Recueil – Daniel : couverture blanche 2025

  • Je suis fait de débris qui me font un morceau

    Au masque bleu des courants qui s’envolent
    Je déconstruis l’archange des symboles nus
    Dans le courant de l’onde impure
    Qui charrie le cours des ambres crus

    Dans le plis des rosaires je cherche l’ombre
    Que font les roses et les beiges onctueux
    Cernes de traits, fatigues de l’esquisse
    Que tache la cendre d’un mouvement creux

    Et les couronnes de fleurs viennent du décor
    Comme l’arabesque des arts nouveaux
    Un motif de rythme dans un regard chair
    Un drapé de misaine par monts et par vaux

    Si le dessin des villes sans mémoire creusée
    Abandonne au temps le loisir d’y croire
    Aurai-je la nostalgie de demain
    Quand il sera déjà trop tard ?

    Les femmes dans les rectangles
    Aux bouches en taches de moue
    Ont les yeux qui hantent
    Les ruisseaux séchés de boue

    Qui dira le réconfort du sourcil
    Posé à même le clown blanc
    Quand l’Auguste s’éparpille de défaites
    Au cercle de sciure qui boit le sang

    Dans les cirques on mange le pain
    Le pain blond des forêts de l’ogresse
    Petit poucet pervers qui préfère dévorer
    Les petits bouts de détresse

    La route serpente en circonvolutions
    Elle finit par former mon cerveau
    Sa poussière sort par mes silences
    Je suis fait de débris qui me font un morceau

  • Respons

    Dans l’eau de ta claire fontaine
    J’ai bu ta chair aux jambes nues,
    Creux rose, qui s’offre incertaine
    En des dentelles entrevues

    J’ai volé en croquemitaine
    Les cambrures tant détendues
    Voussure si peu puritaine
    De tes venelles distendues

    Corolle fait mât de misaine
    Couturée, morsure patène
    D’un cri je te fais boursouflure

    Etirée jusqu’à ce supplice
    Qui te fait lors gésir complice
    Ton intime miel grivelure

  • Larmes de psautier

    Larmes de psautier

     

    A Jean Ray

     

     

    Tu es l’onde qui court au-delà du malheur,

    Mes larmes de pitié, le vent fou les ramasse,

    L’éternité est le cœur de son arc

     

    Tu es mon faux semblant, ma bannière

    L’arc-boutant d’un serment de métal

    Mes larmes de piété, le vent fou les ramasse

     

    Tu es le ponant et l’aboutissant

    Ouessant de zénith, embrun de boussole

    Mes larmes de piquier, le vent fou les ramasse

     

    Tu es marbre, tu es de Carrare

    Mes larmes de figuier, le vent fou les ramasse

    L’indocilité mange ma cuisse

     

    Tu es prison, tu es labyrinthe

    Tu es poison, tu es absinthe

    Mes larmes de potier, le vent fou les ramasse

     

    Mes larmes de psautier, le vent fou les ramasse

    De Mayence à Louviers je cherche ton nom

    Dans le ventre des pavés que la lune décore

     

     

  • Les Soirs

    Les Soirs

    Les soirs, justes et passionnés d’amour,
    Je les veux.
    Si vieux avec leurs rayons d’or ferments.
    Si la brume dans les récifs prolonge le feu…
    J’attends son embardée!

    Azur d’atmosphère une centaine de rayons de soleil
    Nuageux sur les archipels,
    Vous regardent du firmament!

    Une centaine de nuages en mouvement,
    Dans l’immense sublime, sous le vent de vaines agitations,
    Forment d’inimaginables accords
    Dans le cadre de leurs ondes.
    A des intervalles de flammes pâles,
    Comme si quelque géant de l’air, au milieu des vapeurs,
    Brandissait une soudaine épée,
    Cette musique me perce les flancs.

