Recueil — Marc : Collection rouge 2025

  • Le vœu du barde

    Il pleuvait. J’avais froid et faim.
    Et pourtant j’étais si heureux
    En portant mon regard au loin :
    Je me surpris à faire un vœu !

     

    Et l’horizon, s’il m’en souvient,
    Se bouchait, éteignant la Terre
    Où une cohorte sans fin
    De nuées harassait les airs.

     

    Que mon vœu se réalisât,
    J’eusse été dans le désespoir
    Seyant malgré tout à ce gars
    Dont je pensais me prévaloir.

     

    N’écoute pas le pauvre barde,
    Ce petit rimailleur normand
    Et son ballot de vieilles hardes
    Riant comme un fou à l’encan !

     

     

  • Les trois bannis

    Trois bannis ont été exilés pour toujours
    d’un douar qu’ils avaient nourri au fil des ans
    de leur vivante poésie malgré le temps
    où ils pensaient œuvrer à des Belles-de-jour.

     

    Communauté, partage, on croyait à l’amour
    des lettres sublimées vers quoi un doux penchant
    semblait ouvrir le cœur à jamais palpitant
    alors qu’un vent mauvais se la jouait glamour.

     

    Des fats terrorisés par leur grand Manitou
    se sont très peu bougés et même pas du tout,
    cependant qu’ils louaient leurs confrères d’hier.

     

    Laissons là ces ballots qui ne méritent pas
    Plus qu’un petit sonnet en son rappel amer ;
    Et qu’au ciel une étoile accompagne nos pas !

  • La Chasseresse

    On l’appelait la chasseresse,
    mais au fait quel était son nom ?
    On l’accusa la pécheresse
    pas comme il faut, comme un poison.

     

    On dit qu’elle aurait disparu
    après une mauvaise blague.
    Alors ses muses se sont tues
    et elle ne fait plus de vague.

     

    Depuis l’on cache son prénom
    sauf si l’on veut se recueillir
    au Louvre à l’abri des sermons.

     

    Je sais comment la lire ailleurs
    dans cette passion d’écrire,
    celle qui tonne à la bonne heure !

  • Le calligramme du Bordeaux clairet

    Vin
    Fin
    Décanté
    Encarafé
    In vino véritas
    Si de guerre lasse
    Ce Bordeaux clairet
    Qui enchante le palais
    En titillant nos papilles
    Va  dilater les pupilles
    Au nom d’une santé
    Ès temps passé
    À tant survivre
    De toi ivre

  • Haïku d’Hiver

  • Je serai très précis

    Je serai très précis quant au temps qu’il me faut
    pour gagner l’utopie n’en déplaise à la mort
    dont nous ébrécherons le tranchant de la faux
    avec un tant soit peu de plaisir, mi amor !

     

    Ma vie en trompe-l’œil se décline au présent
    se moquant du passé, abjurant l’avenir
    comme si à jamais on m’offrait le présent
    glissé dans mes souliers d’un Noël à venir.

     

    Écoutez mes amis le chant joyeux du barde
    en cet espace-temps où vibrent les accords
    de l’orgue limonaire avant que cela barde !

     

    À bord de l’astrojet vers l’autre galaxie,
    toi et moi, nous irons tenter un faux raccord
    au cœur du multivers jouir d’une ataraxie.

  • Un peu de vague à l’âme

    Un peu de vague à l’âme et tant de souvenirs
    envahissent mon cœur au détour d’un guéret
    où sommeille en jachère un triste repentir
    de ce que fut ma vie du temps d’avant l’arrêt,

    car la bombe atomique a rasé nos villages
    et même le lavoir ne peut plus accueillir
    dans l’eau lourde à jamais ces joyeux commérages
    quand les lavandières s’exclamaient de désir.

    Allez mes chers amis, ressortons les bombardes
    et toi, mon bon vieux Louis ton biniou de légende
    pour un dernier bagad sous le soleil qui darde

    puisque je veux mourir au caveau des ancêtres
    à l’ombre de l’église en ruine sur la lande
    dont seul le clocher tors résistera sans prêtre.

  • Bison et zombie

    Les copains du bison en verlan l’appelaient
    zombi, mais l’homme après la Grande Catastrophe
    vit surgir des zombies que par peur on nommait
    bizons quand ils rimaient au détour d’une strophe.

    La poésie restait au cœur du cataclysme
    l’exutoire frileux de qui sait que la mort
    rodait dans le dédale en son vain pessimisme
    d’une fin annoncée sans ironie du sort.

    Mais le bison zombi et la zombie bizon
    tombèrent en amour sur la place Saint-Marc,
    car leurs masques coquins ôtés dans la maison

    libérèrent de fou le feu follet friand
    d’une flèche enflammée que tira de son arc
    un cupidon ailé, dénudé et brillant.

  • Dieu reconnaîtra les chiens

    Dieu reconnaîtra les chiens.
    L’ayant bien compris, j’aboie,
    je jappe et puis tout en joie
    je m’ébroue en bon chrétien.

    Esgourdez, vous, les humains,
    pour aller au paradis
    suivez mézigue, pardi !
    en marchant droit sur les mains.

    Certains oiseaux l’ont saisi
    qui imitent le canin
    en modulant leurs lazzis.

    Disant ça, je ne dis rien
    et tant pis pour les païens :
    Lucifer connaît les siens !

  • D’amour ou d’idéal

    Avec mon baluchon d’amour et d’idéal
    j’avais repris la route escarpée et sauvage
    qui mènerait tout droit au pays de santal
    où le parfum se mêle à un tendre ramage.

    Au loin, crêpés de blanc, des sommets de vertu
    semblaient trop éloignés pour un être fugace,
    mais moi je devinai — à ce qu’il m’apparut —
    que c’était à portée de mon esprit sagace !

    Le soleil se coucha et je vis mille étoiles
    harmoniser leur feu afin que l’on saisît
    que fait de chair et d’os il y va de la moelle
    dont on crée l’humain libre en sa pure utopie.

    Je revivais alors une folle genèse
    faite de sentiments d’une âme sans contrainte
    et pourtant solitaire et même mal à l’aise,
    car je sentais en moi le début d’une plainte.

    Lors, un petit bonhomme en sa rondeur exquise
    sortant de nulle part, offerte aux quatre vents,
    chanta sa mélopée digne d’un Heurtebise,
    cet ange si propice à tout rapprochement.

    La fusion totale y dura mille jours.
    De nos corps en émoi jaillissaient tant de faim !
    Du moins on y a cru jusque dans les faubourgs
    de la Jérusalem céleste à toute fin.

    Voilà, tu l’as compris, je devenais plus femme
    dans une parousie à l’acmé de l’instant
    suspendu au son clair d’une harpe où se pâme
    l’innocence torride accrochée aux amants.

    Depuis nous honorons pour repeupler la terre
    la vive effervescence engendrant, infini,
    l’ailleurs sans frontières et vesprée du tonnerre
    transportant le midi au-delà de minuit.

  • J’ai rêvé cette nuit

    J’ai rêvé cette nuit que j’étais admirable
    et comme le lapin dont on vante le râble
    je m’en vas de ce pas parchin me mettre à table
    afin de vous narrer une si jolie fable.

    Fourquette de Théville, une omelette au lard
    avait rempli ma panse et malgré qu’il fût tard
    un café arrosé fit de moi l’être à part
    qui reprenant sa route avait un air hagard.

    Au Hamel ès Ronches je pris l’autostoppeuse,
    le visage d’un ange et nue sous sa vareuse
    sans qu’il émanât d’elle une quelconque gueuse
    si tant est que je fusse un bœuf, une macreuse.

    Cette histoire insensée jusqu’à l’incandescence
    d’un amour de folie dont le feu et l’essence,
    au cœur du Cotentin où le corps se dépense,
    y perdirent raison — je comprends qu’on me tance !

    Ce rêve bien réel empreint de symbolique
    me titille l’esprit et rend mélancolique
    l’âme du pauvre hère en proie à la panique
    de l’âne dans son pré reniflant le colchique.

  • Il neigeait sur le Potomac

    Il neigeait en tempête sur le Potomac,
    treize janvier mille neuf cent quatre-vingt-deux
    sur le vol quatre-vingt-dix. Prenant place en queue
    de l’appareil, j’étais ravi du tomahawk

    acheté le matin dans la réserve indienne,
    non loin de Black Hills de triste memory
    quand George Crook de ses effectifs y perdit
    une moitié au cours des guerres indigènes.

    Notre Boeing 737 d’Air Florida,
    juste après un décollage mouvementé,
    s’était dans le fleuve par ce froid abîmé,
    la scène se déroulant sous les caméras

    de télévision. Chacun se rappelle encore,
    malgré l’héroïsme de certains passagers,
    qu’il n’y eut que cinq survivants, dont deux blessés
    sur les soixante-dix-neuf personnes à bord.

    Moi, je ne dois la vie qu’au sacré tomahawk
    quand il me vint l’idée de m’accrocher au tronc
    charrié dans un chaos de glace sauvageon
    des chutes déchaînant les eaux du Potomac.

    Lors, je suis animiste, écolo et Indien
    vénérant cette hache au creux de ma mémoire
    qui sur ma cheminée s’expose en grande gloire
    nichée au bocage de mon fier Cotentin.

    Toi le horsain, étranger à la Normandie,
    s’il t’arrive d’échapper au réchauffement
    climatique, souviens-toi de ces pauvres gens
    qui moururent de froid en ces États-Unis.

    Le trop chaud, le trop froid n’est pas bon aux humains
    qui se baignent en avion dans le Potomac,
    sans ce soucier d’emporter a good tomahawk
    acheté pour de rien et en bagage à main !

    Désormais, je n’arpente les rues de Cherbourg
    qu’avec hache à la ceinture et un parapluie.
    Je sais qu’il me pardonnera, Jacques Demy,
    d’américaniser son histoire d’amour.

  • La princesse de Dur-Écu

    La princesse de Dur-Écu
    me fit, ma foi, le grand honneur
    de lui procurer ce bonheur
    à l’ombre du mari cocu.

    J’étais un jeune jouvenceau
    empreint d’idéal et d’amour
    et je portais tout mon secours
    à la dame avide de mots.

    Des promenades en calèche
    sur les bords du lac de La Tesse
    et des soirées enchanteresses
    nous embrassaient pendant la fraîche.

    La nuit après que Cupidon
    nous a entraînés à la faute
    dont nous réparions à voix haute
    l’égarement par du Didon,

    je savourais le paradis
    d’un désir demeuré intact
    comme si en mon cœur un pacte
    dirigeait notre vie, pardi !

    Le temps passe et les doux printemps,
    quand les giroflées se réveillent,
    réactivent ce goût de miel
    des baisers du presque charmant.

    Le ciel ne va pas sans orages
    aux éclairs des vraies passions,
    au tonnerre de l’alcyon
    nidifiant loin de nos plages.

    Alors la terre après la pluie
    exprimait ses plus forts parfums
    et nous marchions main dans la main
    sous l’azur dégagé qui luit.

    La princesse de Dur-Écu
    s’est retirée en son château.
    Quant à moi, son vieux jouvenceau,
    je vis mon heur de tape-cul.

    Lors, quand ma goutte le permet,
    je me plante au pied de la tour
    et ma bombarde des beaux jours
    sonne à ses pieds le guilleret.

    La dame fait-elle le guet
    entendant le barde amoureux
    qui ne s’y trompe dans son vœu
    d’escalader le pierrelet ?

    Toi, le lecteur impénitent,
    pardonne au roi des Rocamboles
    d’avoir au temps des amours folles
    oublié sa rose des vents.

  • Concordance des sexes

    La femme l’est-elle jusques au bout des seins
    et l’homme bien trop lourd du poids d’un cheval mort ?
    Les marins d’Amsterdam pissent-ils dans le port
    sur la femme infidèle et sans ronger leur frein ?

