Recueil — Marc : Collection rouge 2025

  • Le vœu du barde

    Il pleuvait. J’avais froid et faim.
    Et pourtant j’étais si heureux
    En portant mon regard au loin :
    Je me surpris à faire un vœu !

     

    Et l’horizon, s’il m’en souvient,
    Se bouchait, éteignant la Terre
    Où une cohorte sans fin
    De nuées harassait les airs.

     

    Que mon vœu se réalisât,
    J’eusse été dans le désespoir
    Seyant malgré tout à ce gars
    Dont je pensais me prévaloir.

     

    N’écoute pas le pauvre barde,
    Ce petit rimailleur normand
    Et son ballot de vieilles hardes
    Riant comme un fou à l’encan !

     

     

  • Les trois bannis

    Trois bannis ont été exilés pour toujours
    d’un douar qu’ils avaient nourri au fil des ans
    de leur vivante poésie malgré le temps
    où ils pensaient œuvrer à des Belles-de-jour.

     

    Communauté, partage, on croyait à l’amour
    des lettres sublimées vers quoi un doux penchant
    semblait ouvrir le cœur à jamais palpitant
    alors qu’un vent mauvais se la jouait glamour.

     

    Des fats terrorisés par leur grand Manitou
    se sont très peu bougés et même pas du tout,
    cependant qu’ils louaient leurs confrères d’hier.

     

    Laissons là ces ballots qui ne méritent pas
    Plus qu’un petit sonnet en son rappel amer ;
    Et qu’au ciel une étoile accompagne nos pas !

  • La Chasseresse

    On l’appelait la chasseresse,
    mais au fait quel était son nom ?
    On l’accusa la pécheresse
    pas comme il faut, comme un poison.

     

    On dit qu’elle aurait disparu
    après une mauvaise blague.
    Alors ses muses se sont tues
    et elle ne fait plus de vague.

     

    Depuis l’on cache son prénom
    sauf si l’on veut se recueillir
    au Louvre à l’abri des sermons.

     

    Je sais comment la lire ailleurs
    dans cette passion d’écrire,
    celle qui tonne à la bonne heure !

  • Le calligramme du Bordeaux clairet

    Vin
    Fin
    Décanté
    Encarafé
    In vino véritas
    Si de guerre lasse
    Ce Bordeaux clairet
    Qui enchante le palais
    En titillant nos papilles
    Va  dilater les pupilles
    Au nom d’une santé
    Ès temps passé
    À tant survivre
    De toi ivre

  • Haïku d’Hiver

  • Je serai très précis

    Je serai très précis quant au temps qu’il me faut
    pour gagner l’utopie n’en déplaise à la mort
    dont nous ébrécherons le tranchant de la faux
    avec un tant soit peu de plaisir, mi amor !

     

    Ma vie en trompe-l’œil se décline au présent
    se moquant du passé, abjurant l’avenir
    comme si à jamais on m’offrait le présent
    glissé dans mes souliers d’un Noël à venir.

     

    Écoutez mes amis le chant joyeux du barde
    en cet espace-temps où vibrent les accords
    de l’orgue limonaire avant que cela barde !

     

    À bord de l’astrojet vers l’autre galaxie,
    toi et moi, nous irons tenter un faux raccord
    au cœur du multivers jouir d’une ataraxie.

  • Un peu de vague à l’âme

    Un peu de vague à l’âme et tant de souvenirs
    envahissent mon cœur au détour d’un guéret
    où sommeille en jachère un triste repentir
    de ce que fut ma vie du temps d’avant l’arrêt,

    car la bombe atomique a rasé nos villages
    et même le lavoir ne peut plus accueillir
    dans l’eau lourde à jamais ces joyeux commérages
    quand les lavandières s’exclamaient de désir.

    Allez mes chers amis, ressortons les bombardes
    et toi, mon bon vieux Louis ton biniou de légende
    pour un dernier bagad sous le soleil qui darde

    puisque je veux mourir au caveau des ancêtres
    à l’ombre de l’église en ruine sur la lande
    dont seul le clocher tors résistera sans prêtre.

  • Bison et zombie

    Les copains du bison en verlan l’appelaient
    zombi, mais l’homme après la Grande Catastrophe
    vit surgir des zombies que par peur on nommait
    bizons quand ils rimaient au détour d’une strophe.

    La poésie restait au cœur du cataclysme
    l’exutoire frileux de qui sait que la mort
    rodait dans le dédale en son vain pessimisme
    d’une fin annoncée sans ironie du sort.

