recueil – Prune : collection rouge 2025

  • La nuit souvent je dors

    Dans mon lit souvent je dors,
    Mais quand je ne rêve pas
    Je repense à ces trésors
    Cachés sous mes falbalas.

    Mon vieux pilou pelucheux
    Protège ce corps jeté
    Dans un esprit curieux
    Au creux de mon cher passé.

    J’espère encore un chaland
    Au futur antérieur
    Quand nous aurons pris le temps
    D’un instant de pur bonheur.

    Installons un baldaquin,
    Un merveilleux ciel de lit
    Où perdre nos regards coquins
    Après les joies de la nuit.

    Alors on frappe à ma porte :
    C’est le livreur de Bo-Bun
    À qui d’une voix accorte
    Je dis : « Fly me to the moon » !

     

  • Diogène et moi

    De son tonneau Diogène avait cherché un homme.
    Moi, la femme, j’aurais aimé qu’il fût un baume
    à mon désir, cet homme, le doux gentil en somme,
    pelotant notre amour en un beau jeu de paume.

    Parfois j’ai rencontré en sautant une haie
    sur ma route au hasard un peu d’humanité
    qui procura chez moi ce vain traité de paix
    trop vite rejeté par manque d’équité.

    Ô ils n’ont pas manqué toutes ces bonnes pâtes
    de me faire la cour, reluquer mes appas
    comme ce gros toutou qui dans son bol d’eau lape.

    À Paris, au musette où danser rue de Lappe
    croiserons nos égos avant notre trépas
    pour un dernier tango — à moins que tu t’en tapes !

  • Il n’a pas inventé la poudre

    Il n’a pas inventé la poudre
    Ni même la bombe atomique :
    Une ignorance pathétique,
    De guerre ce n’est pas un foudre !

    Il ne pollue pas la planète,
    Respecte la couche d’ozone
    Et de la flore et de la faune
    Il en conçoit comme une Mecque !

    Le réchauffement climatique
    Ne lui doit rien assurément
    Son pouvoir d’achat et l’argent
    De tout cela il ne se pique !

    Mon chat serait-il un peu bête ?
    Dans quelle galaxie vit-il ?
    Jamais ne se fait de la bile,
    Que se passe-t-il dans sa tête ?

  • L’homme est un loup pour l’homme

    L’homme est un loup pour l’homme et je sais des barzoïs
    attendant de ma part qu’on sonne l’hallali
    afin de l’égorger dans sanglante partie
    où l’effluve se mêle à mon eau de monoï.

    Quel fier lévrier russe et digne du Bolchoï
    poursuivant l’Ysengrin dont l’étoile pâlit
    devant ces canidés avant toute ordalie
    chantée par le trouvère en belle langue d’oïl !

    Ô toi le loup trop lourd qui toujours nous rabaisse,
    attention à mes chiens quand détachant leur laisse
    je libère l’ardeur vers quoi tend leur duo.

    Je veux de l’amour fou, pas d’ersatz romantique,
    car le féminicide — aux dires du bourreau —
    ne serait que le fruit d’un amour pathétique !

     

  • Sonnet du sansonnet

    Le ciel s’emplit soudain d’un étrange froufrou :
    L’étourneau sansonnet, virtuose en parade
    Imite les accords d’une cloche malade
    Et jette à ce vent d’août ses refrains de quat’ sous.

    La voix en son gosier de bel imitateur
    Tantôt grave et profonde, ou bien vive en cascade
    Fait écho au passé d’une plainte en ballade
    Qui devient, sans sonnet, promesse de bonheur.

    Moi, pauvre rimailleuse exprimant sa détresse
    Je rêve du velours de rimes en souplesse
    Que l’art accorderait à toute strophe inquiète,

    Car lui, le sansonnet réinvente un sonnet
    Et de son bec jaillit la musique concrète
    Quand moi je la trahis – roupie de sansonnet !


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  • Au pays des hommes nus

    C’est au pays des hommes nus
    Que maints Apollons callipyges
    De leur séant faisaient la pige.
    On n’y était jamais déçu !

    J’avais descendu l’Amazone
    Sur la pirogue balancière,
    Moi, l’orpailleuse braconnière
    Enivrée de milliers d’arômes.

    De ces Adams au Paradis
    Je vis entre les frondaisons
    Nombre de bijoux polissons
    Qui me mirent en appétit.

    J’accostai sur la rive ô gué !
    Et sortant mon harmonica
    Je déclenchai une bronca,
    Ma bouche rêvant de baisers.