    Une chanson d’amour nous fait rêver toujours
    à la délicatesse au cœur des sentiments,
    au charme suranné sur la flûte de Pan
    de ces doux corps-à-corps privés de leurs atours.

    Et goûter à jamais les fruits de la passion
    dont les jus suaves abreuvent nos sillons :
    je dis cela pour toi ô ma belle Suzon !

    Bien que file le temps, nous révisons les règles
    de la carte du tendre enrubannée de ton
    désir de s’envoler dans le ciel bleu des aigles.

  • Grotesque, vous avez dit grotesque ?

    Grotesque ? Tu sembles ridicule, bizarre,
    risible au demeurant, parfois mêlé d’effroi.
    Et pourtant je t’admire ô ma tête de l’art
    — Théophile Gautier dans la Vallée des Rois !

    J’aime les grimaciers et leurs difformités !
    Lors un Quasimodo me paraîtra sublime
    quand un vers dépoli sur ses tout petits pieds
    foule en terre inconnue et scande fort la rime.

    Non ! Les billevesées, les fadaises mortelles
    — comme ces séries B prisées des cinéphiles —
    qui enchantent les sens sans mère maquerelle,
    trouveront ici-bas à répandre leur bile !

    Le printemps maladif aux âmes mal armées
    ne saurait supplanter un bel hiver pourri,
    pâle dans le malheur d’une nuit d’Idumée
    où le bois de santal bave boue et rubis.

    Le pitre fait la roue ignoble des quinquets
    qui laissent dans leur ombre un dégoût salutaire
    vautré dans l’infini de ses pauvres caquets
    que surjoue en passant une voix de chimère.

    Combien le pétomane — et sa brise d’anus —
    réjouit l’atmosphère en saturant l’espace,
    colle au nez impeccable, affûté de Vénus
    callipyge, statue brisant sa carapace ?

    Alors nous, les petits, les songe-creux sans gloire
    d’ébats poétiques forçant la prosodie,
    de simulacres vains aux plis de la mémoire,
    chantons l’Alléluia qui d’un cœur pur jaillit !

    Le grotesque est ma loi gravée sur le néant
    entre deux marbres lourds sans qu’un branle étouffé
    n’allume un autre feu de tisons parfumant
    le silence imposé par mes rêves foulés.

    Crève charogne ! dont se dispute l’enfance
    sous le crâne fêlé, mais toujours en éveil
    hélas ! de ce qui fut un idéal en transe
    si bien que sur la pierre il roulait à merveille !

    Je suis L’Homme qui rit et je ferai la manche,
    pieds dans le caniveau où s’écoule la vie
    pour peu que le destin farceur, doré sur tranche,
    hulule autour de moi tel un pauvre d’esprit.

  • La fonction de l’orgasme

    L’orgasme, sans nul doute, est un bien précieux
    qui transporte le corps et enflamme les yeux
    dans un espace-temps où la chose érotique
    en ses équations transcende le quantique !

    Il dure ce que dure un désir apocryphe
    sur les bancs de l’amour aux parfums de sa griffe
    et n’entendez-vous pas que ses accords majeurs
    confondent en ses rets le bonheur au malheur ?

    Les fluides de vie se rient de l’anamnèse,
    faisant fi du passé au gré des escarmouches
    que vivent les amants comme une Javanaise.

    J’ai connu des tapis volant vers l’inconnu
    où pour seul vêtement la paire de babouches
    racontait pour toujours les voyages aux nues.

  • Morocco

    J’étais à Morocco le jour où il advint
    que je croisai la lune à deux pas du soleil
    dans un espace-temps troué en nid d’abeille
    avec pour tout bagage un signe du destin.

    Je vis en majesté la Reine de l’Atlas
    sur un tapis volant à moins qu’il fût persan
    m’invitant sans détour par ses yeux khôl perçant
    à rejoindre céans ce temple de la grâce.

    J’avais tant voyagé — Hermès impénitent
    empruntant au désir mille et un véhicules —
    mais pas dans ce confort pour deux corps nonchalants !

    Au milieu des éclairs sur ce bout de textile
    — cette soie dont le fil, œuvre d’animalcules —
    je tissai l’éphémère ès arts de l’érectile.

  • Petit poème biblique apocryphe à la manière des Grands Rhétoriqueurs des XV-XVIe siècles

    En tant de poèmes d’Hiver
    je vous offre deux fois dix vers
    sur le désert et sur Marie
    et sur son auguste mari.
    Juché du haut de son chameau
    Joseph ne lui arracha mot.
    Le charpentier à l’œil grivois
    dit : le ciel est gris, vois,
    c’est pour ce soir l’évènement,
    car Yhavé qui jamais ne ment
    nous annonce son arrivée
    et qu’en croix il mourra, rivé.

  • L’esprit de l’utopie

    Il pleuvait et j’avais épuisé tous mes rêves
    d’enfant. Lors, la camarde osa me demander
    pourquoi ne pas tenter une ultime odyssée :
    retrouver en enfer mes rencontres trop brèves ?

    Enfer et paradis ? Fadaises dont je ris !
    Un couteau de cuisine, mon tour operator,
    taillada derechef jusqu’à ce que les pores
    de ma peau suintassent, m’exonérant de vie.

    Quelle surprise pour moi, pauvre mécréant
    qui pensait s’évanouir ou pourrir en géhenne,
    d’être agréé par Pierre et les saints — pas de veine !
    dans ce qui ressemblait au paradis d’antan.

    Je proteste aussitôt et avoue confesser
    que mes mœurs dissolues me dispensent d’égards ;
    que je veux m’oublier où mon cerveau s’égare
    au fourre-tout sans fin, d’avant d’être bébé.

    Rien à faire ! L’apôtre aux clés d’argent me baille
    un papier attestant que je fus baptisé
    par l’abbé Hénocque, résistant, déporté,
    en l’église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles !

    Je suis coincé de fait, mais n’en reste pas là
    et réclame en pestant la porte de l’enfer
    où je vous rejoindrai au centre de la Terre
    toi, poète maudit, femme toujours prête à !

    Négatif ! dit le scribe orientant le chaland
    qu’a passé l’arme à gauche au terme du grand froid.
    Un sourire sublime indique à mon endroit,
    du paradis la porte. Je saisis qu’il ne ment.

    Passé cette stargate, un ange me présente
    au plus vieux des humains qui accueillit Jésus.
    Il s’enquiert de choses que je n’ai jamais su,
    si Dieu ne glissait pas sur la mauvaise pente ?

    Du coup, je crie : Dieu est mort ! Les âmes s’esclaffent
    de cette bonne blague et pourtant, je sens bien
    que saints et bienheureux sont déjà au parfum.
    Alors je refuse que leur foi mes mots raflent.

    J’ai compris un peu tard que le ciel s’autogère,
    que sans dieu ni maître, l’antique paradis
    redécouvrit enfin L’Esprit de l’utopie*
    — sauf pour l’intégriste qui ne manque pas d’air !

    *Ernst Bloch, L’Esprit de l’utopie, Gallimard, collection « Bibliothèque de Philosophie ».

  • Salonique, nid d’amour

    Je me souviens de Salonique
    ce jour où je revis Monique.
    Moi, j’étais toujours pathétique ;
    elle virait dans le mystique.

    Rime empêtrée dans la rythmique
    d’un flot continu volcanique,
    mes vers y perdaient leur musique
    au mépris de la poétique.

    Pourtant je les dois à Monique,
    – dame de cœur, dame de pique –
    mes larmes comme un romantique.

    La poudrière balkanique
    nous offrait ses langues algiques
    pour souffrir l’amour authentique.

  • Entre ici et ailleurs

    Je suis né quelque part entre ici et ailleurs
    dans un espace-temps où il fait bon flâner
    vers ce je-ne-sais-quoi au milieu des senteurs
    qui embaument ma vie pour une éternité.

    Une étoile me guide avec aménité
    sans souci du détail, mais avec euphorie
    si une comète troue un beau ciel d’été
    comme un signe éclatant dont se joue l’euphonie.

    Donc je suis enchanté par tant de poésie,
    car mon cœur se peuple de tous ces petits riens
    qui jalonnent ma route et son entéléchie.

    Et quand viendra l’hiver bien au chaud sous la couette
    nous plaiderons coupable en des mots aériens
    afin d’y ménager un doux émoi de fête

  • A la saison du rut

    À la saison du rut, le printemps revenu,
    sur les Champs-Élysées, des hommes bien sapés
    roucoulent des mots doux aux belles inconnues
    qui traitent de relou leur drague sans doigté.

    Et aux parfums des fleurs se mêlent les hormones
    dans un charivari de ce sens génésique
    que transporte le vent chargé de phéromones
    pour enchanter l’amour par des gestes gnosiques.

    Sur la fière avenue, le poète est un roi
    quand il croise un regard et partage ses vers
    avec la Dulcinée enrubannée de soie
    aux rimes embrassées frisant le métavers.

    Le quidam prosaïque aura, lui, pour atout
    ses fesses pommelées sous un jean ajusté
    qu’un coup d’œil ingénu d’une dame debout
    lui décoche impromptu avec aménité.

    Lors, Place de L’Étoile, une flamme amoureuse
    embrase en un instant la foule bigarrée,
    meetique rendez-vous des attentes nerveuses
    dont tous les fluides suivront la logorrhée.

    Je ne me lasse pas, attablé en terrasse
    comme un simple badaud devant son café crème,
    de les dévisager ces fêtes ou foirasses,
    corps en suspension sans descente du lemme !

    Et je comprends enfin combien le temps qu’il fait
    peut changer une vie, vider le désespoir
    en purgeant les humeurs de l’esprit contrefait
    dont on attend le pire à la tombée du soir.

    Et pourtant, moi, j’ai vu certains gardes mobiles
    se joindre à la manif et se déshabiller
    afin de copuler en troquant leur babil
    pour un alexandrin propice à l’hyménée.

    Toi qui vis en banlieue tu trouveras aussi
    place de ta mairie des parades d’amour
    en buvant un coca au tabac des amis
    quand la pluie en miroir te sera d’un secours.

    Hommes et femmes, gays, lesbiennes et trans,
    et pour tout autre sexe, il est sûr qu’on verra
    des cupidons coquins entamer une danse
    où la flèche en plein cœur à ravir siéra !

  • Le héron des marais de Carentan en Cotentin

    Il faut que vous sachiez
    qu’un jour un échassier
    arpentant le marais
    — où moi-même ramais
    sur la Douve jolie
    tout près de mon logis —
    m’embrouilla de ses dires
    au cœur de mon désir.

    Ce héron qui vaquait
    sur cette boue qu’avait
    une odeur maléfique
    de l’âme famélique
    d’un Cotentin charmant
    pour un être marchant
    y alla de son chant
    en poussant la chanson.

    Que la presqu’île est belle,
    aurait dit du Bellay !
    La Normandie fait ciel
    quand le vent de fiel sait
    que ce héron maudit
    — qui s’il ne dit mot
    de son long bec jauni —
    s’appelerio Gino !

  • Trublions de l’an neuf

    Trublions de l’an neuf, espérez-vous encore
    en l’idéalité des prémices d’un soir
    quand sonne le tocsin où chacun donne à voir
    une mort en partage et l’alliance des forts ?

    Si j’osais, je dirais que le printemps m’effraie
    de porter en son sein les fruits des Hespérides
    pour peu que son jardin se vautrât dans l’humide
    d’une eau de saleté filtrée par ses galets.

    Profitons de l’hiver au temps de la jachère
    qui étreint notre corps et sublime notre âme
    tout en faisant le vœu que nos sanglots amers

    s’enivrent d’utopie au point de non-retour
    d’un imaginaire dont il reste une flamme
    — si les fonds de pension n’entachent nos amours.

