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Je suis fait de débris qui me font un morceau
Au masque bleu des courants qui s’envolent
Je déconstruis l’archange des symboles nus
Dans le courant de l’onde impure
Qui charrie le cours des ambres crusDans le plis des rosaires je cherche l’ombre
Que font les roses et les beiges onctueux
Cernes de traits, fatigues de l’esquisse
Que tache la cendre d’un mouvement creuxEt les couronnes de fleurs viennent du décor
Comme l’arabesque des arts nouveaux
Un motif de rythme dans un regard chair
Un drapé de misaine par monts et par vauxSi le dessin des villes sans mémoire creusée
Abandonne au temps le loisir d’y croire
Aurai-je la nostalgie de demain
Quand il sera déjà trop tard ?Les femmes dans les rectangles
Aux bouches en taches de moue
Ont les yeux qui hantent
Les ruisseaux séchés de boueQui dira le réconfort du sourcil
Posé à même le clown blanc
Quand l’Auguste s’éparpille de défaites
Au cercle de sciure qui boit le sangDans les cirques on mange le pain
Le pain blond des forêts de l’ogresse
Petit poucet pervers qui préfère dévorer
Les petits bouts de détresseLa route serpente en circonvolutions
Elle finit par former mon cerveau
Sa poussière sort par mes silences
Je suis fait de débris qui me font un morceau -
Respons
Dans l’eau de ta claire fontaine
J’ai bu ta chair aux jambes nues,
Creux rose, qui s’offre incertaine
En des dentelles entrevuesJ’ai volé en croquemitaine
Les cambrures tant détendues
Voussure si peu puritaine
De tes venelles distenduesCorolle fait mât de misaine
Couturée, morsure patène
D’un cri je te fais boursouflureEtirée jusqu’à ce supplice
Qui te fait lors gésir complice
Ton intime miel grivelure -
Larmes de psautier
Larmes de psautier
A Jean Ray
Tu es l’onde qui court au-delà du malheur,
Mes larmes de pitié, le vent fou les ramasse,
L’éternité est le cœur de son arc
Tu es mon faux semblant, ma bannière
L’arc-boutant d’un serment de métal
Mes larmes de piété, le vent fou les ramasse
Tu es le ponant et l’aboutissant
Ouessant de zénith, embrun de boussole
Mes larmes de piquier, le vent fou les ramasse
Tu es marbre, tu es de Carrare
Mes larmes de figuier, le vent fou les ramasse
L’indocilité mange ma cuisse
Tu es prison, tu es labyrinthe
Tu es poison, tu es absinthe
Mes larmes de potier, le vent fou les ramasse
Mes larmes de psautier, le vent fou les ramasse
De Mayence à Louviers je cherche ton nom
Dans le ventre des pavés que la lune décore
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Les Soirs
Les Soirs
Les soirs, justes et passionnés d’amour,
Je les veux.
Si vieux avec leurs rayons d’or ferments.
Si la brume dans les récifs prolonge le feu…
J’attends son embardée!Azur d’atmosphère une centaine de rayons de soleil
Nuageux sur les archipels,
Vous regardent du firmament!Une centaine de nuages en mouvement,
Dans l’immense sublime, sous le vent de vaines agitations,
Forment d’inimaginables accords
Dans le cadre de leurs ondes.
A des intervalles de flammes pâles,
Comme si quelque géant de l’air, au milieu des vapeurs,
Brandissait une soudaine épée,
Cette musique me perce les flancs.Le soleil dans la magnifique baie
Garde le moi triste;
Et à distance fixe, comme une coupole d’or,
Le toit de chaume d’un lit d’enfant
S’embrase d’un coup d’œil;Et sur le flou de l’horizon se joint son combat avec la brume;
De la floraison sur les champs
Il se bloque au travers du firmament de la piste balayée d’ombres blanches,
Où un énorme crocodile avec un vaste dos,
Une triple rangée de dents pointues,
Glisse tel une lueur.Puis monte un palais,
Puis l’air vibre
– la vision s’enfuit.La peur, édifice nuageux,
Ruine immense dans les fragments,
Parsème le ciel, et chaque icône
Pointe vers le bas,Les froids généreux, comme des montagnes renversées
Soulèvent mon dos.Des vapeurs, avec leur plomb, or, fer et bronze luisent,
Murmure rauque,
Et rêvent de la nuit… -
Ai-Je Un Rêve d’Amour?