    Le soleil dans la magnifique baie
    Garde le moi triste;
    Et à distance fixe, comme une coupole d’or,
    Le toit de chaume d’un lit d’enfant
    S’embrase d’un coup d’œil;

    Et sur le flou de l’horizon se joint son combat avec la brume;
    De la floraison sur les champs
    Il se bloque au travers du firmament de la piste balayée d’ombres blanches,
    Où un énorme crocodile avec un vaste dos,
    Une triple rangée de dents pointues,
    Glisse tel une lueur.

    Puis monte un palais,
    Puis l’air vibre
    – la vision s’enfuit.

    La peur, édifice nuageux,
    Ruine immense dans les fragments,
    Parsème le ciel, et chaque icône
    Pointe vers le bas,

    Les froids généreux, comme des montagnes renversées
    Soulèvent mon dos.

    Des vapeurs, avec leur plomb, or, fer et bronze luisent,
    Murmure rauque,
    Et rêvent de la nuit…

     

     

     

     

     

     

     

     

  • Ai-Je Un Rêve d’Amour?

    Ai-Je Un Rêve d’Amour?

     

    Il flotte dans l’air, de façon claire
    l’ancienne nuit rare, idéale de rose
    une fontaine qui murmure l’eau
    comme une flûte traversière
    que traverseraient des larmes

    Et l’immobile étouffe dans la chaleur de la nuit
    le rêve se hausse à la prière
    et s’inquiète du soleil, brillante fleur de la flamme
    dans la coupe de roseaux creux qui s’apprivoisent
    à se tresser ainsi que des lys blancs

    Ma poitrine révèle un mystère non résolu
    l’excédent des hymens s’est échappé au loin
    les arcanes ne divulguent pas leur nature
    elles distillent des sonorités, faisant écho à la rive
    du ruisseau de Ta peau lumineuse

    L’éclair de feu de mes lèvres que flashe
    avec une secrète terreur la soif de chair
    Les roses et la Mort rendent au soleil le parfum
    des journées dépensées à l’argent de Nos passions
    cerclées dans les langueurs de la dualité

    Pour ma peine j’ai caché une gerbe de baisers
    pour la sienne des sanglots légers comme des murmures de grillons
    pour la nôtre le fier silence ombragé du langage
    pour que jamais ne vienne le sommeil oublieux du péché
    pour que toujours notre sang afflue vers l’éternel désir foyer

    ***

  • Ma Voilure

    De l’aube trempée, nue dans l’aquarelle carmin des ocres brûlés

    Au crépuscules des violences mauves au blason d’or d’azur

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toujours, ma césure

    Ma béance au ciel couturé, ma romance au nadir triangulé

    Si, errant sur le chemin de halage je croise une haridelle

    Que ma main s’allonge sur la longe du harnais d’un songe écourté

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, lors, mon hyménée

    Quand bien même et désormais car sous les ormaies, at last, tu as ri d’elle

    Sous un nuage de flocons éventré pleurant ses tâches de plumes

    Un clown étreint un réverbère, danse livide sa vie salie

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toi, mon eau de vie

    Chante t il à son ivresse perdue, retrouvée en mots posthumes

    Une main gantée de regrets cherche l’arpège enlarmé du pardon

    Un cœur guette, inquiet, le silence qui annonce le chants printemps

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toi, mon sang gitan

    Chante sa voix au repris de justesse, épris de justice, gascon

    Un piano denté de candélabre célèbre les épousailles

    Deux coupes de champagne brisent menu le chagrin au temps qui passe

    On s’est gardés, on se garde, on se gardera, nous, amants de limaille

    Aimantés jusqu’au dernier soupir que feront nos extases rapaces

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toujours, ma césure

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toujours, ma voilure

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toi, mon sang gitan

    Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, nous, marbre gisant

  • Assis au bord du monde

    Assis au bord du monde
    Las de mes courses vagabondes
    Jambes un peu ballantes
    Et mon âme si peu vaillante

    Assis au bord du monde
    Bien loin des îles de la Sonde
    Si près du précipice
    J’ai perdu le goût de l’épice

    Assis au bord du monde
    Me remémorant Trébizonde
    Repose, cœur en geôle
    Ta tête blonde sur l’épaule