    Mais le bison zombi et la zombie bizon
    tombèrent en amour sur la place Saint-Marc,
    car leurs masques coquins ôtés dans la maison

    libérèrent de fou le feu follet friand
    d’une flèche enflammée que tira de son arc
    un cupidon ailé, dénudé et brillant.

  • Dieu reconnaîtra les chiens

    Dieu reconnaîtra les chiens.
    L’ayant bien compris, j’aboie,
    je jappe et puis tout en joie
    je m’ébroue en bon chrétien.

    Esgourdez, vous, les humains,
    pour aller au paradis
    suivez mézigue, pardi !
    en marchant droit sur les mains.

    Certains oiseaux l’ont saisi
    qui imitent le canin
    en modulant leurs lazzis.

    Disant ça, je ne dis rien
    et tant pis pour les païens :
    Lucifer connaît les siens !

  • D’amour ou d’idéal

    Avec mon baluchon d’amour et d’idéal
    j’avais repris la route escarpée et sauvage
    qui mènerait tout droit au pays de santal
    où le parfum se mêle à un tendre ramage.

    Au loin, crêpés de blanc, des sommets de vertu
    semblaient trop éloignés pour un être fugace,
    mais moi je devinai — à ce qu’il m’apparut —
    que c’était à portée de mon esprit sagace !

    Le soleil se coucha et je vis mille étoiles
    harmoniser leur feu afin que l’on saisît
    que fait de chair et d’os il y va de la moelle
    dont on crée l’humain libre en sa pure utopie.

    Je revivais alors une folle genèse
    faite de sentiments d’une âme sans contrainte
    et pourtant solitaire et même mal à l’aise,
    car je sentais en moi le début d’une plainte.

    Lors, un petit bonhomme en sa rondeur exquise
    sortant de nulle part, offerte aux quatre vents,
    chanta sa mélopée digne d’un Heurtebise,
    cet ange si propice à tout rapprochement.

    La fusion totale y dura mille jours.
    De nos corps en émoi jaillissaient tant de faim !
    Du moins on y a cru jusque dans les faubourgs
    de la Jérusalem céleste à toute fin.

    Voilà, tu l’as compris, je devenais plus femme
    dans une parousie à l’acmé de l’instant
    suspendu au son clair d’une harpe où se pâme
    l’innocence torride accrochée aux amants.

    Depuis nous honorons pour repeupler la terre
    la vive effervescence engendrant, infini,
    l’ailleurs sans frontières et vesprée du tonnerre
    transportant le midi au-delà de minuit.

  • J’ai rêvé cette nuit

    J’ai rêvé cette nuit que j’étais admirable
    et comme le lapin dont on vante le râble
    je m’en vas de ce pas parchin me mettre à table
    afin de vous narrer une si jolie fable.

    Fourquette de Théville, une omelette au lard
    avait rempli ma panse et malgré qu’il fût tard
    un café arrosé fit de moi l’être à part
    qui reprenant sa route avait un air hagard.

    Au Hamel ès Ronches je pris l’autostoppeuse,
    le visage d’un ange et nue sous sa vareuse
    sans qu’il émanât d’elle une quelconque gueuse
    si tant est que je fusse un bœuf, une macreuse.

    Cette histoire insensée jusqu’à l’incandescence
    d’un amour de folie dont le feu et l’essence,
    au cœur du Cotentin où le corps se dépense,
    y perdirent raison — je comprends qu’on me tance !

    Ce rêve bien réel empreint de symbolique
    me titille l’esprit et rend mélancolique
    l’âme du pauvre hère en proie à la panique
    de l’âne dans son pré reniflant le colchique.

  • Il neigeait sur le Potomac

    Il neigeait en tempête sur le Potomac,
    treize janvier mille neuf cent quatre-vingt-deux
    sur le vol quatre-vingt-dix. Prenant place en queue
    de l’appareil, j’étais ravi du tomahawk

    acheté le matin dans la réserve indienne,
    non loin de Black Hills de triste memory
    quand George Crook de ses effectifs y perdit
    une moitié au cours des guerres indigènes.

    Notre Boeing 737 d’Air Florida,
    juste après un décollage mouvementé,
    s’était dans le fleuve par ce froid abîmé,
    la scène se déroulant sous les caméras

    de télévision. Chacun se rappelle encore,
    malgré l’héroïsme de certains passagers,
    qu’il n’y eut que cinq survivants, dont deux blessés
    sur les soixante-dix-neuf personnes à bord.