Ai-Je Un Rêve d’Amour?
Il flotte dans l’air, de façon claire
l’ancienne nuit rare, idéale de rose
une fontaine qui murmure l’eau
comme une flûte traversière
que traverseraient des larmesEt l’immobile étouffe dans la chaleur de la nuit
le rêve se hausse à la prière
et s’inquiète du soleil, brillante fleur de la flamme
dans la coupe de roseaux creux qui s’apprivoisent
à se tresser ainsi que des lys blancsMa poitrine révèle un mystère non résolu
l’excédent des hymens s’est échappé au loin
les arcanes ne divulguent pas leur nature
elles distillent des sonorités, faisant écho à la rive
du ruisseau de Ta peau lumineuseL’éclair de feu de mes lèvres que flashe
avec une secrète terreur la soif de chair
Les roses et la Mort rendent au soleil le parfum
des journées dépensées à l’argent de Nos passions
cerclées dans les langueurs de la dualitéPour ma peine j’ai caché une gerbe de baisers
pour la sienne des sanglots légers comme des murmures de grillons
pour la nôtre le fier silence ombragé du langage
pour que jamais ne vienne le sommeil oublieux du péché
pour que toujours notre sang afflue vers l’éternel désir foyer***
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Ma Voilure
De l’aube trempée, nue dans l’aquarelle carmin des ocres brûlés
Au crépuscules des violences mauves au blason d’or d’azur
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toujours, ma césure
Ma béance au ciel couturé, ma romance au nadir triangulé
Si, errant sur le chemin de halage je croise une haridelle
Que ma main s’allonge sur la longe du harnais d’un songe écourté
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, lors, mon hyménée
Quand bien même et désormais car sous les ormaies, at last, tu as ri d’elle
Sous un nuage de flocons éventré pleurant ses tâches de plumes
Un clown étreint un réverbère, danse livide sa vie salie
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toi, mon eau de vie
Chante t il à son ivresse perdue, retrouvée en mots posthumes
Une main gantée de regrets cherche l’arpège enlarmé du pardon
Un cœur guette, inquiet, le silence qui annonce le chants printemps
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toi, mon sang gitan
Chante sa voix au repris de justesse, épris de justice, gascon
Un piano denté de candélabre célèbre les épousailles
Deux coupes de champagne brisent menu le chagrin au temps qui passe
On s’est gardés, on se garde, on se gardera, nous, amants de limaille
Aimantés jusqu’au dernier soupir que feront nos extases rapaces
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toujours, ma césure
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toujours, ma voilure
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, toi, mon sang gitan
Je t’ai gardée, je te garde et je te garderai, nous, marbre gisant
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Assis au bord du monde
Assis au bord du monde
Las de mes courses vagabondes
Jambes un peu ballantes
Et mon âme si peu vaillanteAssis au bord du monde
Bien loin des îles de la Sonde
Si près du précipice
J’ai perdu le goût de l’épiceAssis au bord du monde
Me remémorant Trébizonde
Repose, cœur en geôle
Ta tête blonde sur l’épauleAssis au bord du monde
Alors que ce vieux temps m’émonde
Tes deux yeux sablier
Égrènent nos déshabillésAssis au bord du monde
Chante à contre temps de la ronde
Un amour qui s’étonne
De peindre encor, toujours l’automneAssis au bord du monde
J’ai brisé en deux la seconde
D’un baiser éternel
Brisant le triste solennelAssis au bord du monde
Mon sang ne te fait rubiconde
Mais la tendresse unit
Ce qu’un vil Saturne punit -
La folie sans ses couleurs
Je n’aime pas les affres noirs du bonheur
Quand il suspend par l’illusoire équilibre
Sur un fil, sur un souffle, sur un rêve éveillé
La chute vers l’avant des corps, vivants dans le déséquilibre
Exaltés de la chute, envoûtés par l’attraction inexorableJe n’aime pas jouir et dans le jouir le mourir qui va avec
Et le cri des voix falaises qui mesurent la mesure des rythmes
Et le souffle, ce souffle victoire de la bataille qu’on ne veut pas gagner
A tant aimer le combat des corps qui luttent, mouillés de poussière d’étoiles
A tant désirer la nuit, son silence qui promet demainJe n’aime pas l’histoire des gens en murmures creux
De poésie lyrique, là où naissent les héroïsmes
Que la vie dément
Quand la vérité est plus belle
Flétrie dans la grandeur des drames et l’obscur du laidJe n’aime pas la folie sans ses couleurs
La douleur sans ses envies
La vie sans son secrétaire perpétuel
La concurrence sans ses démons
Les chansons célèbres comme des filles publiquesParis est triste l’hiver, sans toi
Et si le soleil verse une larme, une larme rose
Sur le Sacré Coeur sur Notre Dame
Larme d’en haut, larme d’en bas
Je ne cesse de penser à toije devine la trace de tes pas furtifs
menant vers la maison
j’ouvre la porte et tu es là
nos lèvres se touchent
L’hiver est froid dans les vignes blanches
Le jour du départ beaucoup de gens s’étaient rassemblés.