    Assis au bord du monde
    Alors que ce vieux temps m’émonde
    Tes deux yeux sablier
    Égrènent nos déshabillés

    Assis au bord du monde
    Chante à contre temps de la ronde
    Un amour qui s’étonne
    De peindre encor, toujours l’automne

    Assis au bord du monde
    J’ai brisé en deux la seconde
    D’un baiser éternel
    Brisant le triste solennel

    Assis au bord du monde
    Mon sang ne te fait rubiconde
    Mais la tendresse unit
    Ce qu’un vil Saturne punit

  • La folie sans ses couleurs

    Je n’aime pas les affres noirs du bonheur
    Quand il suspend par l’illusoire équilibre
    Sur un fil, sur un souffle, sur un rêve éveillé
    La chute vers l’avant des corps, vivants dans le déséquilibre
    Exaltés de la chute, envoûtés par l’attraction inexorable

    Je n’aime pas jouir et dans le jouir le mourir qui va avec
    Et le cri des voix falaises qui mesurent la mesure des rythmes
    Et le souffle, ce souffle victoire de la bataille qu’on ne veut pas gagner
    A tant aimer le combat des corps qui luttent, mouillés de poussière d’étoiles
    A tant désirer la nuit, son silence qui promet demain

    Je n’aime pas l’histoire des gens en murmures creux
    De poésie lyrique, là où naissent les héroïsmes
    Que la vie dément
    Quand la vérité est plus belle
    Flétrie dans la grandeur des drames et l’obscur du laid

    Je n’aime pas la folie sans ses couleurs
    La douleur sans ses envies
    La vie sans son secrétaire perpétuel
    La concurrence sans ses démons
    Les chansons célèbres comme des filles publiques

    Paris est triste l’hiver, sans toi
    Et si le soleil verse une larme, une larme rose
    Sur le Sacré Coeur sur Notre Dame
    Larme d’en haut, larme d’en bas
    Je ne cesse de penser à toi

    je devine la trace de tes pas furtifs
    menant vers la maison
    j’ouvre la porte et tu es là
    nos lèvres se touchent
    L’hiver est froid dans les vignes blanches


    Le jour du départ beaucoup de gens s’étaient rassemblés.
    Dans l’image que l’enfant dessinait
    Mille étoiles et mille pétales…
    Cette image a été écrite sur chacun d’eux
    Enveloppés dans une sensation de chaleur.

  • Tes repas d’aubaine

    Araignée de vigne qui tisse la lumière
    En toile de ciré
    Mon étoile de ciné ta taille guêpière
    Caresse raisin rouge

    Araignée de signes j’ai crié ton velours
    Déchirant la page des suies
    Lactescent triomphe des détours
    Au roseau la défaite du chêne

    Que peut le shaman chameau ?
    A brouter le désert salle Carnot
    Les jambes macramées
    Elle ne sait dire mot

    Araignée de silex
    Les cocons sarcophages emmaillotés
    Sont tes repas d’aubaine
    Quand mon ventre s’ouvre

    Araignée mon amie
    Tu vis en mon crâne
    en mes cavités
    A sucer mon âme pour l’éternité

    Araignée ma chérie tu sais les noms
    Les viandes et les os
    Que dessèchent les souvenirs
    Poudre pemmican des jours maigres

    Araignée mon tambour , mon tambour major
    Ma chamade chemin, mon alcool des jours
    Tes fils labyrinthes où je me tends
    Sont chevelure d’aube

    Araignée ma douleur au tronc creux
    Détisse mes larmes métisses
    Viens peupler mon suaire
    Ouvrière patiente à dessin

    Araignée mon bonheur
    A quatre vingt lieues de là
    Contre la fenêtre des émois
    Quatre piqûres au bras

  • Baroque

    Baroque

    Ton épaule est un pan de lumière tressée
    Mon baiser dentellier fait un dessin flamand
    Sous le feu carnassier de ton regard aimant
    Le carmin d’un remords ploie ton âme blessée

