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Mourir
Mourir
Je n’étais que quelque mots
Un corps défait de son poids
Une pensée défaite de son centre
Un point qui se détache
Et ne retombe pasPas d’air et pas de vent
Rien que la place du vide
Qui bouge doucementRien à quitter
Rien à atteindre
Un mouvement peut-être
Inconscient de lui-même
Sans rien à suspendrePas d’air et pas de vent
Rien que la place du vide
Qui bouge doucementPlus de corps, plus de nom,
Rien à porter, juste
Un espace
Qui se rêve
Puis s’oubliePas d’air et pas de vent
Rien que la place du vide
Qui bouge doucement -
Nuit d’hiver
Si douce et chaste nuit au couvent des étoiles,
Tu n’aimes que l’hiver, sa parure de gel,
Et ses mots du silence au charme ménestrel,
La brise t’accompagne et découvre tes voiles.Des paroles sans mot, sans hâte, se dévoilent,
Et célèbrent tout bas, en ultime rappel,
Tes charmes nonpareils, ivresse de pastel,
Hommage vibratoire apposé sur la toile.Reine des coeurs transis, passante du hasard,
Tu sais frémir pourtant quand le bel étendard
Du matin revenu palpite dans la brume.Tu disparais alors en berçant tes douleurs,
Place à l’aube vivante, à l’aurore d’écume,
Vénus victorieuse, étincelle des coeurs ! -
L’hiver est un alligator
Sous les cieux d’onyx froids où le gel se dépose,
Une saison silence étouffe un baillement,
Son rire tout en dents cascade vivement,
Et le jour, blessé d’ombre, abandonne la Rose.Sous le ciel étouffé plane une nuit morose,
Et l’hiver met à bas le pâle vêtement
Où se drapait la fleur, ultime voilement
Déchiré par l’oeil noir de la saison forclose.Les arbres sont témoins de son dernier appel,
Dans l’angle du froid pur se réjouit Machiavel,
Prince des temps glacés, puissance dominante.Ô saison sans gaité, servante de la mort,
Ton souffle endort les pleurs à l’âme frissonnante
Et déchire la vie en rire croque-mort. -
Le beau conte de la Saint-Valentin
Le beau conte de la Saint-Valentin
L’Hiver imperator était le roi du monde,
La pénombre glacée, au détour du matin,
Lui faisait un manteau de paillettes satin,
Les arbres frissonnaient, courtisans près de l’onde.Les mots s’étaient enfuis sans force et sans faconde,
Le courage manquait, dans le froid cabotin,
À l’amoureux transi, timide Valentin,
Il destinait ses fleurs à sa charmante blonde.Il lui fallait pourtant honorer la Beauté,
Rappeler que l’Amour trouve sa vérité
Dans le soin, les égards, et non l’indifférence.Mais un merle soudain, par son trille éperdu,
Ranima le galant, sa fine irrévérence
Offrit à ce coeur triste un bonheur attendu. -
La guerre des roses…*
… n’aura pas lieu !
Deux roses en émoi posaient sous le ciel pâle,
Le jardin s’enivrait de leur parfum si fin,
L’une était rouge sang, l’autre noire et satin,
Leur grâce sans retour n’avait pas de rivale.Chacune avait corolle et douceur de percale,
Mais elles s’opposaient, reines du beau matin,
Voulant régner toujours, grimace d’Arlequin,
Sur le peuple des fleurs, ô guerre végétale.Qui donc déciderait et rendrait jugement ?
Leur haine était terrible, et quel entêtement !
Le soir tomba soudain sur les soeurs ennemies.Mais l’ombre éclaire tout et, sans grande douleur,
La vérité se fit pour les deux endormies,
L’évidence éclata : même taille et splendeur.*Le titre est un clin d’oeil à la pièce de Giraudoux, La guerre de Troie n’aura pas lieu.
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Le Miroir des âmes
L’étang glacé scintille aux reflets de mémoire,
Un grand soleil sans nom vient y danser, discret,
Ô notes de silence, ô précieux coffret,
Receleur de bonheurs tout ouvragé de moire !L’hiver, ce mage blanc, a sorti son grimoire,
Il souffle sur la neige en arpège secret,
Et ce lac au miroir résonne sans livret,
Sur la vitre du temps, tel opéra d’ivoire.Le passé reprend vie, il pourchasse les pleurs
Et leur livre bataille, ô délices des coeurs !
Dans ce cristal immense, étincelle ton rire.Ton âme est devant moi dans le beau matin clair,
Et chasse la pénombre au visage de cire,
Ta présence se fait pur mirage de l’air. -
Carnaval est passé
Carnaval est passé sur l’eau grise et rêveuse,
Les gondoles sont loin et Venise s’endort
Dans la brume du temps qui lui jette des sorts,
Le fard a disparu sur la rive amoureuse.Le silence est tombé sur l’heure paresseuse,
Le flot boueux frémit en un ultime effort,
Il voudrait rire encore, il repousse la mort,
Mais trop lourde est la pluie à la face cireuse.Les masques sont fanés, les murmures sans art
Ont remplacé l’orchestre et fait taire Mozart
Dans les grands salons bleus tout tendus de silence.Ô tristesse infinie, ô pâleur d’Arlequin,
Il faut subir encor l’étrange somnolence
Qui plane sur la ville en son lit baldaquin. -
L’irrévérence des mots
Aubépine, aube artiste et dentelles de mots
Déposés sur l’aurore en tendre irrévérence,
Innovante parole aux perles d’immanence
Qui s’écoule en cascade et rires de marmots.La voix peine à se dire et songe à demi-mot,
Tel un lent carrousel aux douces somnolences,
C’est un fin gribouillis de murmures silences,
Où l’art peint au hasard, plume de guillemot.Mais voici le DISCOURS aux postures sans âme
Des Maîtres de Chapelle en Tribunal Infâme,
Bannissant l’outre-temps qui s’avance sans fard.Il s’agit d’IMPOSER par une voix plus forte
La seule VÉRITÉ, tous suivront, il est tard,
La lâcheté grimace, elle aura belle escorte. -
La danseuse
La danseuse
Sa robe papillon, son regard bleu de soie
Avait charmé jadis, au grand bal de la cour,
Elle régnait sans peine, en symbole d’amour,
Chacun la contemplait, elle montrait la voie.Car sa valse plaisait, oh ! la dansante proie,
Au bras d’un soupirant en rêve troubadour,
Virevolte et jeté, volutes sans contour,
Ravissement des yeux, aurore qui poudroie…Elle était ce matin, cette clarté sans fard,
Qui tournoyait dans l’air et chassait le blizzard,
Sa douceur était vive et sa grâce, infinie.Adieu le vent maussade, adieu l’hiver affreux,
Ce rêve était réel, ivresse d’harmonie,
Il annonçait Printemps, aube des temps heureux.