    Moi, je ne dois la vie qu’au sacré tomahawk
    quand il me vint l’idée de m’accrocher au tronc
    charrié dans un chaos de glace sauvageon
    des chutes déchaînant les eaux du Potomac.

    Lors, je suis animiste, écolo et Indien
    vénérant cette hache au creux de ma mémoire
    qui sur ma cheminée s’expose en grande gloire
    nichée au bocage de mon fier Cotentin.

    Toi le horsain, étranger à la Normandie,
    s’il t’arrive d’échapper au réchauffement
    climatique, souviens-toi de ces pauvres gens
    qui moururent de froid en ces États-Unis.

    Le trop chaud, le trop froid n’est pas bon aux humains
    qui se baignent en avion dans le Potomac,
    sans ce soucier d’emporter a good tomahawk
    acheté pour de rien et en bagage à main !

    Désormais, je n’arpente les rues de Cherbourg
    qu’avec hache à la ceinture et un parapluie.
    Je sais qu’il me pardonnera, Jacques Demy,
    d’américaniser son histoire d’amour.

  • La princesse de Dur-Écu

    La princesse de Dur-Écu
    me fit, ma foi, le grand honneur
    de lui procurer ce bonheur
    à l’ombre du mari cocu.

    J’étais un jeune jouvenceau
    empreint d’idéal et d’amour
    et je portais tout mon secours
    à la dame avide de mots.

    Des promenades en calèche
    sur les bords du lac de La Tesse
    et des soirées enchanteresses
    nous embrassaient pendant la fraîche.

    La nuit après que Cupidon
    nous a entraînés à la faute
    dont nous réparions à voix haute
    l’égarement par du Didon,

    je savourais le paradis
    d’un désir demeuré intact
    comme si en mon cœur un pacte
    dirigeait notre vie, pardi !

    Le temps passe et les doux printemps,
    quand les giroflées se réveillent,
    réactivent ce goût de miel
    des baisers du presque charmant.

    Le ciel ne va pas sans orages
    aux éclairs des vraies passions,
    au tonnerre de l’alcyon
    nidifiant loin de nos plages.

    Alors la terre après la pluie
    exprimait ses plus forts parfums
    et nous marchions main dans la main
    sous l’azur dégagé qui luit.

    La princesse de Dur-Écu
    s’est retirée en son château.
    Quant à moi, son vieux jouvenceau,
    je vis mon heur de tape-cul.

    Lors, quand ma goutte le permet,
    je me plante au pied de la tour
    et ma bombarde des beaux jours
    sonne à ses pieds le guilleret.

    La dame fait-elle le guet
    entendant le barde amoureux
    qui ne s’y trompe dans son vœu
    d’escalader le pierrelet ?

    Toi, le lecteur impénitent,
    pardonne au roi des Rocamboles
    d’avoir au temps des amours folles
    oublié sa rose des vents.

  • Concordance des sexes

    La femme l’est-elle jusques au bout des seins
    et l’homme bien trop lourd du poids d’un cheval mort ?
    Les marins d’Amsterdam pissent-ils dans le port
    sur la femme infidèle et sans ronger leur frein ?

    Une chanson d’amour nous fait rêver toujours
    à la délicatesse au cœur des sentiments,
    au charme suranné sur la flûte de Pan
    de ces doux corps-à-corps privés de leurs atours.

    Et goûter à jamais les fruits de la passion
    dont les jus suaves abreuvent nos sillons :
    je dis cela pour toi ô ma belle Suzon !

    Bien que file le temps, nous révisons les règles
    de la carte du tendre enrubannée de ton
    désir de s’envoler dans le ciel bleu des aigles.

  • Grotesque, vous avez dit grotesque ?

    Grotesque ? Tu sembles ridicule, bizarre,
    risible au demeurant, parfois mêlé d’effroi.
    Et pourtant je t’admire ô ma tête de l’art
    — Théophile Gautier dans la Vallée des Rois !

    J’aime les grimaciers et leurs difformités !
    Lors un Quasimodo me paraîtra sublime
    quand un vers dépoli sur ses tout petits pieds
    foule en terre inconnue et scande fort la rime.

    Non ! Les billevesées, les fadaises mortelles
    — comme ces séries B prisées des cinéphiles —
    qui enchantent les sens sans mère maquerelle,
    trouveront ici-bas à répandre leur bile !