    Ma viole de gambe en cour rapiécée
    Chante le vin clairet que je bois ardemment
    Sur ton tétin dressé de larme diamant
    Nue dans l’obscurité reine d’un gynécée

    Lié d’un serment noir coule mon sang de jais
    J’ai rendu tout espoir et pourtant je renais
    Au creux de tes jambes dévorant l’arcature

    A ton doux tribunal j’ai esté maints pourvois
    Avocat d’un barreau qui te cambre la voix
    Dont le vibrato se fait appoggiature

  • Ours mal léché

    C’était l’histoire d’un ours mal léché

    Aux colères que l’on disait Gasconnes

    ll était grossier, jurons en chaconnes

    Et tenait l’insulte en archevêché

     

    Semblait de tout son fiel se pourlécher

    Criait aux abeilles: Les pauvres connes !

    De terre à ciel sa voix pèse des tonnes

    Effrayés tous le croyaient éméché

     

    Le soir dans son terrier l’ombre falote

    De son seul amour , la Marie Charlotte

    Lui rappelait que lassé on s’en va

     

    Qu’est trop tardive, des regrets, la messe

    Et que c’est seul, sur son cul, sur sa fesse

    Qu’on se retrouve devant Jéhovah

     

     

  • Oie sauvage

    Il se pourrait bien

    qu’une oie sauvage

    se soit attardée.

     

    Oui, il se pourrait bien.

    Que ses pas dans la neige

    laissent une trace

    bien plus longue

    bien plus profonde

    Qu’il n’y parait.

     

    Pourquoi ne fuit elle pas l’hiver

    Pourquoi ne pas rejoindre ses congénères

    Il se pourrait bien

    qu’une oie sauvage

    se soit attardée.

     

    C’est son reflet

    dans le marbre blanc

    que le gel fait de la neige

    C’est son reflet

    que j’attends

    Près de l’eau

    de l’eau gelée

    que le gel fait d’obsidienne

    C’est son reflet

     

    Son reflet c’est la preuve

    qu’elle est là

    malgré le départ imminent

    elle est là

    repoussant l’imminence

    de son état

    de son état de migrante

     

    Qu’est ce qui la retient là

    Ne voit elle pas que c’est l’hiver

    Il se pourrait bien

    qu’une oie sauvage

    se soit attardée.

     

    Son plumage gris clair

    et son collier blanc

    lui donnent cette allure

    cette allure souveraine

    d’un royaume glacé

    qu’elle survole

    et peine à quitter

    qu’elle survole

    et encercle de pitié

     

    C’est la nostalgie de l’été

    je le sais

    qui la retient prisonnière

    la nostalgie de tous les étés

    qui s’enfuient sur la terre

    et la peur du printemps

    qui se paie d’un départ

    et la peur de cent ans

    donnés au hasard

    et la peur de mille ans

    donnés à voler

    dans le triangle

    le triangle en « V »

    où il faut se ranger

    suivre les autres

    pour être sans péril.

     

    Il se pourrait bien

    qu’une oie sauvage

    se soit attardée.

     

    Alors elle défie l’hiver

    l’hiver et son péril

    seule elle se pose

    elle se pose et se repose

    sur le champ de neige

    je la vois

    et veux  lui crier

    que le printemps

    va la sauver

    qu’elle ait confiance

    je l’ai baguée…

  • Valentin le Désossé

     

    Un Valentin quelque peu cabossé
    Vint à se faire quelque peu désosser
    Par une Valentine au rayon X
    Qui cherchait vérité comme idée fixe

    C’est peu dire qu’elle le mettait au grill
    Quitte à mettre sa psyché en péril
    Ce pauvre hère, certes un peu retors
    Voyait déballé, au jour, tout son tort

    Lui en voulait-il pour autant? Mais non !
    Desgrieux amoureux de sa Manon
    Il laissait décortiquer son cortex
    Tout entier aspiré en son vortex

  • Pérenne

    Perenne

    Qui écrira les mots du rouge des nuages

    qui sertira le vent dans l’écrin du tourment

    quand la lune complice étend son manteau blanc

    au soir du crépuscule et au matin des âges ?