Dans l’image que l’enfant dessinait
Mille étoiles et mille pétales…
Cette image a été écrite sur chacun d’eux
Enveloppés dans une sensation de chaleur. -
Tes repas d’aubaine
Araignée de vigne qui tisse la lumière
En toile de ciré
Mon étoile de ciné ta taille guêpière
Caresse raisin rougeAraignée de signes j’ai crié ton velours
Déchirant la page des suies
Lactescent triomphe des détours
Au roseau la défaite du chêneQue peut le shaman chameau ?
A brouter le désert salle Carnot
Les jambes macramées
Elle ne sait dire motAraignée de silex
Les cocons sarcophages emmaillotés
Sont tes repas d’aubaine
Quand mon ventre s’ouvreAraignée mon amie
Tu vis en mon crâne
en mes cavités
A sucer mon âme pour l’éternitéAraignée ma chérie tu sais les noms
Les viandes et les os
Que dessèchent les souvenirs
Poudre pemmican des jours maigresAraignée mon tambour , mon tambour major
Ma chamade chemin, mon alcool des jours
Tes fils labyrinthes où je me tends
Sont chevelure d’aubeAraignée ma douleur au tronc creux
Détisse mes larmes métisses
Viens peupler mon suaire
Ouvrière patiente à dessinAraignée mon bonheur
A quatre vingt lieues de là
Contre la fenêtre des émois
Quatre piqûres au bras -
Baroque
Baroque
Ton épaule est un pan de lumière tressée
Mon baiser dentellier fait un dessin flamand
Sous le feu carnassier de ton regard aimant
Le carmin d’un remords ploie ton âme blesséeMa viole de gambe en cour rapiécée
Chante le vin clairet que je bois ardemment
Sur ton tétin dressé de larme diamant
Nue dans l’obscurité reine d’un gynécéeLié d’un serment noir coule mon sang de jais
J’ai rendu tout espoir et pourtant je renais
Au creux de tes jambes dévorant l’arcatureA ton doux tribunal j’ai esté maints pourvois
Avocat d’un barreau qui te cambre la voix
Dont le vibrato se fait appoggiature -
Ours mal léché
C’était l’histoire d’un ours mal léché
Aux colères que l’on disait Gasconnes
ll était grossier, jurons en chaconnes
Et tenait l’insulte en archevêché
Semblait de tout son fiel se pourlécher
Criait aux abeilles: Les pauvres connes !
De terre à ciel sa voix pèse des tonnes
Effrayés tous le croyaient éméché
Le soir dans son terrier l’ombre falote
De son seul amour , la Marie Charlotte
Lui rappelait que lassé on s’en va
Qu’est trop tardive, des regrets, la messe
Et que c’est seul, sur son cul, sur sa fesse
Qu’on se retrouve devant Jéhovah
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Oie sauvage
Il se pourrait bien
qu’une oie sauvage
se soit attardée.
Oui, il se pourrait bien.
Que ses pas dans la neige
laissent une trace
bien plus longue
bien plus profonde
Qu’il n’y parait.
Pourquoi ne fuit elle pas l’hiver
Pourquoi ne pas rejoindre ses congénères
Il se pourrait bien
qu’une oie sauvage
se soit attardée.
C’est son reflet
dans le marbre blanc
que le gel fait de la neige
C’est son reflet
que j’attends
Près de l’eau
de l’eau gelée
que le gel fait d’obsidienne
C’est son reflet
Son reflet c’est la preuve
qu’elle est là
malgré le départ imminent
elle est là
repoussant l’imminence
de son état
de son état de migrante
Qu’est ce qui la retient là
Ne voit elle pas que c’est l’hiver
Il se pourrait bien
qu’une oie sauvage
se soit attardée.