    Le printemps maladif aux âmes mal armées
    ne saurait supplanter un bel hiver pourri,
    pâle dans le malheur d’une nuit d’Idumée
    où le bois de santal bave boue et rubis.

    Le pitre fait la roue ignoble des quinquets
    qui laissent dans leur ombre un dégoût salutaire
    vautré dans l’infini de ses pauvres caquets
    que surjoue en passant une voix de chimère.

    Combien le pétomane — et sa brise d’anus —
    réjouit l’atmosphère en saturant l’espace,
    colle au nez impeccable, affûté de Vénus
    callipyge, statue brisant sa carapace ?

    Alors nous, les petits, les songe-creux sans gloire
    d’ébats poétiques forçant la prosodie,
    de simulacres vains aux plis de la mémoire,
    chantons l’Alléluia qui d’un cœur pur jaillit !

    Le grotesque est ma loi gravée sur le néant
    entre deux marbres lourds sans qu’un branle étouffé
    n’allume un autre feu de tisons parfumant
    le silence imposé par mes rêves foulés.

    Crève charogne ! dont se dispute l’enfance
    sous le crâne fêlé, mais toujours en éveil
    hélas ! de ce qui fut un idéal en transe
    si bien que sur la pierre il roulait à merveille !

    Je suis L’Homme qui rit et je ferai la manche,
    pieds dans le caniveau où s’écoule la vie
    pour peu que le destin farceur, doré sur tranche,
    hulule autour de moi tel un pauvre d’esprit.

  • La fonction de l’orgasme

    L’orgasme, sans nul doute, est un bien précieux
    qui transporte le corps et enflamme les yeux
    dans un espace-temps où la chose érotique
    en ses équations transcende le quantique !

    Il dure ce que dure un désir apocryphe
    sur les bancs de l’amour aux parfums de sa griffe
    et n’entendez-vous pas que ses accords majeurs
    confondent en ses rets le bonheur au malheur ?

    Les fluides de vie se rient de l’anamnèse,
    faisant fi du passé au gré des escarmouches
    que vivent les amants comme une Javanaise.

    J’ai connu des tapis volant vers l’inconnu
    où pour seul vêtement la paire de babouches
    racontait pour toujours les voyages aux nues.

  • Morocco

    J’étais à Morocco le jour où il advint
    que je croisai la lune à deux pas du soleil
    dans un espace-temps troué en nid d’abeille
    avec pour tout bagage un signe du destin.

    Je vis en majesté la Reine de l’Atlas
    sur un tapis volant à moins qu’il fût persan
    m’invitant sans détour par ses yeux khôl perçant
    à rejoindre céans ce temple de la grâce.

    J’avais tant voyagé — Hermès impénitent
    empruntant au désir mille et un véhicules —
    mais pas dans ce confort pour deux corps nonchalants !

    Au milieu des éclairs sur ce bout de textile
    — cette soie dont le fil, œuvre d’animalcules —
    je tissai l’éphémère ès arts de l’érectile.

  • Petit poème biblique apocryphe à la manière des Grands Rhétoriqueurs des XV-XVIe siècles

    En tant de poèmes d’Hiver
    je vous offre deux fois dix vers
    sur le désert et sur Marie
    et sur son auguste mari.
    Juché du haut de son chameau
    Joseph ne lui arracha mot.
    Le charpentier à l’œil grivois
    dit : le ciel est gris, vois,
    c’est pour ce soir l’évènement,
    car Yhavé qui jamais ne ment
    nous annonce son arrivée
    et qu’en croix il mourra, rivé.

  • L’esprit de l’utopie

    Il pleuvait et j’avais épuisé tous mes rêves
    d’enfant. Lors, la camarde osa me demander
    pourquoi ne pas tenter une ultime odyssée :
    retrouver en enfer mes rencontres trop brèves ?

    Enfer et paradis ? Fadaises dont je ris !
    Un couteau de cuisine, mon tour operator,
    taillada derechef jusqu’à ce que les pores
    de ma peau suintassent, m’exonérant de vie.

    Quelle surprise pour moi, pauvre mécréant
    qui pensait s’évanouir ou pourrir en géhenne,
    d’être agréé par Pierre et les saints — pas de veine !
    dans ce qui ressemblait au paradis d’antan.