  • J’ai vécu dans un château en Ecosse

    J’ai vécu en Écosse, au pays des fantômes
    après bien des années passées en Cochinchine
    à partager le riz — quelques grains dans la paume —
    quand j’héritai sans frais d’une vague cousine.

    Dans ce château en ruine à deux pas du Loch Ness,
    l’ivresse du whisky et des ombres portées
    par un feu languissant qui me gelait les fesses,
    j’entendis qu’on frappait à la porte d’entrée.

    Vous n’imaginez pas quelle fut ma torpeur
    dont je me départis dans cette nuit sans fin
    où je me ruminais un tombereau d’horreurs
    encombrant mon présent de pauvre séraphin.

    Une fée souriait en tendre Mélusine
    et je l’introduisis au milieu des gravats
    qu’elle magnifia de son aura divine
    sous la gaze de lin exhibant ses appas.

    Dans le salon désert, je la pris par la main
    et d’un pas sautillant, nous dansâmes longtemps
    des branles en secret à petits coups de reins
    sans déroger pourtant aux gestes bienséants.

    Mais je compris alors que la fille de l’air
    voulait qu’un souvenir en sa chair volatile
    troubla ce doux moment d’un tremblement de terre,
    d’un tsunami de mer à l’écume labile !

    Au lever du soleil quand les morts se reposent
    de leurs nuits de folie aux dépens des vivants,
    il convient, je l’avoue, que jamais on ne glose
    pour ternir le futur qui hante les amants.

  • Formidable est la nuit

    Formidable est la nuit
    où tous les chats sont gris ;
    où le moindre cliché
    dans mes vers s’est niché.

    J’ai lu des paraboles
    dont la courbure folle
    d’un texte peu badin
    sublimait un matin.

    Une muse en nuisette
    se croyait à la fête
    alors que mon souci
    restait inassouvi.

    Combien de jolies notes,
    combien de Gelinottes
    huppées chantent la joie
    en s’ébrouant parfois ?

    Et puis il y a l’autre
    avec ses patenôtres
    qui prononce à voix basse
    son jeu impair et passe.

    Voilà donc une vie,
    une pauvre avanie
    se pavanant pourtant,
    éphémère du temps.

    Allez, mon bon ami,
    qu’un peu de poésie
    parcoure tes artères
    avant d’aller sous terre.

  • Une si douce chaleur

    Une douce chaleur envahissait mon corps
    de la petite mort dont je n’avais pas peur
    comme si le bonheur qui n’était pas mon fort
    me donnait enfin tort au milieu des vapeurs.

    Un parfum enivrant vibrait dans l’air du soir
    et contait sans histoire par l’écume du temps
    le peu qui reste au vent pour troubler la mémoire,
    cette vieille pétoire à l’âme où je me mens.

    L’ampliation de vie adresse sa copie
    sans qu’il soit un souci si fait qu’un sens obvie
    conforte mon envie et chasse mon ennui
    afin que nulle pluie n’arrose cette nuit.

    Je trépasse joyeux avec dans ma besace
    de l’amour une trace ès oripeaux soyeux
    retrouvant mes aïeux – l’éternité fugace
    vers quoi trouver ma place en rouge camaïeu.

  • Grand Paris – Marc Hiver – chanson

    Paris, tu la vis ta vie, mais
    Ris pas si j’te dis qu’à Paris
    De la Bastille à Saint-Denis
    Tu te propulses loin des quais.
    De Charenton à La Défense,
    On enjambera la Ceinture
    Vers la banlieue où tu conjures
    Par tes baisers tout’ma défense !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Paris, tu vis quand tu grandis,
    Te projetant à l’extérieur
    De ce Chinois de l’intérieur
    Qui chine à town, rue de Choisy ;
    De ce Méditerranéen
    Sirotant son thé à la menthe,
    Ménilmontant descend la pente
    Vers un Orient qu’est pas si loin !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Petit Paris d’Occupation,
    Des minus qui se croyant grands
    Oublièrent tous tes enfants,
    Gavroche d’la libération.
    Paris réduit à la Commune
    Encerclée par la Versaillaise,
    Paris ouvert et Marseillaise,
    Éclairés au clair de la lune !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Paris, ne prends pas le melon,
    Tu sais, la grenouille et son bœuf,
    Souviens-toi qu’un jour au Pont Neuf
    Deux amants fous… zon zon zon zon !
    Paris, si tu te rabougris
    Pense à tous ceux qui dans la rue
    Zonent dans ce Paris en mue,
    Mais pas pour les chats qui sont gris.

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.

    Paris, tu vis ta vie, pas vrai ?
    Continue de t’illuminer ;
    Que ta Seine enfin épurée,
    Plonge de joie au bout des quais !
    Paris des réseaux de demain,
    Ton cercle de vie irradie,
    Ouvre grand tes portes, Paris
    Bats le tempo sur tes refrains !

    Tous les ponts du périphérique
    Se panament jusqu’aux faubourgs,
    Le Grand Paris de nos amours,
    On y danse sur ses musiques.
     (bis)

     

    Texte : Marc Hiver – musique : IA

    https://constellation-poetique.fr/wp-content/uploads/2026/02/Paris-tu-la-vis-ta-vie-mais-1.mp3

  • Nostalgie du futur

    Nostalgie du futur, l’avenir ne vient pas
    mélancoliquement, hélas ! je me souviens
    — et malgré qu’on en ait — de la vie qui tiendra
    si le temps me rattrape en un ultime lien.

    Du passé je me moque et le présent m’ennuie,
    mais je garde à l’esprit n’en déplaise aux fâcheux
    des bribes de ce qu’il m’adviendra une nuit
    quand je retournerai aux routines des vieux.

    Je me rappelle encore avec délectation
    du lendemain qui chante en son confiteor :
    le péché annoncé dans toute la passion
    que je commanderai plus tard en réassort.

    Je me suis projeté tant de fois au p’tit bout
    qu’un oracle banal eût trahi et spolié
    dont je conserve en moi un totem, un tabou
    comme un sansevieria par trop scabrifolié.

  • Le bagad de l’amour

    Je jouais du biniou, elle de la bombarde
    et nous vivions heureux avec quelques amis
    à former un bagad au cœur pur et ravi
    où l’amour en pilou renouvelait nos hardes !

    Cénobites du diable en notre phalanstère,
    communauté soudée autour de ses sonneurs
    qui planaient dans l’éther afin que nul ne meure
    sans jamais sacrifier les damnés de la Terre.

    Mais voilà que le vent, par son souffle lyrique,
    irradia nos poumons comme si l’idéal
    purifiait les esprits engendrant le déclic

    qui fait de nous des rois et des reines aussi
    alors que tout autour, en leur stade nymphal,
    mille papillons blancs déjà s’y associent.

     

  • Le petit pauvre type

    Je suis, je vous l’avoue, un petit pauvre type,
    un pourceau d’Épicure, une petite chose,
    une chiure de mouche empâtée de la prose,
    un vers dans l’univers banni de tous les sites.

    Je ne vaux même pas la corde pour me pendre,
    encor’ moins les amis toujours trop bienveillants
    qui pleurent de me voir disperser à l’encan
    ma brocante de vie comme on le fait des cendres.

    Une vraie loque humaine au morne crépuscule
    et si vous m’en croyez, achevez-moi tantôt
    que je parte à jamais tel un animalcule !

    Y a-t-il quelqu’un pour m’aimer dans ce cloaque
    où mon esprit s’égare ès aggiornamento
    en proie à mon capharnaüm pandémoniaque ?

     

  • Vendredi 13

    Mon film débuterait en deux mille vingt-six
    et comme par hasard au mois de février,
    un beau vendredi treize où j’aurais acheté
    ce ticket de loto et mon mêlé-cassis.

    En mon for intérieur, je sens le jour de chance
    et que je vais gagner de quoi vivre ma vie
    au nez, à la barbe de tant de mes amis
    qui crèveront d’envie, tous en leur mécréance.

    Je le remporterai ce gros lot attendu,
    mais je sais qu’un tueur caché sur mon balcon
    m’aura occis tantôt avant que le soir fût !

    Oh ! justice sanglante ! Antienne fatidique !
    Je ne veux pas mourir par un destin abscons,
    et fiche mon billet en vous faisant la nique !

     

  • Un vol de femmes nues

    Un vol de femmes nues par dessus la maison
    se posa au jardin parmi les frondaisons
    et le pin parasol sous le soleil brillait
    lors que sur un transat à sexte je priais.

    Jamais je n’avais vu autant d’anges fessus
    de toutes les couleurs en descendant des nues,
    d’un charmant paradis, ces oiseaux à mamelles
    plus que vous n’en verrez battre l’air de leurs ailes.

    Incroyable, mais vrai, leurs voix à l’unisson
    faisaient vibrer les fleurs, les mulots polissons
    et tout ce qui vivait jusque dans ce bassin
    orné de nymphéas dans l’antique jardin.

    Libellules d’amour vibrionnant déjà
    sans pudeur inutile exhibant leurs appas,
    les belles butinaient loin d’un mythe en porphyre
    dans le simple appareil sous un si doux zéphyr.

    Le soleil au zénith décocha ses rayons
    sur les corps dont la peau rougit de passion
    et moi dans mon transat sous le pin parasol
    je tendis mes deux mains vers ces frêles idoles.

    J’accordai ma guitare afin que l’on comprît
    qu’en moi un faune enfin au grand jour se reprit,
    refusant la luxure et sachant se tenir
    devant tant de beautés qu’il ne faudrait flétrir.

    Moi, aux pensées impies, poursuivi par le stupre,
    je devins romantique et refusant le lucre
    qui s’attache au désir quand il compte ses billes
    pour n’offrir au final que des regrets aux filles.

    Aussi mes compagnons sortant du monastère
    quittèrent le pilou de leurs tenues austères
    et au jardin d’Éden ces nobles cénobites
    découvrirent la joie quand un p’tit cul l’habite.

    Bien sûr, un sycophante épiant son prochain
    dénonça l’innocence en des mots de crachin
    et des épouvantails arrivés en renfort
    firent peur aux oiseaux, sacré coquin de sort !

     

  • Le bien, le beau, le vrai

    Du temps qu’il faisait beau
    et que tout allait bien
    nous étions dans le vrai.

    Au printemps les oiseaux
    chantaient des airs anciens
    et nous vivions au frais.

    Le soleil levé tôt
    éclairait — ô combien !
    l’hétéro et le gay.

    Ta peau contre ma peau
    dans de doux va-et-vient
    au branle s’adonnait.

    Le merle et le corbeau
    souriaient pour un rien
    sans conjonction du mais.

    Nous pleurions les grands veaux
    — tête gribiche au thym —
    sacrifiés pour leur lait.

    Mélancolie, t’as faux !
    Nostalgie, tu nous tiens !
    Et du lapin, le pet !

    Aujourd’hui, amigos,
    nos queues — comme des chiens —
    frétillent sans regret !

    Car dans les arts le beau
    vaut en morale bien
    de la science le vrai.

    Mort, si tu n’es pas beau,
    que tu te fous du bien,
    que pour toi rien n’est vrai,

    tu n’iras pas au beau
    avec les gens de bien.
    Sors du bon grain, l’ivraie !

     

  • Cherbourg, transe maritime

    Quand le train entre en gare au terme d’un voyage
    avec pour tout bagage une envie qui s’égare
    de retrouver le port pour un nouveau départ
    vers un lointain à part sans risque de naufrage ;

    quand la rade au plus fort des cris du goéland
    en ce pays normand où le ciel n’a pas tort
    de changer le décor, d’azur à grand renfort
    de cumulonimbus emportés par le vent ;

    alors mes chers amis, en murmurant mes vers
    qui ne manquent pas d’air et de fraîche malgré
    qu’au large les ferries fassent tache sur mer,

    vous chanterez Cherbourg, seule ville de France
    qui dans sa folle danse au rythme des marées
    — et de son Raz Blanchard* — plonge le cœur en transe.