    Monde superbement divin,
    Romantique, passionné
    Sans qu’aucune naïveté
    Jetât son voile puritain.

    Nos ébats firent des émules
    Et bientôt la forêt bruissa
    De mille cris de cette ola
    Qu’un sort puissant, en joie, stimule.

    L’or m’attendait un peu plus loin.
    Je dus quitter ce doux pays
    Où les cent hommes m’ont bénie.
    Cela, vous en êtes témoins.

    Il paraît que ces hommes nus
    Vivent toujours nus, mais parés
    De pépites d’or en collier,
    Cet or qui leur fut dévolu.

    On dit que la belle orpailleuse
    Qui s’arrêtait le long du fleuve
    Y honorait avant qu’il pleuve
    Ces myrmidons cherchant la gueuse.

  • Je suis une harpie

    Je suis une harpie enfermée dans la cage
    qui lui sert de prison à la vue du regard
    des benêts de l’enfer se pensant de passage
    alors qu’ils sont cloués sur leur vie de hasard.

     

    Une sorcière en moi un peu anthropophage
    se repaît al dente d’une âme à manger tard
    par un tour de magie, dont le triste apanage
    demeure vers minuit le foutraque bazar.

     

    Sans qu’on me le concède une goule pas sage
    sommeille dans ma tête et je vous prie de croire
    qu’en suçant votre sang avec toute sa rage
    elle aura de vos corps l’héritage des hoirs.

     

    Pourtant si je pouvais enfin tourner la page
    à Brocéliande, calmer mon désespoir
    dans les bras de Merluche, un enchanteur hors d’âge
    entouré de ses fées chatoyantes en moire.

  • Mon idéal

    Je veux de l’idéal retrouver l’harmonie
    dans la sphère céleste où file mon étoile
    qui éclaire mon âme au cœur de cette nuit
    vers l’ailleurs de l’esprit quand le corps met les voiles.

    Une folle équipée projette sur la toile
    le désir sensuel pour qui aime la vie
    d’un film au ralenti faisant dresser les poils,
    l’émotion palpable au soir des ressentis.

    Malgré le temps qui passe en cette année bénie,
    je m’enchante un instant, transi jusqu’à la moelle,
    du bonheur absolu sublimant mes envies.

    Tu vois que malgré tout en spectateurs ravis
    de notre impéritie à attiser le poêle
    nous nous réchaufferons sous notre ciel de lit.

     

  • De l’amour

    L’amour est ainsi fait qu’on en demande encore,
    ce qui n’est pas le cas de la mort et pour cause !
    J’ai connu des amants qui se donnaient la mort,
    mais jamais des défunts voyant la vie en rose.         

    Les danses macabres n’ont plus cours aujourd’hui
    ni les karaokés dans tous les mausolées,
    car tous les bals perdus préféreraient la vie
    même dans les EHPAD aux rythmes syncopés.

    Alors me direz-vous, quid des petits bisous
    au fin fond de la Creuse qui n’aspire qu’à rejoindre
    la Seine sans façon et son cœur d’amadou ?

    J’en conclus in fine par un appel aux feux
    de l’amour du prochain où l’on sent toujours poindre
    des bribes de folie malgré la mort en creux !

  • Le tatou au bois du loup

    C’est un tatou au bois du loup
    qui vivait sans aucun tabou
    quand il entraînait au taillis
    une qu’acceptait la saillie.

    Ce mammifère placentaire
    se rengorgeait tellement fier
    d’une Amérique tropicale,
    lui, le fossile aux mille écailles.

    J’avoue que mon ami tatou
    de goût ne commet pas de faute
    lorsqu’il se roule dans la boue.

    Moi qui arbore mes tattoos
    dont mes avant-bras sont les hôtes,
    je veux danser comme un Papou !

    [mes-vues]

  • Suicide en direct

    Je marche dans la vie comme on marche la nuit.
    Un maigre réverbère éclaire mon ennui
    et la brume d’hiver hante mon insomnie
    lors que mes pleurs brûlants submergent la minuit.

    La corde pour me pendre, elle attend au salon
    devant un pauvre rhum arrangé sans-façon
    et j’écoute, égaré, le vieux bandonéon
    qui expire, asthmatique, un air de baryton.

    Que c’est triste à mourir ce flot de nostalgie
    à tordre la tripe d’une mélancolie
    dont un vain ressenti affuble ses envies.

    J’escalade et je pousse un petit tabouret
    gigotant dans le vide accroché à l’étai
    et je le sens déjà, mon squelette qui brait.