    Je proteste aussitôt et avoue confesser
    que mes mœurs dissolues me dispensent d’égards ;
    que je veux m’oublier où mon cerveau s’égare
    au fourre-tout sans fin, d’avant d’être bébé.

    Rien à faire ! L’apôtre aux clés d’argent me baille
    un papier attestant que je fus baptisé
    par l’abbé Hénocque, résistant, déporté,
    en l’église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles !

    Je suis coincé de fait, mais n’en reste pas là
    et réclame en pestant la porte de l’enfer
    où je vous rejoindrai au centre de la Terre
    toi, poète maudit, femme toujours prête à !

    Négatif ! dit le scribe orientant le chaland
    qu’a passé l’arme à gauche au terme du grand froid.
    Un sourire sublime indique à mon endroit,
    du paradis la porte. Je saisis qu’il ne ment.

    Passé cette stargate, un ange me présente
    au plus vieux des humains qui accueillit Jésus.
    Il s’enquiert de choses que je n’ai jamais su,
    si Dieu ne glissait pas sur la mauvaise pente ?

    Du coup, je crie : Dieu est mort ! Les âmes s’esclaffent
    de cette bonne blague et pourtant, je sens bien
    que saints et bienheureux sont déjà au parfum.
    Alors je refuse que leur foi mes mots raflent.

    J’ai compris un peu tard que le ciel s’autogère,
    que sans dieu ni maître, l’antique paradis
    redécouvrit enfin L’Esprit de l’utopie*
    — sauf pour l’intégriste qui ne manque pas d’air !

    *Ernst Bloch, L’Esprit de l’utopie, Gallimard, collection « Bibliothèque de Philosophie ».

  • Salonique, nid d’amour

    Je me souviens de Salonique
    ce jour où je revis Monique.
    Moi, j’étais toujours pathétique ;
    elle virait dans le mystique.

    Rime empêtrée dans la rythmique
    d’un flot continu volcanique,
    mes vers y perdaient leur musique
    au mépris de la poétique.

    Pourtant je les dois à Monique,
    – dame de cœur, dame de pique –
    mes larmes comme un romantique.

    La poudrière balkanique
    nous offrait ses langues algiques
    pour souffrir l’amour authentique.

  • Entre ici et ailleurs

    Je suis né quelque part entre ici et ailleurs
    dans un espace-temps où il fait bon flâner
    vers ce je-ne-sais-quoi au milieu des senteurs
    qui embaument ma vie pour une éternité.

    Une étoile me guide avec aménité
    sans souci du détail, mais avec euphorie
    si une comète troue un beau ciel d’été
    comme un signe éclatant dont se joue l’euphonie.

    Donc je suis enchanté par tant de poésie,
    car mon cœur se peuple de tous ces petits riens
    qui jalonnent ma route et son entéléchie.

    Et quand viendra l’hiver bien au chaud sous la couette
    nous plaiderons coupable en des mots aériens
    afin d’y ménager un doux émoi de fête

  • A la saison du rut

    À la saison du rut, le printemps revenu,
    sur les Champs-Élysées, des hommes bien sapés
    roucoulent des mots doux aux belles inconnues
    qui traitent de relou leur drague sans doigté.

    Et aux parfums des fleurs se mêlent les hormones
    dans un charivari de ce sens génésique
    que transporte le vent chargé de phéromones
    pour enchanter l’amour par des gestes gnosiques.

    Sur la fière avenue, le poète est un roi
    quand il croise un regard et partage ses vers
    avec la Dulcinée enrubannée de soie
    aux rimes embrassées frisant le métavers.

    Le quidam prosaïque aura, lui, pour atout
    ses fesses pommelées sous un jean ajusté
    qu’un coup d’œil ingénu d’une dame debout
    lui décoche impromptu avec aménité.

    Lors, Place de L’Étoile, une flamme amoureuse
    embrase en un instant la foule bigarrée,
    meetique rendez-vous des attentes nerveuses
    dont tous les fluides suivront la logorrhée.

    Je ne me lasse pas, attablé en terrasse
    comme un simple badaud devant son café crème,
    de les dévisager ces fêtes ou foirasses,
    corps en suspension sans descente du lemme !

    Et je comprends enfin combien le temps qu’il fait
    peut changer une vie, vider le désespoir
    en purgeant les humeurs de l’esprit contrefait
    dont on attend le pire à la tombée du soir.

    Et pourtant, moi, j’ai vu certains gardes mobiles
    se joindre à la manif et se déshabiller
    afin de copuler en troquant leur babil
    pour un alexandrin propice à l’hyménée.