     

    *Le Raz Blanchard désigne le passage où sévit l’un des courants de marée les plus puissants d’Europe, situé entre le cap de la Hague à la pointe nord-ouest du Cotentin et l’île anglo-normande d’Aurigny, à l’entrée nord du passage de la Déroute. Il marque l’extrémité septentrionale du golfe de Saint-Malo.

    Cherbourg avait raison

     

     

     

  • Rut à Bahia pour OSS 117

    L’amour souffle à Bahia un délicat zéphyr
    qui torture nos sens et les voue au martyre
    comme il n’est pas permis, la baie de tous les seins
    quand la samba délire, ô fête, bats ton plein !

    L’homme sur son tambour y joue avec sa queue
    un rythme lancinant quand la femme se meut,
    costume flamboyant où mouille son maillot
    y dessinant en creux la patte de chameau.

    Moi, Hubert Bonisseur de la Bath en mission,
    Salvador de Bahia, amateur de beaux fions,
    vous me connaissez mieux sous l’alias OSS
    117, numéro attribué par le boss.

    J’aime le carnaval, propice couverture
    dans ce rut à Bahia pour dézinguer l’ordure
    qui a une tête à boire un verre de jus
    de rutabaga juste avant que je le tue !

    Poète à la quéquette tirebouchonnée,
    en la saison du frai pourrais-tu entraîner,
    si tu vas à Bahia, l’érection de tes vers
    pour peu que tu oublies tes rimes de pervers ?

    Moi, j’ai trouvé enfin la femme de ma vie,
    une brune beauté, déhanché de folie,
    qui se prénomme Ruth, native de Bahia,
    je cherchais Ruth partout, mais pas Ruth à Bahia !

     

    Furia à Bahia pour OSS 177 de André Hunebelle (1965) - Unifrance

     

  • A pas de loup

    Je vais à pas de loup où seul un vent de mer
    fait qu’en ces flots de feu se brûle un peu le fou
    dont je suis par ce temps le plan d’eau et de guerre
    lors que les pleurs du ciel ont pris le pas sur nous.

    Tu vois, toi bien trop gai, qu’il faille au poids des ans
    vers la fin de la vie à cœur de lion quand même,
    las de tout ce qui tue et de tout ce qui ment,
    croire en ce que l’on dit fors les mots au son blême !

    La marche à l’amble en soi ne craint pas de se perdre
    pour un vil fil de fer fort et faible à la fois
    sans peur de la mort lente au mou noir de sa merdre !

    N’attendons pas pour vivre une félicité
    digne d’un avenir à crier sur les toits
    si tant est que l’amour nous somme de rêver.

     

  • Le sens de la vie

    Pourquoi voudriez-vous que la vie ait un sens ?
    Bon Dieu ! un sens de quoi si j’ose m’exprimer
    ainsi ? Je ne sais que le désir sans défense
    dans sa fureur de vivre, inspir du verbe aimer !

    J’en parlai à mon chat, un modèle de vie
    toujours dans le tempo, par la grâce animale
    dont l’existence seule en sa philosophie
    nous enjoint de pousser chanson et madrigal.

    Les hormones du temps, la chimie du cerveau
    vers l’extatique mort retrouvent un état
    qui fut le leur jadis bien avant le berceau !

    Alors si m’en croyez, comme un conseil d’ami,
    délivrez-vous du mal, ne soyez plus fadas,
    cueillez – même fanées – les roses de la vie.

     

  • Voyageur infatigable

    En voyageur infatigable
    j’ai vu des terres inconnues
    parfois même pas très aimables,
    mais toujours avec l’âme émue.

    Bien sûr je me suis arrêté
    à Carentan fors Isigny ;
    le Couesnon, ne l’ai pas passé,
    au Mont-Saint-Michel j’ons resté.

    À Saint-Hilaire-du-Harcouët
    Et à Villedieu-les-poêles
    pour votre bien je vous souhaite
    d’y aller faire la part belle.

    Cherbourg et le cap de la Hague
    vous accueilleront tout de go
    surfant sur la nouvelle Vague
    sans parapluie au fil de l’eau.

    Le nez au vent, le cœur en fête,
    nous n’atteindrons pas l’horizon
    et c’est donc sans prise de tête
    que nous verrons tourner le pont.

    Je connais des tribus impies
    dans un Val-de-Saire sauvage
    vous accablant de mal en pis,
    cuisant le horsain à la nage.

    Cannibales de Cosqueville
    en proie à la débauche, au vice
    — comment peut-on être aussi vil ? —
    je vous conchie avec malice.

    Mais je garderai dans la manche
    un atout à faire rêver :
    cette magique Roche blanche
    qui nique le rô de la mé !

     

     

  • Rimes embrassées

    Ô rimes embrassées, connaissez-vous mon cœur
    qui s’accroche à l’amour dans l’espoir d’être heureux ?
    Lors que coquecigrue et dragon par le feu
    embrasent le nuage au firmament — tu meurs ?

    Si tu me dis encore à l’orée de la nuit
    attendre d’une étoile en sa constellation
    une clarté farouche avec toute passion,
    je chercherai d’emblée ton âme inassouvie.

    Des papillons velus réveilleront la lune
    sans souci du destin dont la métamorphose
    anachorète enfin s’éploie et nous propose
    de vivre l’avenir gravé dans une rune.

    J’envie la vie de ceux qui pleurent la journée
    sous un soleil hideux accablant le poète
    quand la criaillerie d’une volée de mouettes
    tétanise l’espace afin de sublimer.

    Mais moi, je me contente au soir de l’existence
    d’un petit bout de rien n’en déplaise au malheur
    envers quoi l’on souscrit sans reproche et sans peur
    malgré le temps passé à payer sa créance.

     

  • Je voudrais croire en Dieu

    Je voudrais croire en Dieu, mais je n’ai pas la foi,
    alors du paradis, on fermera la turne
    et pourtant de la table en respectant la loi
    je ne mérite pas qu’on me casse les burnes !

    Je ne ferai pas de brouillard dans le biniou
    et j’arrêterai céans de faire le zouave ;
    qu’on ne me prenne plus pour un p’tit canaillou
    qui pète en société et dont la bouche bave.

    D’aucuns ont un melon comme la Tour Eiffel
    et laissent leur prochain – filant à l’espagnole -,
    mais ce sont, voyez-vous, moustiques anophèles !

    Je ne suis qu’un ribaud avecque sa ribaude
    qui vivote ici-bas au milieu des marioles
    avant que de savoir si jamais je clabaude.

     

  • Voussures de l’azur

    Voussures de l’azur, nuages en lambeaux
    comme autant de lambris où mon esprit s’égare
    sculpté sur les tympans jusque sur les linteaux
    vous faites ciel de lit d’un cœur pur qui s’empare

    des rêves de la nuit eux-mêmes en fragments
    quand sonne le réveil et que le tintamarre
    de la vie sans retard oblige les amants
    à s’empêcher d’aimer dans ce triste bazar

    vers quoi on les attend au milieu de la foule
    afin de travailler et se nourrir enfin
    sans souci des parfums et du vent, de la houle

    berçant leurs corps transis par l’effet de l’amour
    toujours recommencé à force de grand-faim
    qui dévore l’aimé et risque ce toujours.

     

  • Le complotiste amoureux

    Et si la Terre est plate,
    pourquoi la femme a des rondeurs ?
    Et si le World Trade Center
    s’est écroulé par une frappe,
    pourquoi l’homme en déréliction
    affiche en vrai ses érections ?

    L’homme est-il allé sur la lune ?
    Car les Ricains nous font la pige !
    Pourtant les vénus callipyges
    ne comptent pas pour des prunes
    et je m’étonne qu’à l’envi
    leurs lunes soient si rebondies.

    En vérité, je vous le dis :
    si je pense qu’il fait trop chaud,
    que le soleil brûle mon dos,
    ce n’est qu’à cause que ma mie
    prend contact peau à peau, nue,
    turlututu chapeau pointu !

     

  • Quand le Henri est mort

    Quand le Henri est mort,
    on avait tous compris qu’il ne reviendrait pas ;
    mais quant à Dracula,
    on avait deviné qu’il nous ferait du tort.

    Et ça n’a pas manqué :
    dès que la nuit tombait, hors sa crypte maudite
    il arpentait la lande en cherchant la petite
    afin de la saigner.

    Alors moi Van Hesling
    J’ai traqué le vampire avec mon assistant
    pour lui tailler le string !

    Et nous l’avons trouvé
    dans son cercueil tout noir maculé rouge sang :
    d’un pieu il fut planté !

    RIP

     

  • Soixante-quinze ans

    Un petit pauvre vieux du haut du fort du Roule
    contemplait en Cherbourg son passé révolu,
    soixante-quinze années à se geler le cul,
    n’attendant du futur que de perdre la boule.

    Le vieillard cacochyme éternua dans le vent
    et contre la marée il louvoyait encore
    se frayant un chenal pour trouver un accord
    qui satisfasse enfin le reste de son temps.

    Ses vers de mirliton, pour sûr, donnent le change,
    sa rêverie l’emporte à l’autre bout de rien,
    sachant pertinemment que par son va-et-vient
    le ressac au final le noiera dans la fange.

    Afin que nul ne meure en pensant à demain
    fait d’un EPAHD funeste où s’échouent les corps morts
    je compte de ce pas me jeter dans le port
    et offrir aux poissons de quoi calmer leur faim.

    Cela étant écrit, je vais aller aux courses
    et conjurer le sort préparant des ripailles
    telles que la presqu’île aux confins de Portbail
    en sera à jamais à délier sa bourse.

    Si le vin coule à flot il est plus que probable
    qu’au terme de la nuit je décroche la lune,
    planté en haut du mat, accroché à la hune
    et cherchant dans le noir un mien château de sable.

    Si au premier degré tu ramènes ta fraise,
    dis-toi mon bon ami, lecteur impénitent :
    ce n’est qu’un personnage au risque de l’encan
    qui me tire une larme en ce vendredi treize.

     

  • Complot poétique

    Ainsi donc c’était moi de ce complot la cible !
    Des poètes jaloux avaient armé la main
    d’un autre rimailleur tout pétri de sa bible
    reprochant à mes vers des pieds sans lendemain.

    Des thuriféraires de la modernité
    Ne comprenaient jamais que je fusse à l’antique
    et que l’art grotesque sans la solennité
    leur damasse le pion avec mon roi de pique.

    À l’accent de leur fiel, j’avais saisi très vite
    que la constellation partagée entre amis
    valait tous les efforts d’un genre poétique.

    Haut le cœur de la cible en saluant bien bas
    et comme se le joue la partie de rami
    j’attends de mon joker qu’il libère mes pas.

     

  • Je veux mourir demain

    Enfin ! libéré du bonheur,
    je peux m’adonner au malheur
    dont je veux au clair de la lune
    tremper dans les larmes ma plume.

    Désespoir, assombris le ciel,
    donne à mes vers le goût du fiel
    que je redoute l’avenir
    et chasse l’idée de plaisir !

    Je voudrais comme toi, Werther,
    me vautrer dans le spleen amer
    et crucifier mon cœur en croix
    dans l’extase d’un corps sur bois.

    Oui ! je voudrais mourir demain
    en laissant ces vers de ma main
    voués à l’immortalité
    vers quoi tend le papier froissé.

    J’aspire à la fosse commune
    que seule l’âme trouducune
    des mânes de la poésie
    enchante toute prosodie.

    Crever au risque de la rime
    quand débarrassé de la frime
    j’avance tordu de douleur
    me demandant où vont les fleurs.

    Cela étant lu et signé
    pourquoi toujours se résigner
    — hors les horaires d’ouverture -—
    à pleurnicher sous couverture ?