Son plumage gris clair
et son collier blanc
lui donnent cette allure
cette allure souveraine
d’un royaume glacé
qu’elle survole
et peine à quitter
qu’elle survole
et encercle de pitié
C’est la nostalgie de l’été
je le sais
qui la retient prisonnière
la nostalgie de tous les étés
qui s’enfuient sur la terre
et la peur du printemps
qui se paie d’un départ
et la peur de cent ans
donnés au hasard
et la peur de mille ans
donnés à voler
dans le triangle
le triangle en « V »
où il faut se ranger
suivre les autres
pour être sans péril.
Il se pourrait bien
qu’une oie sauvage
se soit attardée.
Alors elle défie l’hiver
l’hiver et son péril
seule elle se pose
elle se pose et se repose
sur le champ de neige
je la vois
et veux lui crier
que le printemps
va la sauver
qu’elle ait confiance
je l’ai baguée…
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Valentin le Désossé

Un Valentin quelque peu cabossé
Vint à se faire quelque peu désosser
Par une Valentine au rayon X
Qui cherchait vérité comme idée fixeC’est peu dire qu’elle le mettait au grill
Quitte à mettre sa psyché en péril
Ce pauvre hère, certes un peu retors
Voyait déballé, au jour, tout son tortLui en voulait-il pour autant? Mais non !
Desgrieux amoureux de sa Manon
Il laissait décortiquer son cortex
Tout entier aspiré en son vortex -
Pérenne
Perenne
Qui écrira les mots du rouge des nuages
qui sertira le vent dans l’écrin du tourment
quand la lune complice étend son manteau blanc
au soir du crépuscule et au matin des âges ?
.
C’est le temps, son burin, martelant les messages
qui dentelle et dessine abreuvé sobrement
des rires, des peines le bel envoûtement
qui marque au fil de l’eau l’écume du passage
.
Quand viendra le moment, demain, du souffle éteint
qui laisse dépourvu, perdu, l’autre sans l’un
il restera, gravée, l’incise au creux du soir
.
Dont le contour profond blesse le cœur de l’âme
sillon de feu, de flamme éclairant dans le noir
la caverne au trésor dont nous fûmes sésame
.
-
Jeux d’émaux
Tu es le feu de l’agate
Sans que le temps ne te gâte
Tu es le bleu du saphir
Que caresse le zéphyr
Et le rouge du rubis
Ceint de lapis-lazulisJ’aime l’éclat de tes gemmes
Au lapidaire, tes peines
Sont retaillées en cristal
Au son de mes mots-métal
Tu sais que bien malachite
Ne profite jamaisJe peins une aigue-marine
Coffret dans une vitrine
Opale et pierre de dune
Moi, zircon comme la lune
Fais rimer aventurine
Avec une serpentineJ’ajoute la tourmaline
Et le col du Tourmalet
Sur le sol de Macédoine
Je pleure la calcédoine
Sans heurt dans la vallée d’Aspe
Meurent les pierres de jaspeMes mots minéralisés
En auriques alizés
Cristallisent le joyau
Qui dans mon cœur fait noyau
Magiques incantations
Tragiques constellationsAi-je peur que tu te tailles?
A l’eau les tamis de pailles
Scrutent la moindre pépite
Pour que je m’y précipite
Le béryl jaune me guette
Malgré ma belle échauguette…***
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Le poème détruit
Le poème détruit
Il usait tant sa plume au vents qu’on dit contraires
Que ses mots finissaient enfin de ressembler
A son âme et son corps, souvent trinquebalés
Payant ses poésies à un taux usuraire
Un matin cependant, un diamant littéraire
Couché sur parchemin lui fit larmes perler
Sa perfection terrible achevait d’étoiler
Tous les cieux du Parnasse et bourses de libraire
Des jours et puis des nuits, il relisait en fièvre
Ce texte fait d’amour et tendre genièvre
Sans jamais en pouvoir trouver moindre défaut
Empêché à jamais d’écrire davantage
Toute sa poésie menée à l’échafaud
Il brûla le poème et prit un ermitage,,,
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Ainsi soit il
J’ai brisé le sablier du temps
Égaré ma seconde d’éternité
Il me faudra bien une autre perpétuité
A courir les plaines désertes
Pour la chercher
Ainsi soit il.…
J’ai perdu le nord
La tête, le cœur et le ponant
J’ai perdu encore
Plus que ton corps
Tout mon occident
Ainsi soit il.…
Je chercherai dans l’eau vive des tombeaux
Dans les pierres froides des ruisseaux
Dans le glacis des errances
le souffle de tes derniers mots
La chaleur de tes derniers flots
Ainsi soit il .…
Tu es dans les regards d’enfants
Tu es dans le rire des moineaux
Tu es dans la main qui se tend
Tu es dans mon crédo
Confíteor Deo omnipoténti
Ainsi soit il.…
Tu n’auras jamais le silence de Dieu
Tu ne sera jamais ni le corps ni le sang
Donné à la multitude
Parce que je demeure sans rémission
De mes péchés
Ainsi soit il.…
Mes larmes sont tes vitraux
Mon cri ta voûte
Mon corps ta nef
Mes ongles griffent l’amertume du regret
Quand les bras m’en tombent
Ainsi soit il.…
Demain sera cathédrale
Lundi, mardi, mercredi jeudi vendredi mes dimanches
Samedi me dira où repose ton jouir
J’en ferai le gisant de porphyre
En criant : Dieu est mort !