    Toi qui vis en banlieue tu trouveras aussi
    place de ta mairie des parades d’amour
    en buvant un coca au tabac des amis
    quand la pluie en miroir te sera d’un secours.

    Hommes et femmes, gays, lesbiennes et trans,
    et pour tout autre sexe, il est sûr qu’on verra
    des cupidons coquins entamer une danse
    où la flèche en plein cœur à ravir siéra !

  • Le héron des marais de Carentan en Cotentin

    Il faut que vous sachiez
    qu’un jour un échassier
    arpentant le marais
    — où moi-même ramais
    sur la Douve jolie
    tout près de mon logis —
    m’embrouilla de ses dires
    au cœur de mon désir.

    Ce héron qui vaquait
    sur cette boue qu’avait
    une odeur maléfique
    de l’âme famélique
    d’un Cotentin charmant
    pour un être marchant
    y alla de son chant
    en poussant la chanson.

    Que la presqu’île est belle,
    aurait dit du Bellay !
    La Normandie fait ciel
    quand le vent de fiel sait
    que ce héron maudit
    — qui s’il ne dit mot
    de son long bec jauni —
    s’appelerio Gino !

  • Trublions de l’an neuf

    Trublions de l’an neuf, espérez-vous encore
    en l’idéalité des prémices d’un soir
    quand sonne le tocsin où chacun donne à voir
    une mort en partage et l’alliance des forts ?

    Si j’osais, je dirais que le printemps m’effraie
    de porter en son sein les fruits des Hespérides
    pour peu que son jardin se vautrât dans l’humide
    d’une eau de saleté filtrée par ses galets.

    Profitons de l’hiver au temps de la jachère
    qui étreint notre corps et sublime notre âme
    tout en faisant le vœu que nos sanglots amers

    s’enivrent d’utopie au point de non-retour
    d’un imaginaire dont il reste une flamme
    — si les fonds de pension n’entachent nos amours.

  • J’ai vécu dans un château en Ecosse

    J’ai vécu en Écosse, au pays des fantômes
    après bien des années passées en Cochinchine
    à partager le riz — quelques grains dans la paume —
    quand j’héritai sans frais d’une vague cousine.

    Dans ce château en ruine à deux pas du Loch Ness,
    l’ivresse du whisky et des ombres portées
    par un feu languissant qui me gelait les fesses,
    j’entendis qu’on frappait à la porte d’entrée.

    Vous n’imaginez pas quelle fut ma torpeur
    dont je me départis dans cette nuit sans fin
    où je me ruminais un tombereau d’horreurs
    encombrant mon présent de pauvre séraphin.

    Une fée souriait en tendre Mélusine
    et je l’introduisis au milieu des gravats
    qu’elle magnifia de son aura divine
    sous la gaze de lin exhibant ses appas.

    Dans le salon désert, je la pris par la main
    et d’un pas sautillant, nous dansâmes longtemps
    des branles en secret à petits coups de reins
    sans déroger pourtant aux gestes bienséants.

    Mais je compris alors que la fille de l’air
    voulait qu’un souvenir en sa chair volatile
    troubla ce doux moment d’un tremblement de terre,
    d’un tsunami de mer à l’écume labile !

    Au lever du soleil quand les morts se reposent
    de leurs nuits de folie aux dépens des vivants,
    il convient, je l’avoue, que jamais on ne glose
    pour ternir le futur qui hante les amants.

  • Formidable est la nuit

    Formidable est la nuit
    où tous les chats sont gris ;
    où le moindre cliché
    dans mes vers s’est niché.

    J’ai lu des paraboles
    dont la courbure folle
    d’un texte peu badin
    sublimait un matin.

    Une muse en nuisette
    se croyait à la fête
    alors que mon souci
    restait inassouvi.

    Combien de jolies notes,
    combien de Gelinottes
    huppées chantent la joie
    en s’ébrouant parfois ?

    Et puis il y a l’autre
    avec ses patenôtres
    qui prononce à voix basse
    son jeu impair et passe.

    Voilà donc une vie,
    une pauvre avanie
    se pavanant pourtant,
    éphémère du temps.

    Allez, mon bon ami,
    qu’un peu de poésie
    parcoure tes artères
    avant d’aller sous terre.