     

     

     

     

  • Milouze se déchaîne

    Milouze l’inspecteur, peut-être l’inspectrice,
    toujours au bord du genre et toujours à la fête
    se faisait une joie de mener cette enquête
    à partir d’un cadavre, distinction fondatrice.

    Le légiste entama de visu son constat
    sur le corps pantelant d’un cisgenre impudique
    exhibant mille plaies avec pour tout viatique
    un rictus de douleur à l’orée du trépas.

    La Police Technique Scientifique alors
    prit des photographies et des prélèvements
    tandis que Milouzette — au féminin céans —
    observait la scène de crime bout-dehors.

    Milouze, fin limier — masculin tout autant —
    par son clignotement de genres avéré
    subodorait déjà qu’iel trouverait la clef
    dans la sexualité de la victime en plan.

    Le cisgenre désigne un quidam qui se sent
    de ce même genre que celui attribué
    de naissance. Milouzette avait trop erré
    dans son identité pour ne pas être à cran.

    Au 36, quai des Orfèvres, un suspect queer
    se demandait pourquoi on l’interrogerait
    alors que son alibi le dédouanerait
    et qu’aucun mobile le posait en satyre !

    Le gardien des scellés avait brouillé les preuves,
    mélangeant toutes les pièces à conviction,
    afin de protéger en pleine ampliation
    un suspect sur le gril au mépris de l’épreuve.

    Comme lui ce shemale ennemi des cisgenres
    avait donc massacré la victime expiatoire
    en frappant mille fois ses humbles génitoires
    avec un long couteau au nom de son agenre.

    Milouze, Milouzette a forclos ce dossier
    avant de repartir très vite à Marrakech
    pour se faire opérer de son vit derechef
    sans que sa hiérarchie, en vrai, fût offensée !

     

  • Pas con

    Je ne voudrais pas qu’on
    me prenne pour un con
    sous le prétexte que
    je serais fou, quoique !

    Grotesque est mon credo,
    Cyrano, mon bedeau
    et j’envisage même
    la farce pénultième.

    Toi le poète dont
    on chante le pur don,
    que ton vers nous enchante !

    Alors, moi, Don Quichotte
    avec Sancho, mon pote,
    j’abonderai ta rente…

     

  • La tour de Pise

    Si un jour il m’était donné
    de dégommer la tour de Pise
    je vous dirai avec franchise,
    mais aussi, pourquoi se pencher ?

    Alors si par inadvertance
    je faisais cocu un ami
    je verrais en catimini
    — et en riant — sa déchéance.

    Tiens ! si les drones de la guerre
    se croient malins avec leurs bombes
    je penserais dedans la tombe :
    soyez bienvenus en enfer !

    En attendant, quoi qu’il en soit
    Si fait de mon cœur en attente,
    me voilà remonter la pente
    de l’amour dans des draps de soie.

     

  • Entre deux morts

    Au commencement, la Mort régnait sur la Terre.
    La Terre était stérile et de vie, point du tout.
    Pas le moindre plancton pour nourrir notre mer,
    et dans l’abîme froid rien qui fût un peu doux.

    Alors, comme se réveillant du fond des âges,
    la Mort dit à son serviteur du nom de Dieu :
    je t’ordonne céans d’actualiser la page,
    cette jachère qui flaire par trop le vieux !

    Dieu s’exécuta, mais auprès d’un prestataire,
    un simple ange déchu qu’on appelait le Diable,
    qui se crut très malin, pour nous les pauvres hères
    de réduire la vie en terme de comptable.

    Toi, mon ami, pourquoi chercher sens à ta vie
    prise en sandwich entre ces deux tranches de mort,
    celle qui précéda et celle qui nous rit
    au nez au bout d’un temps quand on arrive au port ?

    Dieu, puis jésus, son fils, esclave lui aussi
    de l’impériale Mort dirent en aparté
    à l’humain en transit qu’il y aurait la vie
    après la mort subie pour le réconforter.

    Mais hélas ! cet humain, les mâles et femelles
    prirent à mots comptés ce vœu illégitime
    puisque seule la Mort ramassait à la pelle
    l’humus et le compost de l’existence ultime !

    Cette Bible apocryphe à moi fut révélée,
    moi le barde de rien, ribaud dans sa géhenne
    fors son honneur enfin de tout vous répéter
    au risque, je le crains, de vous mettre à la peine.

     

  • Le loup-garou du Cotentin

    Il m’arrive souvent les nuits de pleine lune
    de me changer en loup et d’arpenter la grève
    du côté de Fréval où le Nô sort des dunes
    avant de me happer comme un attrape-rêves.

    J’y vais déchiqueter des souvenirs anciens,
    les mânes de mes morts du temps que j’étais beau
    quand les filles en fleur troublaient le béotien
    avec leur bikini sous un vert paréo.

    Le ressac de ma vie sur l’écume des vagues
    déchaîne en Cotentin sous le vent de noroît
    les embruns trop salés de cette mort qui drague.

    Foin de la nostalgie et sa mélancolie
    que ma lycanthropie dans les ténèbres noie
    aux plages de mon cœur qui me vident l’esprit !

     

  • Démangeaisons

    Et après tant d’années d’une vie atopique,
    ma peau encor’ sensible au foutraque prolixe
    se desquame en secret comme si une rixe
    conduisait à la mort en grattant ce qui pique !

    À force de gratter, mon âme ensanglantée
    se repaît du printemps vers une apothéose
    dont je soupçonne en vrai l’abominable ptose
    de raviver des feux couvant sous le brasier.

    Et comprenez-moi bien, ruffians et ribauds,
    sous la tunique en lin au firmament des glands
    vous pissez du violon quelques regrets de trop.

    Pour sûr je ne suis rien qu’un Bédouin au désert,
    un de ces hommes bleus qui se moque du temps
    tout en pensant tout bas à aimer sa mouquère.

     

  • Un amour contrarié

    Elle aimait le biniou et le pâté Hénaff
    en pays Bigouden. Elle en portait la coiffe
    dans sa chère Bretagne où palpitait son cœur
    avec ce qu’il fallait de petits pots de beurre.

    Lui, c’était le Normand, vivant en Cotentin
    du côté de Cherbourg à l’abri des horsains.
    La Montagne du Roule, elle le protégeait
    des embruns étrangers, ce promontoire en paix

    Andouille de Vire, andouille de Guémené
    auraient dû occulter tout rêve d’hyménée
    entre ces âmes sœurs qu’un Couesnon-Rubicon
    sur le Mont-Saint-Michel avait fatche de con !

    Mais ils se sont aimés malgré tous ces obstacles
    et tous les médisants qui appuyaient leurs tacles
    sans être sanctionnés par les feux de l’amour
    dont les corps endormis affichaient le glamour.

     

  • Dans les bras de l’amour

    Je souhaite mourir dans les bras de l’amour
    au son d’un limonaire extatique et farouche
    avant qu’un flot de sang jaillisse de ma bouche
    comme un feu d’artifice au rouge de velours.

    Matutinalement je sens déjà l’extase
    de mon âme perchée par la félicité
    avec les cormorans sur un noble rocher
    en surplomb de ma vie quand les cœurs s’apprivoisent.

    Les cumulonimbus filent vers l’horizon
    et comme Jésus Christ ne sachant pas nager
    je marcherai sur l’eau, je rejoindrai Lison.

    Demain je renaîtrai au milieu des oyats
    sur la dune de sable au clair de l’hyménée
    dans une extrême transe en son alléluia !

     

  • Les paysages m’ennuient ! (remanié le 11/04/26)

    Je ne voudrais pas me mentir :
    je ne suis pas impressionniste !
    L’eau qui grelotte et qui soupire
    ne fera pas vibrer mon cistre.

    Le coaltar qui brille au soleil
    dans l’outrenoir des lourdes plates ;
    les vaquelottes, les Abeilles,
    ne m’inspirent que rimes plates !

    Entre fort Joret et Fréval,
    sur l’étroit chemin des douaniers
    le côté terre en un frais val
    face à la mer recommencée.

    Chaussés de bottes de sept lieux
    mes pas m’entraînent, rimailleurs,
    vers des utopies et vingt dieux !
    je n’espère rien de meilleur.

    Sentier si souvent arpenté
    sous tous les ciels du Cotentin
    que je m’y perds dans mes pensées
    tempétueuses sur tourmentin.

    Je passe, chaland, sans rien voir
    fors les embruns que je respire —
    si le vent se calme ce soir,
    ils affirmeront leur empire.

    Toi, voyageur impénitent,
    tu me dis de quitter la Saire,
    mais d’autres îles sous le vent
    ne valent pas presqu’île-en-mer !

    Je suis péripatéticien !
    J’aime mieux parler en marchant
    tel ces philosophes anciens
    qui dialectisaient à pas lents.

    Autour de moi un décor flou
    embrumé par la poésie
    des mots jetés à pas de loup,
    sfumato mi-sage mi-fou.

    La vieillesse et la solitude
    éloigneraient l’anachorète
    de la rock and roll attitude !
    Le cénobite, lui, en fête
    marche connecté comme un roi
    grâce à son Galaxy 23 !

  • Barde et histrion

    Barde et histrion,
    moi le thuriféraire ès poésies,
    je reste mirmillon des vers
    n’en déplaise à tous les sycophantes.

    Vous les catéchumènes un peu naïfs,
    épigones sans génie de leur maître,
    ne seriez-vous pas un peu nécromants
    dans l’art funéraire des lettres ?

    J’en ai connu des coryphées,
    des chefs de chœur patentés,
    mais jamais leur posture hésychaste
    ne firent d’eux des anachorètes !

    Quant aux cénobites avec leur rime
    les soirs de grandes embardées
    — loin de tout hypocoristique —
    ne s’embrochaient-ils pas à la queue leu leu
    par des entrelardements couillards ?

    Au glauque usé, mais à l’origine noble,
    je préfère mes chausses de couleur smaragdin
    quoiqu’une touche nacarat
    sied à mon âme gorge-de-pigeon.

    Le diacre errant, le gyrovague
    — révérence gardée au bon saint Benoît —
    se moque des énergumènes
    qui au sommet d’une colonne
    se prennent pour de fiers stylites !

    Je prêche la simplicité
    dans la tenue et dans les mots :
    élégant comme Céladon
    à la fin de l’envoi je touche !

  • Un sonnet au poil !

    De Zanzibar à Tombouctou
    les femmes rasent leur minou
    et moi je suis glabre des joues
    avec pour arme un coupe-chou !

    Le poil toujours recommencé
    qu’il faut sans cesse éradiquer
    comme les ongles sont coupés
    tant sur les mains que sur les pieds.

    Éternel recommencement
    qui occupe tout notre temps
    et pousse après l’enterrement.

    La vie se résumerait donc
    en ce combat et alors onc
    ne vit de baston plus quelconque !

  • Larmes, joie

    Blanche Roche si noire !
    j’en viendrais à l’oublier
    — je suis là titillé par ma vie
    comme un bœuf qu’on tocquerait !

    Ma presqu’île
    — un renard sur la lagune
    derrière les dunes, les oyats,
    un petit champ, trois cabanes, demain le pain !

    Enluminée de larmes
    ma joie, expansion en l’espace, malgré le temps ?
    Tu n’as pas froid mon amour
    sur le tard ?

    La Manche palimpseste recouvre le passé,
    le texte sous le texte, illisible.
    La croix du sous-marin Prométhée déplacée en surplomb,
    les marins gisent au fond de nos mémoires.

    Les tamarins qui bordent le chemin
    font la nique à tous les gabelous !
    Un phoque gris observe le chaland,
    solitude.

    Cotentin, amours enfantines,
    leurs noms perdus,
    bordeaux 1964, frites chez Daniel,
    la plage de Tocquebœuf coupée entre deux communes !