    .

    C’est le temps, son burin, martelant les messages

    qui dentelle et dessine abreuvé sobrement

    des rires, des peines le bel envoûtement

    qui marque au fil de l’eau l’écume du passage

    .

    Quand viendra le moment, demain, du souffle éteint

    qui laisse dépourvu, perdu, l’autre sans l’un

    il restera, gravée, l’incise au creux du soir

    .

    Dont le contour profond blesse le cœur de l’âme

    sillon de feu, de flamme éclairant dans le noir

    la caverne au trésor dont nous fûmes sésame

    .

  • Jeux d’émaux

    Tu es le feu de l’agate
    Sans que le temps ne te gâte
    Tu es le bleu du saphir
    Que caresse le zéphyr
    Et le rouge du rubis
    Ceint de lapis-lazulis

    J’aime l’éclat de tes gemmes
    Au lapidaire, tes peines
    Sont retaillées en cristal
    Au son de mes mots-métal
    Tu sais que bien malachite
    Ne profite jamais

    Je peins une aigue-marine
    Coffret dans une vitrine
    Opale et pierre de dune
    Moi, zircon comme la lune
    Fais rimer aventurine
    Avec une serpentine

    J’ajoute la tourmaline
    Et le col du Tourmalet
    Sur le sol de Macédoine
    Je pleure la calcédoine
    Sans heurt dans la vallée d’Aspe
    Meurent les pierres de jaspe

    Mes mots minéralisés
    En auriques alizés
    Cristallisent le joyau
    Qui dans mon cœur fait noyau
    Magiques incantations
    Tragiques constellations

    Ai-je peur que tu te tailles?
    A l’eau les tamis de pailles
    Scrutent la moindre pépite
    Pour que je m’y précipite
    Le béryl jaune me guette
    Malgré ma belle échauguette…

    ***

     

  • Le poème détruit

    Le poème détruit

     

     

     

    Il usait tant sa plume au vents qu’on dit contraires

    Que ses mots finissaient enfin de ressembler

    A son âme et son corps, souvent trinquebalés

    Payant ses poésies à un taux usuraire

     

     

     

    Un matin cependant, un diamant littéraire

    Couché sur parchemin lui fit larmes perler

    Sa perfection terrible achevait d’étoiler

    Tous les cieux du Parnasse et bourses de libraire

     

     

     

    Des jours et puis des nuits, il relisait en fièvre

    Ce texte fait d’amour et tendre genièvre

    Sans jamais en pouvoir trouver moindre défaut

     

     

     

    Empêché à jamais d’écrire davantage

    Toute sa poésie menée à l’échafaud

    Il brûla le poème et prit un ermitage,,,

     

     

     

  • Ainsi soit il

    J’ai brisé le sablier du temps
    Égaré ma seconde d’éternité
    Il me faudra bien une autre perpétuité
    A courir les plaines désertes
    Pour la chercher
    Ainsi soit il.

    J’ai perdu le nord
    La tête, le cœur et le ponant
    J’ai perdu encore
    Plus que ton corps
    Tout mon occident
    Ainsi soit il.

    Je chercherai dans l’eau vive des tombeaux
    Dans les pierres froides des ruisseaux
    Dans le glacis des errances
    le souffle de tes derniers mots
    La chaleur de tes derniers flots
    Ainsi soit il .

    Tu es dans les regards d’enfants
    Tu es dans le rire des moineaux
    Tu es dans la main qui se tend
    Tu es dans mon crédo
    Confíteor Deo omnipoténti
    Ainsi soit il.


    Tu n’auras jamais le silence de Dieu
    Tu ne sera jamais ni le corps ni le sang
    Donné à la multitude
    Parce que je demeure sans rémission
    De mes péchés
    Ainsi soit il.


    Mes larmes sont tes vitraux
    Mon cri ta voûte
    Mon corps ta nef
    Mes ongles griffent l’amertume du regret
    Quand les bras m’en tombent
    Ainsi soit il.