  • Une si douce chaleur

    Une douce chaleur envahissait mon corps
    de la petite mort dont je n’avais pas peur
    comme si le bonheur qui n’était pas mon fort
    me donnait enfin tort au milieu des vapeurs.

    Un parfum enivrant vibrait dans l’air du soir
    et contait sans histoire par l’écume du temps
    le peu qui reste au vent pour troubler la mémoire,
    cette vieille pétoire à l’âme où je me mens.

    L’ampliation de vie adresse sa copie
    sans qu’il soit un souci si fait qu’un sens obvie
    conforte mon envie et chasse mon ennui
    afin que nulle pluie n’arrose cette nuit.

    Je trépasse joyeux avec dans ma besace
    de l’amour une trace ès oripeaux soyeux
    retrouvant mes aïeux – l’éternité fugace
    vers quoi trouver ma place en rouge camaïeu.

  • Grand Paris – Marc Hiver – chanson

    Paris, tu la vis ta vie, mais
    Ris pas si j’te dis qu’à Paris
    De la Bastille à Saint-Denis
    Tu te propulses loin des quais.
    De Charenton à La Défense,
    On enjambera la Ceinture
    Vers la banlieue où tu conjures
    Par tes baisers tout’ma défense !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Paris, tu vis quand tu grandis,
    Te projetant à l’extérieur
    De ce Chinois de l’intérieur
    Qui chine à town, rue de Choisy ;
    De ce Méditerranéen
    Sirotant son thé à la menthe,
    Ménilmontant descend la pente
    Vers un Orient qu’est pas si loin !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Petit Paris d’Occupation,
    Des minus qui se croyant grands
    Oublièrent tous tes enfants,
    Gavroche d’la libération.
    Paris réduit à la Commune
    Encerclée par la Versaillaise,
    Paris ouvert et Marseillaise,
    Éclairés au clair de la lune !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Paris, ne prends pas le melon,
    Tu sais, la grenouille et son bœuf,
    Souviens-toi qu’un jour au Pont Neuf
    Deux amants fous… zon zon zon zon !
    Paris, si tu te rabougris
    Pense à tous ceux qui dans la rue
    Zonent dans ce Paris en mue,
    Mais pas pour les chats qui sont gris.

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Paris, tu vis ta vie, pas vrai ?
    Continue de t’illuminer ;
    Que ta Seine enfin épurée,
    Plonge de joie au bout des quais !
    Paris des réseaux de demain,
    Ton cercle de vie irradie,
    Ouvre grand tes portes, Paris
    Bats le tempo sur tes refrains !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.
     (bis)

     

    Texte : Marc Hiver – musique : IA

    https://constellation-poetique.fr/wp-content/uploads/2026/02/Paris-tu-la-vis-ta-vie-mais-1.mp3

  • Nostalgie du futur

    Nostalgie du futur, l’avenir ne vient pas
    mélancoliquement, hélas ! je me souviens
    — et malgré qu’on en ait — de la vie qui tiendra
    si le temps me rattrape en un ultime lien.

    Du passé je me moque et le présent m’ennuie,
    mais je garde à l’esprit n’en déplaise aux fâcheux
    des bribes de ce qu’il m’adviendra une nuit
    quand je retournerai aux routines des vieux.

    Je me rappelle encore avec délectation
    du lendemain qui chante en son confiteor :
    le péché annoncé dans toute la passion
    que je commanderai plus tard en réassort.

    Je me suis projeté tant de fois au p’tit bout
    qu’un oracle banal eût trahi et spolié
    dont je conserve en moi un totem, un tabou
    comme un sansevieria par trop scabrifolié.

  • Le bagad de l’amour

    Je jouais du biniou, elle de la bombarde
    et nous vivions heureux avec quelques amis
    à former un bagad au cœur pur et ravi
    où l’amour en pilou renouvelait nos hardes !

    Cénobites du diable en notre phalanstère,
    communauté soudée autour de ses sonneurs
    qui planaient dans l’éther afin que nul ne meure
    sans jamais sacrifier les damnés de la Terre.

    Mais voilà que le vent, par son souffle lyrique,
    irradia nos poumons comme si l’idéal
    purifiait les esprits engendrant le déclic

    qui fait de nous des rois et des reines aussi
    alors que tout autour, en leur stade nymphal,
    mille papillons blancs déjà s’y associent.

     

  • Le petit pauvre type

    Je suis, je vous l’avoue, un petit pauvre type,
    un pourceau d’Épicure, une petite chose,
    une chiure de mouche empâtée de la prose,
    un vers dans l’univers banni de tous les sites.