  • Au marché de Noël

    Au marché de Noël j’ai compris que l’amour,
    entre ces beaux sapins enneigés de paillettes,
    m’attendait à l’échoppe où un décor de fête
    arrosée de vin chaud célébrerait ce jour.

    Et comme chaque année tu paraîtrais encore
    au milieu des flonflons, du parfum de cannelle,
    toi mon fantôme aimé qui te ferais la belle
    le vingt-cinq au matin d’une nuit d’hellébore.

    Tu m’étais revenu au terme de l’Avent
    pour repartir trop vite avant la Saint-Sylvestre,
    mais du rêve enchanté, j’en aurais pour longtemps.

    Un air d’accordéon m’entêtait sans détour
    et l’odeur de ton corps se mêlant à l’orchestre
    nous entraînait au feu d’un hivernal retour.

  • La rose de Noël

    La rose de Noël scellera son destin,
    elle qui n’eut jamais un soupçon de parfum
    dans notre galaxie élaborant la fin
    d’une tendre hellébore au froid dans le jardin.

    Le soleil, nous dit-on, avalera la Terre
    de son feu infernal pour un festin de pierre
    après avoir tout bu ce qu’il restait de mer
    avant de suicider le système solaire.

    Dans mon vaisseau spatial au gré de la fortune,
    je guette ce traîneau qui passe sur la lune
    vide de toute idée, n’en cherchant trouducune.

    Un zombie rouge et blanc, tiré par des squelettes
    de rennes foudroyés, mais toujours à la fête,
    me fait un doigt d’honneur qui enchante ma tête.

  • Noël à Prague

    Je ne t’ai pas trop cru quand tu m’as dit : je t’aime !
    Pourtant à Varsovie, ou bien peut-être à Prague,
    comme nous en Bohème, tu m’y offris la bague,
    déclaration d’amour devant un café crème.

    La ville aux mille tours et aux mille clochers
    résonne pour nous deux en ce soir de Noël
    quand un parfum d’encens à ton odeur se mêle
    au risque d’une église en son miserere.

    Bras dessus, bras dessous, piétons sur le pont Charles,
    lumières reflétées sur ton eau, Vitava !
    un baroque désir fait alors que tu parles

    plus tard dans cet hôtel, de mettre à l’unisson
    la fête des enfants au cœur de notre ébat
    pour l’étreinte propice au tendre nourrisson.

  • Un Noël idéal

    Le Noël idéal, c’est Noël sans Noël,
    Le Noël idéal, c’est Noël sans la crèche,
    La crèche sans Jésus, et Jésus sans son prêche,
    Le sapin dénudé, la fin de Jingle Bells !

    Le Noël idéal, c’est sans les magasins,
    Les vitrines tristes qui ne consomment pas
    L’énergie qui nous pompe au soir d’un bon repas !
    Occultez la lumière et le rite ambrosien !

    La magie de Noël ou l’esprit de Noël,
    Ils s’en foutent, pas vrai ? Ils ne croient plus en rien,
    Mais leur opium à eux reste aussi irréel !

    Ils se vouent à l’enfer, l’industrie culturelle !
    Moi, pour un nous, je garde un réveillon païen :
    Un Noël sans Noël ne serait plus Noël !

  • Dinde et chapon farcis

    C’était en décembre, le vingt-quatre je crois :
    la dinde était farcie et la mamie aussi ;
    prostate du chapon a redonné l’envie
    aux grands-parents tout nus devant leur feu de bois.

    Ils ont deux heures à perdre avant que les enfants
    débarquent. Quant à eux, leurs jouets bien rodés,
    en toute impunité ils peuvent s’adonner
    au plaisir de l’amour sous le sapin qui sent.

    Bonne-maman ce jour s’étonne, mais n’oppose
    aucune résistance en se félicitant
    de la contraception que vaut la ménopause.

    Sainte nuit ! risque aucun que Marie pas niquée
    découvre deux Jésus ; ni que les vieux amants
    y voient l’Évangile d’anciens culs paniqués !