    Demain sera cathédrale
    Lundi, mardi, mercredi jeudi vendredi mes dimanches
    Samedi me dira où repose ton jouir
    J’en ferai le gisant de porphyre
    En criant : Dieu est mort !
    Ainsi soit il.


    Jadis couche avec déjà
    Adieu baise avec reviens
    Je fais du temps une partouze
    Où bons apôtres ils sont douze
    A faire ripaille des tripailles de mon dégoût
    Ainsi soit il.


    Sculptés dans la pierre de Jaumont
    Un ange au regard cave, une gargouille à la langue qui pend
    Gravés dans la fuite des ans
    Princesse des deux lunes et son voyou gitan
    Ils parcheminent  leur vélin de sang
    Ainsi soit il.


    Quand tout sera poussière
    Et mémoire détissée
    L’arpège de nos bières
    De lierre et de lys blancs
    Sera la rivière où viendront rêver tous les amants

    Amen.

  • Ce soir, il n’y aura pas Septembre

    Ce soir

    Il n’y aura pas septembre

    Tu seras là dans l’ombre d’une chemise

    Blanche

    Une cigarette à la bouche

    Tes lunettes couronnent l’instant

    Ce matin triomphant

    Que nous n’aurons jamais

    Que nous avons tant rêvé

    Qu’il a fini par exister

     

    Ce soir

    Une chanson sans paroles

    Fredonnée par un trombone

    Dessine la volute

    De tes seins

     

    Une gitane bleue

    Arpège l’envie

    Je suis nu et porte un chapeau

    Noir

    Ta tête sur ma cuisse posée

    Contrebasse ma respiration

     

    Ce soir

    Nous sommes jazz

    Ailleurs dans l’infini d’un solo

    Qui s’égare

    Nous savons depuis désormais

    La musique improvisée

    Qui nous attend

    Qui nous rend l’âme violon

    Et les larmes blanches pointées

    allongent le temps d’y croire

     

    Ce soir

    Je suis tu

    Tu es moi

    Me suis tu

    Ton émoi

     

    Es tu sûre

    De moi ?

    Autant que je crois

    en toi…

  • Tout de toi me manque

    Tes doigts sur le piano arpègent la résonance

    D’une cage d’ivoire glacée d’oiseaux

    Aux regards acérés du futile marié d’ennui

    Ils chantent fauves et rauques

    Les notes de toi

     

    Tes cheveux mangeurs de lumière auréolent le vent

    D’un mystère absolu rétif à l’entendement

    Ils sont nimbes, immanents au désir de te vivre

    Foison blonde d’herbes nées de la foi d’un peintre fou

    Qui ne peindrait que toi

     

    Le compas vertigineux de tes épaules éblouit ta stature

    Du marbre dont les rois font tombeaux et les reines chapelles

    J’y ai bu le miel de te prendre et la saumure de te perdre

    L’amertume du regret est vivante au ventre qui pleure

    Le vouloir de toi

     

    Sur mes reins j’épanche le fantôme de tes hanches

    A l’argile cilice impuissant de mémoire

    Je pleure et j’implore en déchirant ma peau

    La trace qui jamais ne se lasse

    De te dessiner toi

     

    Mais c’est ta voix le vent de mes jours

    Mais c’est ton rire l’angélus de mes nuits

    Mais c’est ton souffle vivant dans le toujours

    Mais c’est ton cri la virgule de ma vie

    En soie de toi

     

    Ton absence même je la chéris en orpailleur usé

    Je brûle mes yeux à te trouver dans chaque reflet

    Que le temps m’accorde à tamiser mes rivières

    Un parfum en reliquaire, musique eucharistique

    De la foi de toi

     

    Et toute l’ardeur de mes envies de toi me font un unisson

    La symphonie inachevée renaît au désespoir infini de ce bonheur

    Ce bonheur arraché au dépit, accouché dans l’écrit

    Jarretelle posée sur mes souvenirs

    de toi…