    Tout va bien, très bien même
    inconfort et hiatus :
    ma robe de chambre en lambeaux,
    fragments d’euphorie !

  • Haïku « jiyūritsu » (自由律, « rythme libre) en 5/3/9 du 17 avril 2026

    Cercueil profané
    Son jus coule
    dessinant une âme décharnée

  • L’usine à gaz

    L’Être humain est une usine à gaz
    qui pète et qui rote,
    voilà ce qui me botte,
    car jamais ne m’en blase.

    Même ma mie ô gué !
    pète en catimini
    sous sa jupe mini
    avant d’aller caguer.

    Ne dit-on pas d’ailleurs.
    qu’il vaut mieux péter
    en société
    que de mourir tout seul ?

    Le Bédouin sous sa tente
    au milieu du désert
    rote après le dessert
    ce dont il se contente.

    Qu’une brise d’anus
    pénètre le silence
    embaumant sa fragrance
    au temple de Vénus !

  • La fin du monde

    Je ne veux pas mourir avant la fin du monde,
    monde de mes pensées avec des mots à moi,
    des mots symbolisant sur ma planète ronde
    une réalité dans ma tête de bois.

    L’apocalypse et moi, c’est une vieille affaire
    où mon entendement tout au bout de sa vie,
    ne peut se cramponner même à l’imaginaire
    qui échappe à mes mots dont mon ego se rit.

    Lors mon alter ego — ce réel où je vis —
    mourra donc avec moi, mais vous autres lecteurs
    si vous me survivez par des mots inédits,
    connaîtrez je l’espère un monde idéateur.

    Dans la malle magique à emporter tantôt,
    je range le néant libéré de mes traces
    pour laisser place nette et sans le porte-à-faux
    de mes vains souvenirs encombrant toute grâce.

     

     

  • Le jour où je suis devenu poète

    Je me suis réveillé tantôt
    j’étais devenu ivrogneux
    et par conséquent poéteux
    avec sur le chef un chapeau.

    Je me suis mis à rimailler,
    à prosodier tutti frutti
    des vers aux pieds de Lou Ravi
    et la tête au cul constellée.

    L’alexandrin, son hémistiche,
    n’ont plus aucun secret pour moi
    leurs musiques de bon aloi
    me font danser, c’est la matchiche !

    Ronsard et ses roses fanées,
    Aragon saluant Marie
    et même le copain Jarry
    pourront alors se rhabiller !

    Attention ! ça va faire mal
    quand les muses vont m’habiter
    et de tous leurs feux m’inspirer
    une différence abismale.

    Sur les sommets himalayens
    de la poésie troglodyte,
    je sculpterai des monolithes
    dans un amour marmoréen.

    « Par ma figue » disait Scapin,
    moi, je me sens plutôt pruneau,
    et vous, mes petits haricots,
    admirez ces jolis quatrains !

    Quant aux sonnets s’il faut m’en croire
    je les dédie aux mignonnettes
    qui font rêver ma zigounette
    en ascension, en pleine gloire !

  • Du temps que j’étais un Martien

    Du temps que j’étais un Martien
    moi, le bonhomme vert
    dans une soucoupe volante
    je vis un astre bleu.

    Mon GPS quantique
    m’informa que c’était la Terre
    où j’allais atterrir
    du côté du Moyen-Orient.

    Je refusai donc cette option
    en optant pour l’Europe
    de l’Ouest et surtout cette France
    dont j’aimais le babil.

    C’est à l’ouest de l’ouest
    que je jetai mon dévolu
    dans ce département
    qu’on appelait alors la Manche.

    La presqu’île du Cotentin
    si verte comme moi
    à l’est de l’ouest de l’ouest
    semblait un paradis.

    Je pris comme amer Blanche Roche
    et sur le Fort Joret
    je me poserais sans encombre,
    sans craindre les douaniers.

    Au cœur du multivers
    des femmes toutes nues au bain,
    leurs petits culs tout blancs
    comme des goélands sur l’eau.

    La Normande est bien charpentée
    et pour l’Extraterrestre
    la rencontre d’un nouveau type
    ramonant le cockpit.

    Du coup je n’ai pas vu grand-chose
    fors ce chemin côtier
    me transportant jusqu’à Fréval
    en bonne compagnie.

    Changeant de braquet temporel
    au cœur du multivers
    je croiserais dans les Sixties
    une bande de jeunes.

    L’un, armé d’une caméra,
    filmait ses camarades
    dont ceusses qui mourraient tantôt
    ne connaissant pas l’âge mûr.

    Calibrant mon esprit
    je repris la route vers Mars
    en me félicitant
    d’être du camp des immortels
    comme les dieux de votre enfance.

  • Ainsi parlait le docteur H.

    Après dix ans passés sur les hauts de Cherbourg,
    la montagne du Roule ayant fait son office
    enjoint au bon docteur de redescendre en lice
    et jaser sans détour.

    Sa savante parole auréolée des astres
    aurait dû lui valoir une oreille attentive
    ou du moins accrocher sur les bords de la Dive
    les mots du Zoroastre.

    Mais le bon docteur H. n’invoquait pas un dieu
    refusant la question de l’avant du Big Bang
    qui taraudait l’esprit des humains quand ils tanguent
    sur le commencement.

    Le bocage arpenté sur ses genoux d’airain,
    entouré de ses clos et leurs barrières hautes
    le Doc interpella en poussant à la faute
    l’autochtone, parchin.

    Alors il s’arrêta au milieu d’une chasse,
    un chemin tortueux conduisant à la mer,
    et se mit à plaider sur ce lopin de terre
    seul et de guerre lasse.

    Et voilà ce qu’il dit au vent et aux embruns,
    quand il eut retrouvé le sentier des douaniers
    Face à la Blanche Roche et son nez tout crotté
    à l’abri du chanfrein :

    Peut-on aller plus au nord que le pôle Nord
    sur la sphère terrestre à l’instar de ce monde
    où il n’est pas correct de danser dans la ronde
    sans ses effets de bord ?

    Et le doc ajouta en élevant le ton
    contre les religions qui nous enferment dans
    une absurde question sur le commencement
    en l’aporie des thons :

    Le temps n’est pas un réceptacle où nous vivons
    et l’espace non plus en théorie quantique
    chantons l’alléluia du multivers épique
    où nous dériverions.

    Le pauvre docteur H. s’étant pris un râteau
    revint sur la lagune en son enfoncement
    et laissa les blaireaux prier au firmament
    en jouant de l’appeau.

    Car à la question de l’avant se posera
    celle de l’après : qu’est-ce qui est plus au sud
    que le pôle Sud ? – Va ! intercepte le Scud
    des qui croient au delà.

  • Oyez mes amis

    Oyez mes bons amis le doux chant des oyats
    s’accordant à la brise au plus haut de la grève
    sur les dunes plantées où un beau jour baya
    le cri des goélands qui s’affament sans trêve.

    Je chante les ormeaux et même les tourteaux
    au milieu du varech quand la mer se retire
    et que les basses eaux découvrent in quarto
    le vélin poétique enroché à mes dires.

    La bitte d’amarrage à mon cœur, frêle esquif,
    retient mes sentiments en toute déraison
    et mes larmes gonflent quelques vers apocryphes
    dont je m’émeus enfin trop tard pour la saison.

    L’embrun en mes poumons respire sans tarir
    l’iode et le vent du Nord afin que nul ne meure
    après qu’il a franchi le cap des souvenirs
    ancrés au plus profond d’une vie de passeur.

    Que les puces de sable, amphipodes côtiers,
    sautent sur la chair fraîche étalant ses appas
    et piquent les culs blancs des femmes de l’été
    avant de nettoyer les ne-m’oubliez-pas.

    Mais je sais des moyens pour soulager ta peau
    avant que la mer monte et chasse nos ébats
    dans les enfoncements et la cache à-propos
    de nos amours fortes au son d’une Zumba.

  • Le chemin de Damas

    1. sonnet

    Je vivais dans le stupre et la fornication
    comme un Sardanapale à Sodome et Gomorrhe
    et au Capharnaüm de mon esprit retors
    parmi les bras cassés combien tordus du fion.

    Les femmes lascives trouvaient gré à mes yeux
    et ma lubricité se livrant dans les claques
    de l’Asie du Sud-Est où sévissaient les macs
    observant nos vices et nous filmant au pieu.

    Pourri jusqu’à la moelle, assez de maladies
    m’accablaient de leurs maux et j’en mourrais bientôt
    dans une puanteur à chasser mon ego.

    Allez, ne lisez pas mes viles poésies,
    leur prosodie bancale aux rimes folkloriques,
    dont le pet de lapin vire au scatologique.

    *****************************************

    2. contre-sonnet

    Un jour saint de printemps sans que j’en fisse emprunt
    la foi me pénétra lors moi qui tant de fois
    t’en avais pénétrée, Marie-couche-toi-là,

    je sentis par la grâce un esprit qui m’empreint
    rachetant mes péchés et le plus grand de tous
    qu’en naissance on acquît, l’originel, mahousse !

    Le poète maudit fut à l’instant béni
    et porta la parole et la bonne nouvelle
    à tous les mécréants qui faisaient la part belle
    aux croyances sans fond, aux pratiques impies.

    De bonne heure à l’église en priant doux Jésus
    je suis à l’unisson des gens bien comme il faut
    et d’ailleurs je me vautre au firmament des mots
    dans une parousie rédimant le bizut.

  • La fable de l’auteur, du narrateur et de leur personnage (version remaniée)

    Je ne l’ai pas quittée sur le quai d’une gare
    après l’unique nuit et en lui promettant
    de se revoir bientôt pour d’autres moments rares
    à chercher l’harmonie jusqu’à la fin des temps.

    Je l’ai assassinée. Qu’elle ne souffre pas
    après avoir goûté au bonheur absolu
    dans les bras d’un amant, et ce jusqu’au trépas
    que je lui procurai à terme révolu !

    Je ne l’ai pas tuée par pure jalousie,
    ou par basse vengeance, mais par une empathie
    ne témoignant de fait que de l’euthanasie
    qui épargne son cœur en son idiopathie.

    Lectrice, poétesse aurais-tu la nausée
    en lisant ce billet qui te semble incongru
    en regard de la femme, et ces faux hyménées,
    invoqués par les tueurs en leurs coquecigrues ?

    Car l’auteur que le suis réprouve cette engeance ;
    le narrateur du récit constate les faits ;
    Le personnage, lui, vit sa vie, s’en balance ;
    on peut le regretter au sein de vers suspects.

    Je ne suis pas un monstre, affirme Dom Juan,
    c’est par humanité que j’aurais empêché
    à ces femmes d’un soir de errer à pas lents
    après avoir connu en l’amour son acmé.

    On accuse l’auteur, qui vit depuis des lustres
    avec sa régulière et fort bourgeoisement,
    ne fût-ce qu’une fois comme ces tristes rustres
    de s’associer au crime, alors qu’il s’en défend !

    Quant à son narrateur pris au piège du su
    et de l’insu même de tous les personnages
    qu’il ne cautionne pas, il se poste à l’affût
    dans les failles des mots donnés en apanage.

    Foin de ces arguties, le juge condamna
    l’auteur, le narrateur et le vil personnage
    à la peine commune afin qu’on soulignât
    cette complicité en leur embobinage.

    Moi, je ferai appel de cette décision
    tout en présentant aux familles mes respects,
    mais en revendiquant d’écrire sans passion
    la part d’ombre de nous sous notre cuir épais.

  • Au terme de mon temps

    Au terme d’une vie passée dans l’opulence
    d’un palace au palais, de jets privés en Rolls,
    je n’ai aucun regret d’une telle existence,
    baignant dans le caviar à la louche de ruolz.