Ainsi soit il.…
Jadis couche avec déjà
Adieu baise avec reviens
Je fais du temps une partouze
Où bons apôtres ils sont douze
A faire ripaille des tripailles de mon dégoût
Ainsi soit il.…
Sculptés dans la pierre de Jaumont
Un ange au regard cave, une gargouille à la langue qui pend
Gravés dans la fuite des ans
Princesse des deux lunes et son voyou gitan
Ils parcheminent leur vélin de sang
Ainsi soit il.…
Quand tout sera poussière
Et mémoire détissée
L’arpège de nos bières
De lierre et de lys blancs
Sera la rivière où viendront rêver tous les amantsAmen.
-
Ce soir, il n’y aura pas Septembre
Ce soir
Il n’y aura pas septembre
Tu seras là dans l’ombre d’une chemise
Blanche
Une cigarette à la bouche
Tes lunettes couronnent l’instant
Ce matin triomphant
Que nous n’aurons jamais
Que nous avons tant rêvé
Qu’il a fini par exister
Ce soir
Une chanson sans paroles
Fredonnée par un trombone
Dessine la volute
De tes seins
Une gitane bleue
Arpège l’envie
Je suis nu et porte un chapeau
Noir
Ta tête sur ma cuisse posée
Contrebasse ma respiration
Ce soir
Nous sommes jazz
Ailleurs dans l’infini d’un solo
Qui s’égare
Nous savons depuis désormais
La musique improvisée
Qui nous attend
Qui nous rend l’âme violon
Et les larmes blanches pointées
allongent le temps d’y croire
Ce soir
Je suis tu
Tu es moi
Me suis tu
Ton émoi
Es tu sûre
De moi ?
Autant que je crois
en toi…
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Tout de toi me manque
Tes doigts sur le piano arpègent la résonance
D’une cage d’ivoire glacée d’oiseaux
Aux regards acérés du futile marié d’ennui
Ils chantent fauves et rauques
Les notes de toi
Tes cheveux mangeurs de lumière auréolent le vent
D’un mystère absolu rétif à l’entendement
Ils sont nimbes, immanents au désir de te vivre
Foison blonde d’herbes nées de la foi d’un peintre fou
Qui ne peindrait que toi
Le compas vertigineux de tes épaules éblouit ta stature
Du marbre dont les rois font tombeaux et les reines chapelles
J’y ai bu le miel de te prendre et la saumure de te perdre
L’amertume du regret est vivante au ventre qui pleure
Le vouloir de toi
Sur mes reins j’épanche le fantôme de tes hanches
A l’argile cilice impuissant de mémoire
Je pleure et j’implore en déchirant ma peau
La trace qui jamais ne se lasse
De te dessiner toi
Mais c’est ta voix le vent de mes jours
Mais c’est ton rire l’angélus de mes nuits
Mais c’est ton souffle vivant dans le toujours
Mais c’est ton cri la virgule de ma vie
En soie de toi
Ton absence même je la chéris en orpailleur usé
Je brûle mes yeux à te trouver dans chaque reflet
Que le temps m’accorde à tamiser mes rivières
Un parfum en reliquaire, musique eucharistique
De la foi de toi
Et toute l’ardeur de mes envies de toi me font un unisson
La symphonie inachevée renaît au désespoir infini de ce bonheur
Ce bonheur arraché au dépit, accouché dans l’écrit
Jarretelle posée sur mes souvenirs
de toi…