  • Stances de Noël

    La météo n’a pas menti :
    il neigera bien sur Paris.
    Mon feu de bois déjà crépite,
    le beau sapin est saprophyte
    et les chants de Noël résonnent
    de YouTube sur le smartphone !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    La dinde et ses marrons mijotent ;
    j’envoie les soucis aux pelotes ;
    il faudra que tout soit parfait ;
    une bûche glacée au frais
    et notre amour renouvelé
    dès le matin par nos baisers.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Il a accusé réception
    de notre lettre où sans façon
    nous lui avons recommandé
    de remplir nos petits souliers
    sans oublier les chocolats
    pour égayer notre repas.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Le foie gras d’oie et de canard
    que nous dégusterons pénard
    avec les huîtres et le saumon,
    les Saints-Jacques venant du Mont.
    Le champagne coulant à flot
    explosera nos caberlots.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Ne t’inquiète pas mon aimée.
    Les dividendes cette année
    sont conséquents et lors sereins,
    nous emprunterons dès demain
    les pistes de Haute-Savoie
    dans la poudreuse et dans la joie.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Nous pousserons jusqu’à Genève
    chez ce banquier portant nos rêves
    vérifier que le coffre fort
    ne fera pas l’envie à tort
    aux pauvres qui complaisamment
    se vautrent dans le dénuement !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Je n’ai pas l’âme d’un berger.
    Si les brebis sont fatiguées,
    je leur conseille quelques brasses
    dans la piscine qui décrasse
    – piscine privée et couverte –
    où retrouver un corps alerte !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Refaisons l’amour, mon amour !
    Dépouillons-nous de nos atours,
    ça ne coûte rien et les pauvres
    vivant à Paris ou Hanovre
    peuvent prétendre à un orgasme
    s’ils veulent sortir du marasme.

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Tu crois que fatigue et tracas
    oblitèrent les fins de mois
    et entament la libido ?
    Je reconnais que c’est ballot
    et je les plains de tout mon cœur,
    ces pauvres, rétifs au bonheur !

    Pourtant il manque quelque chose,
    mais je ne saurais dire quoi.

    Les derniers seront les premiers
    et les plus pauvres, bons derniers,
    découvriront que les enfers
    rétabliront l’égalité.
    En attendant, nous on s’empiffre
    au son du hautbois et des fifres !

    Ah bon… il manquait quelque chose ?
    Moi, je ne saurais dire quoi !

  • Tintin aimait Milou

    Tintin aimait Milou qui lui ne l’aimait pas.
    Le drame est racinien, la folie meurtrière,
    car je l’ai vu sombrer, le petit reporter.
    Mais revenons au fait et narrons pas à pas.

    Le chien kiffait l’alcool, le capitaine Haddock
    comme la tomate s’acoquine à la farce ;
    Dupond fourrant Dupont au meilleur de leurs farces ;
    le cidre pétillant dans le creux de sa moque.

    Tintin tua Milou par une nuit sans lune
    et il se suicida d’un coup de Trafalgar.
    Lors, moi je reste seule à pleurer pour des prunes.

    Je vivrai recluse sans amis, sans amours,
    Ressentirai-je un jour, ici ou quelque-part,
    Le salto de ma vie, l’ivoire de ma tour ?

  • De-ci de-là

    J’allais de-ci de-là au gré de ma folie
    embouchant la trompette éclatante et rebelle,
    car il était écrit que seule l’utopie
    transporterait mon âme en faisant la part belle

    à ce chemin boueux qui engluait mes pas
    et crottait les souliers que j’avais achetés
    en solde sur le tard afin que l’on n’ait pas
    du bébé l’eau du bain, une vie à jeter.

    Alors ce qu’il advint et vous le devinez
    éclata au grand jour pour mon plus grand malheur
    devant l’aréopage où mon cœur raviné

    se délocalisait vers un pays d’accueil
    dont je garde l’adresse en mon for intérieur
    faute de le nommer et d’éviter l’écueil.

  • Serpente le ruisseau

    Serpente le ruisseau entre deux rangées d’arbres
    d’un bois pétrifié qui ressemble à du marbre
    comme si un désert en sa douce oasis
    rafraîchissait le feu d’éléphantiasis !

    Il fait beau ce matin sur les quais de la Seine
    et de la Tour d’Argent, je domine la scène
    où j’irai me baigner après le déjeuner
    en regrettant un peu les superbes palmiers.

    Un chameau ne dit mot en attendant les flots
    de touristes badins qui montent sur son dos
    et dont le souvenir m’arrache tant de larmes.

    De retour à Paris j’envisage déjà
    de boire un lait de chèvre au souk frais de Djerba
    avec quelques dattes pour déposer les armes !

  • Dans la chaleur de l’amour

    Oui, toute la journée il avait fait grand frais ;
    si glaciale la nuit quand je me réveillai.
    La lune et la gelée irradiaient le jardin ;
    le givre couvrirait les vitres au matin.