    J’aurais pu composer en mille et une nuits
    un harem impérial avec toutes les femmes
    qui eurent le bonheur de partager mon lit
    autant qu’il fût possible au paradis des âmes.

    Ma dernière lubie, pour ces quelques années
    avant que mort s’ensuive et d’aller au tombeau,
    sera d’un monument, d’un riche mausolée,
    jeter l’ombre éternelle à la face des sots !

    En attendant ce jour, n’en déplaise au jaloux
    je consacre mon temps avec munificence
    entre thésauriser des rêves encor fous
    et mon jardin secret sur les bords de la Rance.

    Toi qui mourras petit comme tu as vécu
    et dont le quotidien entamé en géhenne
    ne décolla jamais, pas plus haut que ton cul,
    suicide-toi céans, car tu fais de la peine.

    Et voilà que le vent enflamme les nuages
    emportant avec lui les ailes du géant
    que je suis sans conteste au sommet de mon âge
    dans un vrai tourbillon sans souci du néant.

    Un nouvel avatar dans un transhumanisme
    dévolu aux puissants me réincarnera
    en d’autres galaxies et à travers le prisme
    de cette poésie pour des soirs de gala.

    Le saligaud de pauvre en proie au désespoir
    se raccroche à un mythe, en un prêt-à-porter
    au chœur de son église et comme un à-valoir
    sur la promesse vaine enkystée du curé !

  • Jean, un jeune patriarche de 101 ans

    Adam engendra Seth à 130 ans, Adam vécut 930 ans.
    Seth engendra Hénoch à 105 ans, Seth vécut 912 ans.
    Hénoch engendra Mathusalem à 65 ans, Hénoch vécut 365 ans.
    Mathusalem engendra Lémek à 187 ans, Mathusalem vécut 969 ans.
    Lémek engendra Noé à 182 ans, Lémek vécut 777 ans.
    Noé engendra Sem, Cham et Japhet à 500 ans… Noé avait 600 ans quand il y eut le déluge.

    Jean, lui, est né en 1925, à La Belle Époque, il n’a que 101 ans.
    Jean débute donc sa carrière de jeune patriarche.
    Jean engendra avec Andrée 4 enfants
    Thierry, qui engendra avec Gisèle : Morgan;
    Catherine qui engendra avec Jean-Luc : Cyril et Alexia ;
    Cyril qui engendra avec Coralie : Sam et Billie ;
    Sophie qui engendra avec Thierry : Vincent et Léa ;
    et le plus vieux, Marc, un gamin de 75 ans qui engendra avec
    Catherine : Nicolas.

    Dans sa datcha des Casernes
    Jean est le roi du pétrole pour sa Citroën C3
    et quand il arrive à Saint-Pierre-Eglise
    avec son bâton de berger
    on le salue bien bas et même
    on lui déroule un tapis rouge !

    Et nous voilà autour de lui à L’Hirondelle,
    cette brasserie L’Hirondelle qui fait bien le printemps en ce 2 mai 2026.
    et nous le célébrons,
    Jean le mérite bien !

    Et je conclurai par une maxime célèbre de Cherbourg à Villedieu-les-Poêles :

    VIVE DIEU LES POILS !

  • Sur l’île Malabar

    Sur l’île Malabar, moi qui étais chétif,
    je venais pour une étude ornithologique
    dans l’océan indien au cœur de ces tropiques
    où la femme débarque en pagne et sans sous-tif.

    Cette île inhabitée de l’atoll des Seychelles
    constitue bien une réserve naturelle
    avec en plein sud une forêt de mangrove
    et ses palétuviers où les amours se lovent.

    Animaux à plumes, belles plantes à poil
    s’y disputent les fleurs et les baies parfumées
    qui enchantent les sens et jettent comme un voile
    sur les tendres ébats des petits culs bronzés.

    Vous les femmes topless, les oiseaux à mamelles,
    J’ai étudié vos mœurs à la saison du cœur
    consignées dans un gros livre de riches heures
    dont je peux me vanter d’y extraire le sel.

    Les Malabars sont au parfum,
    et plus que nul autre péquin,
    se baignent avec les requins
    au risque de l’amour sequin !

  • Comme un oiseau sur sa branche

    Comme un oiseau sur sa branche,
    je modulerai mon cri
    pour que la femelle tranche
    qui partagera son nid.

    Comme un phacochère en rut,
    Je grognerai dans la boue
    pour que la laie si abrupte
    choisisse son bel époux.

    Comme Syd, l’ornithorynque,
    je soufflerai dans la vase
    pour tenter à midi cinq
    de pêcher une bourgeoise.

    Alors dans le Cotentin
    Je chanterai pour la faune,
    pour la femme qui parchin
    ovulera sur son trône !

  • A l’oreille des femmes

    Les femmes, c’est connu, aiment les musiciens
    et moi tantôt je joue du cornet à pistons
    transportant le beau sexe à l’orée des passions
    que seule une harmonie exprimera parchin.

    Passons du coq à l’âne en ces temps où les armes
    réduisent le silence envers et contre tout
    ajoutant un bémol à la clef des boujous
    dont une Normandie arrachera les larmes.

    Moi et ma mie chantons Frère Jacques en canon
    et nos voix répétant la même mélodie
    recherchent l’idéal : franchir le mur du son,

    car au lit, mes amis, nous élevons notre âme
    et purifions nos corps vers l’eschatologie
    n’en déplaise aux ribauds quand les cœurs purs se pâment !

     

  • Les haricots du désert

    J’ai vu des haricots pousser dans le désert,
    des femmes sans vertu haranguer le Seigneur,
    leurs hommes si petits qu’ils cachaient sous des fleurs
    une âme détrempée par la rosée amère.

    J’ai senti que l’amour porté à son acmé
    cherchait aux alentours un peu de l’utopie,
    dans l’espoir idéal de cet autre pays
    où seul un opéra imagine Lakmé.

    Parfois à la minuit je me demande encore
    pourquoi cette nuit noire alors que les étoiles
    brillent de tous leurs feux et déchirent le voile
    entre nous et le ciel dans un dernier accord.

    Et puis le phacochère au cœur de la savane
    se méfie de ce buffle assassin, acariâtre,
    toujours prêt à charger comme cet idolâtre
    admirant sans compter la mort qui se pavane.

    Je ne veux pas mourir avant la fin du jour
    au coucher du soleil lorsque son rayon vert
    tire un trait de folie aux confins de la mer
    et que le crépuscule ajuste ses atours.

    Moi qui viens de partout, jamais de nulle part,
    je m’arroge le droit de partir sans détour
    au gré d’une girouette arrimée à la tour
    du château que je rêve enchanté sur le tard.

    Voici escamotant les délires passés
    un tour à ma façon pour que jamais ne lasse
    une ironie du sort qui jette dans l’impasse
    l’origine du monde au prix de l’hyménée.

  • Madrigal pour Miss Petrie

    Et si je vous disais combien je suis pétri
    de bonnes intentions envers vous, Miss Petrie ?
    Peu s’en fallut d’ailleurs que vos yeux en amande
    se fixent, avouez-le, sur mes yeux à l’amende
    et invitent nos cœurs à sceller leur ardeur
    dans l’entrelardement dont je suis le hardeur ?

  • Ma frivolité

    Au temps déjà ancien de ma frivolité
    où j’avais gaspillé tant de femmes vertueuses
    – excepté les enfants reconnus par milliers –
    j’avançais dans la vie comme une eau sabloneuse.

    Le ribaud que j’étais en sa ribauderie
    bousculait de l’amour la pratique du tendre
    laissant derrière lui vile plaisanterie
    que je renie tantôt avant que l’on me pende !

    Aussi ne plaignez pas ce pauvre missionnaire
    qui déconfit alors, armé de son piston
    en position de pompe, une Vénus amère.

    De même le poète, accroché à des rimes,
    s’arroge le pouvoir de pousser sa chanson
    en oubliant qu’il fut un forçat de la lime !

  • Revoir le Pakistan

    Revoir le Pakistan ! dernière volonté
    d’une âme bien trempée qui ne se trompe pas
    en parlant cet ourdou des routes de la soie
    recouvrant ma dépouille avant d’être brûlée,

    car j’aimais le Penjab et son riz basmati
    dont je me régalais du temps de ma jeunesse
    avec un maquereau pêché sur la côte est
    d’un Cotentin frileux, au port du cap Lévi.

    A la fin de l’hiver je quittais la presqu’île
    à bord de mon drakkar ; et la mer d’Arabie
    m’offrait son littoral où j’accostais la nuit
    afin que le matin je sente sur mes cils

    le soleil se lever en toute liberté
    dans le secret du cœur et malgré qu’on en ait,
    je savais des pays ne connaissant la paix
    qu’au prix d’un abandon de toute humanité.

    Tocquebœuf, le berceau de l’amour commençant,
    jetait un pont frisquet vers ces contrées lointaines
    qu’au début du printemps j’empruntais en mitaines
    quand je humais l’appel de mon Baloutchistan.

    J’emportais avec moi un peu de ce granit
    qui fait le paysage entouré de murets
    où la vache rumine et où le quetton braie
    avant de retrouver du Pakistan les mythes.

    Oo-de-lally, oo-de-lally, que de belles contrées !
    Je me souviens très bien, les deux faisant la paire :
    du pays de l’Indus, celui du Val de Saire,
    terreau imaginaire ! ô mes patries rêvées !

  • La révélation

    Je n’ai pas, il est vrai, le cœur à badiner,
    car tantôt je me vis à une extrémité
    hypothéquant mon âme, éloignant mon esprit
    ainsi que le malin fait en sa compagnie.

    Quand un secret trop lourd pour votre entendement
    sacrifie la raison sur l’autel de ce temps
    où le poids de l’offrande annihile l’espoir,
    on se prend à penser qu’il faudrait le vouloir.

    Mystère trop épais, énigme sans appel
    et je me sais contraint, guidé par un scalpel
    pour trépaner mon crâne à la face des gens,
    de refouler mon rêve en les décourageant.

    Je n’irai pas plus loin dans cette confession
    si j’en crois ce qui crût sans autre idéation
    au tréfonds d’un cerveau en proie à la phobie
    qui impulse en chacun des mots tout ébaubis !

  • La saloperie

    Nous marchions de concert, mon ami Louis et moi,
    et la brume de mer envahissait la grève,
    estompait le décor d’un sfumato de rêve,
    quelques gouttelettes perlant sur les suroîts.

    Nos pas nous entraînaient tantôt et à tâtons
    sur un téton rocheux dont la patte du temps
    forçait le repentir et de l’eau et du vent
    quand soudain, Louis s’arrête, arqué sur son bâton.

    Il relève la tête et tout à trac me dit
    sans préambule aucun et à brûle-pourpoint,
    la mâchoire crispée et en serrant le poing,
    qu’il veut que nous parlions de la saloperie.

    Cette saloperie comme un serpent de mer
    s’invitait entre nous, péripatéticiens
    arpentant le futur sans que Louis fasse sien
    le silence du soir accordé au grand air.

    Nous avons disserté quant au coup de mistoufle
    où la saloperie en mille éclats de vers
    agonisait de mots par son magma d’enfer
    le digne philosophe et le fieffé maroufle !

  • Le message

    Après la collation, j’ouvris ma boîte mail
    comme on ouvre une boîte avec tous ses secrets.
    Lors, comble de l’intrigue, un message attendait
    et quoi qu’on die, ce n’était pas demain la veille.

    Point de bonne nouvelle, à la flan, trouducune,
    car le message écrit d’une étrange clarté
    semblait m’interpeller voire communiquer
    au-delà de ses mots l’ombre portée des lunes.

    Immarcescible attrait pour jamais déchiffré
    à l’aune de Pandore en sa boîte magique
    que ce coquin de sort toujours anthologique
    me délivrait céans d’énigme élucidée !

