celui qui se lève pour une femme.Dulcinée ?
Un prétexte.
Pour ne pas dire qu’il croyait encore
aux choses sans rendement.On a dit : fou.
Quand il parlait de justice
on regardait ailleurs.Puis loin.
Et quand il est tombé pour de bon
personne n’a été surpris.On est passé
à autre chose.Sancho
Il était là.
Court et bien bâti.
Silencieux.
Ça rassurait.Il parlait peu.
Des mots juste à sa hauteur.Quand l’autre fonçait il regardait le terrain.
Les trous.
Le vent.Aux moulins il a ramassé.
Les sacs.
Les dents.
Les excuses.À l’auberge il a compté.
Les verres.
Les gestes.
Les regards.Dulcinée ?
Il savait ce que ça coûte
de croire à ce qui ne rapporte rien.On ne l’a jamais dit fou.
On ne l’a jamais dit sage.Quand Don parlait de justice
Il faisait pour que ça tienne
jusqu’au lendemain.Quand Don est tombé pour de bon
Il était là.
Pas pour pleurer.Pour rester.
On
Regardait de loin.
À peu près.Commentait bas.
Entre soi.Sancho, on l’aimait bien.
L’Autre fatiguait.On peut aimer l’épopée.
À condition qu’elle reste une idée.Quand il est tombé pour de bon
on a hoché la tête puisOn a vu
que quelque chose tenait.
Une manière de se relever.On n’a pas relié.
On a repris sa vie toute droite.
En oubliant qu’il tenait debout
sur ce qui ne tombait pas tout à fait.Rien d’héroïque.
Juste quelqu’un qui reste. -
J’ai aimé, j’aime et j’aimerai
J’ai aimé.
Sans trop savoir pourquoi.Des visages,
des voix,
des mains et des baisersont comblé mes attentes, m’ont apporté la joie.
Je rends grâce au passé de tout ce qu’il m’octroie.J’aime.
Ce que je connais.Les gestes
minuscules
et le peu que je sais.Avec entêtement, j’observe ce qui se fait,
accepte, sans promesse, le temps qui m’est donné.J’aimerai.
Des matins sans visage.Défaire
mes certitudes,
panser mes jours déçus.M’offrir à l’inconnu, lui ouvrir les bras.
Je ne veux pas savoir ce qu’il fera de moi.J’ai aimé.
J’aime.
Et j’aimeraimême mal,
même sans mesure,
comme on marche sans plan
vers ce que l’on ignore,non pour retenir
mais pour ouvrir,non pour regretter
mais pour accueillir. -
L’utopie
L’utopie
On la confond volontiers
avec un zinzin
pour gens fatigués.Elle n’est pourtant pas
l’illusion naïve
qu’on caricature.
Plutôt une trajectoire
qui dérange.Désir d’ouvrir
d’autres possibles
quand la raison
a fait son temps
dans les cimetières bien tenus.Mise en danger de soi.
Abandon du confort.
Marche sans garantie.À peine une voix.
Parfois elle fait tenir
contre la peur, la lassitude.
Parfois elle précipite
la chute.Refuser
de vivre à crédit
sur l’âme des autres.
Ne pas signer
la reddition tranquille.Tenir debout.
Rien d’héroïque.
Ne pas s’asseoir
quand tout y pousse.Mon utopie
Un pas de côté.
Parfois un pari.Elle ne promet rien.
Quand d’autres avancent,
elle me freine.
Quand d’autres s’arrêtent,
elle me pousse.Mal ajusté.
Mais sensible
à ce qui casse.Une erreur
qui refuse de disparaître.
Un maintien dans la gêne.
Au bord du consentement.Pas pour sauver le monde.
Ni ma vie.Pour sauver
ce battement inutile
qui me retient
de disparaître proprement.Sans toi,
que serais-je resté ? -
Vendredi 13 ou la très scandaleuse et parfaitement approximative saga de Mårkvar, le Mal-Aimanté
Le ciel avait trop bu.
La mer mâchonnait ses vagues.
Les dieux jouaient à la pétanque
avec les constellations.Mårkvar, chef viking taillé pour le hasard,
debout sur son drakkar,
déployait ses rêves comme un parasol troué :
— Angleterre ! Pillage ! Gloire ! Trompettes !
— Et peut-être même un fish and chips, si on a le temps !Mais Loki glissa du savon dans la boussole,
Thor survolta ses éclairs,
Odin éternua dans les nuages.Le vent tourna casaque,
la mer fit la roue,
et le drakkar,
pris d’une crise de nerfs,
vira plein ouest, plein sud,
plein n’importe où, sublime.Adieu falaises anglaises,
Bonjour Cotentin.Zigs puis vags
pour finalement et élégamment
s’empaler sur un gravier cosmique :
Blanche-Roche, caillou suprême,
pierre philosophale pour bateaux suicidaires.CRRRAAACK.