    Je ne vaux même pas la corde pour me pendre,
    encor’ moins les amis toujours trop bienveillants
    qui pleurent de me voir disperser à l’encan
    ma brocante de vie comme on le fait des cendres.

    Une vraie loque humaine au morne crépuscule
    et si vous m’en croyez, achevez-moi tantôt
    que je parte à jamais tel un animalcule !

    Y a-t-il quelqu’un pour m’aimer dans ce cloaque
    où mon esprit s’égare ès aggiornamento
    en proie à mon capharnaüm pandémoniaque ?

     

  • Vendredi 13

    Mon film débuterait en deux mille vingt-six
    et comme par hasard au mois de février,
    un beau vendredi treize où j’aurais acheté
    ce ticket de loto et mon mêlé-cassis.

    En mon for intérieur, je sens le jour de chance
    et que je vais gagner de quoi vivre ma vie
    au nez, à la barbe de tant de mes amis
    qui crèveront d’envie, tous en leur mécréance.

    Je le remporterai ce gros lot attendu,
    mais je sais qu’un tueur caché sur mon balcon
    m’aura occis tantôt avant que le soir fût !

    Oh ! justice sanglante ! Antienne fatidique !
    Je ne veux pas mourir par un destin abscons,
    et fiche mon billet en vous faisant la nique !

     

  • Un vol de femmes nues

    Un vol de femmes nues par dessus la maison
    se posa au jardin parmi les frondaisons
    et le pin parasol sous le soleil brillait
    lors que sur un transat à sexte je priais.

    Jamais je n’avais vu autant d’anges fessus
    de toutes les couleurs en descendant des nues,
    d’un charmant paradis, ces oiseaux à mamelles
    plus que vous n’en verrez battre l’air de leurs ailes.

    Incroyable, mais vrai, leurs voix à l’unisson
    faisaient vibrer les fleurs, les mulots polissons
    et tout ce qui vivait jusque dans ce bassin
    orné de nymphéas dans l’antique jardin.

    Libellules d’amour vibrionnant déjà
    sans pudeur inutile exhibant leurs appas,
    les belles butinaient loin d’un mythe en porphyre
    dans le simple appareil sous un si doux zéphyr.

    Le soleil au zénith décocha ses rayons
    sur les corps dont la peau rougit de passion
    et moi dans mon transat sous le pin parasol
    je tendis mes deux mains vers ces frêles idoles.

    J’accordai ma guitare afin que l’on comprît
    qu’en moi un faune enfin au grand jour se reprit,
    refusant la luxure et sachant se tenir
    devant tant de beautés qu’il ne faudrait flétrir.

    Moi, aux pensées impies, poursuivi par le stupre,
    je devins romantique et refusant le lucre
    qui s’attache au désir quand il compte ses billes
    pour n’offrir au final que des regrets aux filles.

    Aussi mes compagnons sortant du monastère
    quittèrent le pilou de leurs tenues austères
    et au jardin d’Éden ces nobles cénobites
    découvrirent la joie quand un p’tit cul l’habite.

    Bien sûr, un sycophante épiant son prochain
    dénonça l’innocence en des mots de crachin
    et des épouvantails arrivés en renfort
    firent peur aux oiseaux, sacré coquin de sort !

     

  • Le bien, le beau, le vrai

    Du temps qu’il faisait beau
    et que tout allait bien
    nous étions dans le vrai.

    Au printemps les oiseaux
    chantaient des airs anciens
    et nous vivions au frais.

    Le soleil levé tôt
    éclairait — ô combien !
    l’hétéro et le gay.

    Ta peau contre ma peau
    dans de doux va-et-vient
    au branle s’adonnait.

    Le merle et le corbeau
    souriaient pour un rien
    sans conjonction du mais.

    Nous pleurions les grands veaux
    — tête gribiche au thym —
    sacrifiés pour leur lait.

    Mélancolie, t’as faux !
    Nostalgie, tu nous tiens !
    Et du lapin, le pet !

    Aujourd’hui, amigos,
    nos queues — comme des chiens —
    frétillent sans regret !

    Car dans les arts le beau
    vaut en morale bien
    de la science le vrai.

    Mort, si tu n’es pas beau,
    que tu te fous du bien,
    que pour toi rien n’est vrai,

    tu n’iras pas au beau
    avec les gens de bien.
    Sors du bon grain, l’ivraie !