    Moi, le pauvre dément, je lis et je relis
    un contenu sans forme et pourtant explicite
    dont il convient tantôt que je le plébiscite
    et vous en fasse part fors tous ses friselis.

    Dussé-je vous choquer par ces tintinnabules,
    écoutez le récit peu commun je l’avoue
    à la tombée du soir, au jardin rendez-vous
    avec la ribambelle attitrée des bulbuls.

    Merdre! j’ai supprimé le mail !

  • Enfin la vérité

    Je marchais à grands pas, car j’avais rendez-vous
    avec la vérité.
    Or depuis des années
    le pot aux roses fuit en un jardin tabou.

    Malgré la fraîche du matin, je l’espérais
    cette vérité vraie
    qui tirerait un trait
    sur ces années d’errance au cœur des roseraies.

    Qu’on me mette au parfum des choses de la vie
    que j’avais respiré
    sans en être inspiré
    et qu’enfin la fragrance enchante l’icelui !

    Un peu d’appréhension empêchait toutefois
    l’esprit de divaguer
    en toute humanité
    aux lendemains chantants quand j’atteignis le bois.

    Sous un antique chêne, elle me souriait
    cette vérité dont
    le berger Céladon
    eût enflammé l’Astrée, ce malgré qu’il en ait.

  • Dov’è la casa del ballerino Livio ?

    Dov’è la casa del ballerino Livio ?
    Naples évidemment ! la ville est un ballet
    où chacun se faufile et dont le Vesuvio
    vous donne le tempo au milieu des palais.

    Et tous les angelos de Capodimonte
    aux ailes porcelaine en un furieux désir
    sur la haute colline embrassent des palmiers
    frôlés par les avions qui vont y atterrir.

    Cacophonie divine aux oreilles du sage
    qui poursuit sur la baie et ses jacarandas,
    d’une mauve harmonie parmi l’aréopage
    des oiseaux de passage, une mort falbala !

    Et l’ombre de Totò et de Pasolini
    rappelleront que Des oiseaux, petits et gros
    — italien Uccellacci e uccellini -—
    transportent pour jamais les âmes des zozos !

    Napoli ! Napoli ! où es-tu Napoli ?
    dans la ruelle étroite et le linge pendu
    qui fait vivre l’humain dans une eau friselis
    et son charme passé, pas du tout révolu !

  • Un pourceau d’Épicure

    Oui ! je vis dans la joie sous les toits de Paris
    où je suis comme un roi, un roi dont les envies
    font la loi à l’envi et se rient sous la soie
    des draps de tous les lits lors qu’ils plient ses émois.

    Je jouis de bon aloi et vois sans qu’aucun cri
    s’allie par un grand froid au poids d’un juste prix
    quand la foi d’un mari rime avec ses deux bois
    qui croissent dans la nuit si sa mie boute-joie !

    Le charroi de ma vie au pire de ma foi
    s’emploie et se renie en la purée de poix
    qui s’écrit par l’emploi d’une croix enrichie
    du bruit de tant de voix que l’on croyait bénies.

  • Était-ce toi ?

    Était-ce toi m’amour
    que je vis l’autre jour
    danser au Zimbabwe
    dessous la canopée ?

    Tu semblais si gracile
    et pourtant si fragile ;
    lors moi le phacochère
    je ne pouvais me taire.

    On dit dans la savane
    que l’herbe se pavane
    en te sentant croquer
    la vie en plein été.

    Moi, de mes yeux porcins,
    j’admire ton bassin
    dont le déhanchement
    fait trembler l’éléphant.

    Plus d’un singe grivois
    succombait sous ta loi
    et même ironisait
    sur tes cheveux de jais.

    Je me prends à penser
    que tout cet hyménée
    a rapproché nos cœurs
    comme deux âmes sœurs.

    Qu’il est beau quand il pleut
    ce paradis de peu
    où nous folâtrions
    au gré de nos passions.

    Je me souviens encore
    de nos tendres accords
    du temps que de l’amour
    nous grimpions dans les tours !

  • Après l’errance

    Après avoir erré au milieu des vivants,
    je m’encanaillerai parmi tous mes amis,
    morts. Dans la nécropole, aux confins du présent,
    nous chanterons l’amour et le vert paradis.

    Les oiseaux de malheur y seront interdits
    et seuls les colibris et tous les oiseaux-mouches
    pourront s’y reposer et y faire leur nid
    tout en zinzinulant des cris de bonne bouche.

    On me dit que jamais l’au-delà utopique
    ne concentre la joie des vrais commencements
    alors que la fureur de ces tristes tropiques
    annihile l’espoir et les poissons d’argent.

    Congratule l’envie en séance plénière,
    car malgré le passé et ses colifichets
    je veux outrepasser ma tendance guerrière
    au profit d’un sourire entre nous imparfait.

  • Errance poétique

    Je ne voudrais pas qu’on
    croie tout ce que je dis,
    car si je joue au con,
    je ne sais pas pour qui !

    Et quant à ce pourquoi
    qui taraude mon ki
    comment j’en reste coi
    alors que je m’en ris ?

    Le corbeau croassant
    se moque de l’époque
    et de tous ces passants
    qui du mensonge en croque.

    Un renard camembert
    se prend pour un goupil
    et dans son jeu pervers
    à la fin se défile.

    Combien le vers bancal,
    refusant de compter,
    trempe dans une eau sale
    ce qu’il faudrait de pieds ?

    Je me demande encore
    — en tout bien tout honneur —
    si l’honnête pécore
    en fera son quatre-heures.

    Et toi que je révère
    — et malgré qu’on en ait —
    toi le père sévère,
    tu uses tes jamais.

    Mais voilà qu’il est tard
    et je vais me coucher,
    moi, le fou, le bâtard
    m’apprêtant à rêver.

  • Un secret bien caché

    Ce secret bien caché
    dont on perdit la clé
    je l’avais retrouvé
    au fin fond du grenier.

    Et donc au chalumeau
    trouvé sur le carreau
    je lui sciais l’anneau
    à ce cadenas gros.

    Dans la malle au trésor
    parmi bien des remords
    Il gisait mirliflore
    sans soucis du folklore.

    Le secret était là
    qui n’attendait que moi
    pour un doux attentat
    au regard de la loi.

    Mais je passerais outre
    curieux comme une loutre,
    tel un méchant jean-foutre
    avec dans l’œil la poutre.

    Car le secret béni
    m’avait tant ébloui
    que mon âme ravie
    en resta ébaubie.

    Alors, comment vous dire
    qu’en pinçant une lyre
    ma poésie du pire
    vaudrait pour un satyre.

    Je suis le bouc en train
    et jamais je le crains
    dans l’excès de trop-plein
    repaîtrais votre faim.

  • Le bel canto

    Par un jour de ciel bleu
    sans nuages, sans masque
    où je traînais mes basques,
    on me fit les grands yeux.

    Et dans ce Pays basque
    au joyeux camaïeu,
    terre de tant d’aïeux
    je découvris la vasque.

    Cette cuvette en marbre
    ornant une fontaine
    dont on voyait les veines
    m’invita sous son arbre.

    Les grands yeux m’attendaient
    et la bouche coquine
    aux lèvres d’opaline
    sur un banc souriait.

    Je souriais aussi
    et lui prenant la main
    lui dis d’un ton badin
    ne pas être d’ici.

    Comme une haie d’honneur,
    la rangée de platanes
    ombrait mon Occitane
    au doux parfum d’ailleurs.

    Je lui fis des avances
    qu’elle accueillit ma foi
    dès la première fois
    en bonne intelligence.

    Je l’épousai tantôt
    il y aura trente ans…
    et tous nos beaux enfants
    chantent du bel canto.

  • Si je meurs demain

    Mais si je meurs demain
    où irai-je me reposer ?
    Et je serai dépossédé,
    donc endormi par un triste destin ?
    Or je ne vois pas d’issue
    ni par l’esprit têtu
    ni pour trouver les mots,
    car je file le faux.

    À la mer des Sargasses
    à midi ou à minuit,
    dans la peur, sans abri,
    éparpillé — impair et passe —
    depuis mille ans d’un passé cru
    sous le hasard, pendant la pluie
    derrière le jardin et le temps imparti,
    je m’égarerai en haut des nues.

    Je viens de mes atomes
    et y retournerai
    si fait que les arômes
    qui m’habillent de frais
    parfument mon amour
    alors qu’au gré du vent
    je sens que nos atours
    rappelleront nos bans
    dans les photographies
    encombrant notre vie.

  • Le petit poil au cul, le petit poil au nez

    Un petit poil au cul qui s’était incarné,
    on l’arracha tantôt sans plus d’aménité,
    il se mit à voler par la fenêtre ouverte,
    on le perdit de vue, le laissant à sa perte.

    Un petit poil au nez sortait de la narine :
    le vieil homme velu ne payant pas de mine
    arracha lui aussi le follicule intrus
    qu’il jeta dans le vent comme le poil au cul.

    Le petit poil au cul, le petit poil au nez,
    tous les deux orphelins, voire désespérés,
    du haut de la maison se virent en plein vol,
    retardèrent la chute avant de choir au sol.

    L’amour les réunit et d’un commun accord
    ils fuirent leur destin, et le corps, et ses pores
    pour une vie de rêve à l’abri de ces pinces
    où pour l’épilation, tous les poils on évince.

    Il semble qu’au Pérou ils cachent leur amour;
    que la Cordillère des Andes pour toujours
    protège en ses sommets toute pilosité
    attisant la chaleur sans la curiosité.

  • Pourquoi je suis heureux

    Et si je vous disais pourquoi je suis heureux,
    vous ne me croiriez pas.
    Une mouche qui pète, un chat qui vole bas
    me rendent tout joyeux.

    Le secret du bonheur, pour sûr, je l’ai percé
    et la mort peut venir
    avec ses chabadas sur la carte du pire,
    va ! retourne au Léthé !

    Eh toi ! mon agnelet ! tu voudrais que je livre
    l’énigme de la vie ?
    Je ne partage pas avec toi, l’ébaubi,
    des versets de mon livre.

    Allez ! ne pleure pas, car tel un bon apôtre,
    je te délivrerai
    un pan de ce secret en exclusivité
    dans une patenôtre.

    Assieds-toi mon ami, ouvre grand tes esgourdes
    et ne m’interromps pas
    puisque je parlerai à l’oreille tout bas,
    pas une oreille sourde.

    Il était une fois dans notre galaxie
    une planète bleue
    aussi bleue que la mer, excuse-moi du peu,
    du lapis-lazuli.

    Je n’en dirai pas plus, car j’en dis déjà trop,
    trop à tes yeux impies,
    pas assez pour que moi, je te donne l’envie
    de dépasser l’intro.

    Qu’on me laisse au bonheur et à l’ataraxie
    dont je suis le porteur
    et que dans l’avenir tu ne fasses ton beurre
    sur le dos des maudits !

  • Mes élucubrations

    le cœur est sous le sein
    bien caché à dessein
    et quant aux pectoraux…
    font la pige aux poteaux.

    C’éto bientôt l’été
    sur les bords du Léthé,
    je vais sans plus attendre
    y aller pour me pendre.

    Pour se pendre dans l’eau
    sous le pont Mirabeau ?
    Buvons la mirabelle
    et trinquons à l’icelle !

    Et la guerre en Iran,
    et celle du Liban ?
    J’envisage le pire
    au terme des empires.

    Pour ses quatre-vingts ans
    — ses quatre fois vingt ans —
    Donald, comme Mickey,
    vous fiche son billet.

    Je me sens à l’étroit
    au milieu du détroit
    et je veux du pétrole
    pour mener ma girolle.

    Je suis dans le déni
    de celui qui ne dit
    pas le fond de son cœur
    en raison du prompteur.

    Et je vas au marché
    trâcher du bon café
    en ce pays de Caux
    où il ne fait pas caud.