Le navire éclata comme une noix trop sèche.
Les vikings jaillirent, roulèrent, glissèrent,
et atterrirent en tas de barbes et de genoux
sur une plage que personne n’avait commandée.Mårkvar émergea, barbouillé de varech,
convaincu d’avoir nagé vers un mythe grec.
— C’est où, ça ! cria-t-il furieux,
en retirant des algues de ses cheveux poisseux.
Mais les dieux riaient fort
dans leurs manteaux de brume :
« Voici ton Ithaque, héros ! »Alors apparut Kåthrïn…
longue, lente, flottante,
marcheuse professionnelle de silences,
arpenteuse certifiée des bords de mer,
Pénélope aux yeux atlantiques.Elle regarda Mårkvar.
Longtemps.
Assez pour que trois mouettes vieillissent.
Puis elle dit :
— Tu n’es pas Ulysse.
— Ah bon.
— Héros, sois bienvenu, repose ton naufrage,
Pose ton destin ici, sur ce bout de rivage.
Les dieux t’ont guidé non vers la gloire guerrière,
Mais vers la paix, la soupe et le feu de pierres.Mårkvar tenta de protester,
un goémon lui entra dans la bouche,
le destin lui fit un croche-patte,
et la géographie lui vola son slip.Alors il resta.
Il bâtit le Manoir de Fermanvile,
une hutte édifiée de galets,
rivetée de clous philosophiques,
sanglée de cordages sentimentaux,
au toit de bois flotté,
provisoire mais définitif.Il apprit à parler au brouillard,
à négocier avec la crachin,
engueuler les nuages,
et à perdre dignement, aux osselets,
contre les crabes.Ses vikings oublièrent les dieux,
les runes et les trésors,
prirent casquette, accent,
bottes en caoutchouc.
Devinrent des Aujårds,
tribu semi-manchotte, semi-calvadose,
experte en psycholochie de comptoir.Ils élevèrent des mouettes perplexes,
cultivèrent la pomme de terre introspective,
et inventèrent le concept révolutionnaire
de sieste crapuleuse à rechute.Les dieux, au-dessus, hurlaient de rire.
Thor tomba de son nuage.
Odin avala un corbeau.
Loki signa l’histoire en lettres d’écume.Depuis, chaque vendredi treize,
quand la mer glousse,
que le vent titube
et que Blanche-Roche se lave le guano,
on jure voir Mårkvar marcher avec Kåthrïn
sur le terrible Chemin des Douåniërs Déchaînës
– où même les pensées présentent leur passeport –
remorquant derrière eux une traîne de légende ratée
et un voile de bonheur parfaitement imprévu. -
La fable du ruissellement
Descendant direct d’une bergère
et d’une cruche optimiste,
Empereur du pondoir,
Napoléon des nids empilés,Perrot parlait aux poules
comme on parle aux nuages :— Poules, vous vivrez.
— Poules, vous compterez.
— Poules, vous pondrez.Les poules hochèrent la tête.
Certaines perdirent une plume.
D’autres l’espoir.Perrot bâtit son palais vertical :
le Poulailler-Monde.En haut :
les pondeuses olympiques,
elles chiaient sur le reste.Il appellait ça le ruissellement.
Au milieu :
les indécises,
qui espéraient monter
en se prenant ce qui tombe.En bas :
les vieilles,
les lentes,
les fatiguées,
les malades,
celles qui pondaient du souvenir.La méritocratie, à coups de fientes.
Chaque lune eut lieu
le grand classement.
Les œufs montèrent,
les poules descendirent.Plus tu pondais, plus tu mangeais.
Plus tu mangeais, plus tu pondais.
Moins tu pondais, moins tu respirais.
Et quand tu ne pondais plus,
tu devenais concept.Perrot voulut grandir.
Voulut grossir.
Prospérer.
Du futur avec intérêts composés.La Banque exigea un prévisionnel.
Perrot demanda aux poules
de prévoir leur avenir.Elles reçurent des calculateurs.
Les plus studieuses apprirent à diviser
leur fatigue par l’infini.À l’École des Poules.
On enseigna :
le tableur avancé,
la dette affective,
la géométrie du renoncement.Les mères s’endettèrent pour leurs poussins.
Les poussins s’endettèrent pour leur futur.
Et le futur rit dans sa barbe.Les œufs furent hypothéqués
avant même d’exister.
Certains naissaient déjà coupables.Il appelait ça croissance.
Les calculs proliférèrent.
Les chiffres s’accouplèrent.
Les bilans firent des portées entières.Mais les nids se vidèrent.
Les regards tombèrent.
Les plumes devinrent philosophiques.Perrot,
tu comptais.
Tu recomptais.
Tu recomptais le recompte.
Tu finis par compter les poules
comme des virgules.Et dans ton empire vertical,
on entendait parfois une poule murmurer :— Le ciel était plus vaste
avant d’être rentable.