    Le chat me rejoignit sur le tard sous les draps
    me gratifiant déjà de ses tours d’apparat
    comme seul un félin déploie ses sortilèges
    en toutes les saisons, qu’il pleuve, vente ou neige.

    Un feu triste dans la cheminée se mourrait
    et, malgré ma robe de chambre, je pelais
    de froid au risque, certes, je le sentais bien
    de rejoindre la mort qui rôdait dans le coin.

    Comme je souhaitais revivre le printemps
    quand le corps se délie et que d’un cœur battant
    une sève nouvelle a pénètré le bas,
    mais aussi par le haut au hasard des frimas !

    Le corbeau, imprégné dès sa sortie de l’œuf,
    de ses pattes menues calligraphiait de neuf
    sur la terre blanchie ses rêveries d’oiseau
    et moi je commençais à jouer des appeaux.

    L’armée des ombres fuit aux premières lueurs
    D’une aube dissipant des ténèbres la peur ;
    et alors en mon être une voix s’éleva
    afin de lui donner, au poème, le la.

    La brouette grinçait en rapportant le bois
    qui sécha tout l’été au gré fou du noroît
    dessous son appentis et, qu’aujourd’hui enfin,
    des braises bienvenues voueraient à son destin.

    C’est un ange qui passe et lors je me demande
    si le côté obscur de ma vie se débande
    au profit d’une joie qui glorifie mes sens
    et surjoue en mon for poétique naissance.

    Je marche sur les mains et d’un salto arrière,
    lâche prise en mon douar, cette intime clairière
    où je peux folâtrer à l’abri des regards
    en attendant l’amour que j’espère gaillard !

    Je veux le vent qui souffle, toujours, encor’ plus fort,
    qu’il assène la pluie aux cris des mandragores !
    Je veux de la tempête et geindre de plaisir
    bien au chaud dans tes bras retrouvés où gésir.

  • En ce jour lumineux

    En ce jour lumineux je parcours en rêvant
    cette carte du tendre où je me perds souvent
    avec mon amoureux aux petits soins pour moi
    sans pour autant qu’il croît maîtriser mon émoi.

    Quelques bourgeons épars annoncent le printemps
    et je me vois déjà courir comme une enfant
    poursuivie par l’amour qui me tendrait les bras
    en riant à l’avance au lin de nos beaux draps.

    Qu’il fait bon ce matin chanter l’alléluia
    des corps se réveillant au terme des frimas
    quand le jardin prépare un bouquet de parfums.

    Nous oublierons un temps les guerres à venir
    afin de libérer ces mille et un plaisirs
    dont la douce inconstance offrira le festin.

     

  • La lune me sourit

    La lune me sourit et le soleil aussi
    quand les nuages blancs emportés par le vent
    rient en dehors du temps tout comme des enfants
    qui rêvent dans un lit à l’abri des soucis.

    Oui, Jésus a lavé l’originel péché,
    les défunts se lèvent pour une ultime trêve
    vers la rencontre brève où jamais plus la crève
    ne fera macchabées de nos êtres aimés.

    Pourtant ça pète un peu partout autour de nous
    qui n’épargnera pas notre microclimat
    qu’on croyait loin des coups en un havre de fou

    Je me demande encor’ pourquoi le mauvais sort
    s’acharnerait là-bas épuisant les tracas
    jusqu’à briser nos corps en grand danger de mort.

     

  • Etait-ce toi l’amour ?

    Était-ce toi l’amour que j’avais rencontré
    dans les vertes prairies au milieu des colchiques
    où je pansais mon cœur par trop mélancolique
    en sachant qu’on vivait une fin de l’été.

    Un homme de la terre avec ce que cela
    induisait de bourru et même de sauvage
    sous sa barbe fleurie alors qu’en plein orage
    sans souci du tonnerre il me prit dans ses bras.

    Oh ! je ne doutais pas que son mâle désir
    souhaiterait bientôt me mettre sur son bout
    sous la pluie qui tombait et enveloppait tout
    d’une vaine pudeur quand notre corps expire.

    Cet enchanteur de l’âme, en titillant l’espoir
    de revivre un instant les foudres spirituelles
    à l’acmé de mes jours en faisant la part belle
    aux émotions, vibra d’un juste nonchaloir.

     

  • Les fleurs de mon jardin

    Les fleurs de mon jardin ont d’étranges couleurs
    exhibées sans pudeur, pétales écartés,
    corolle de soie, organe foliacé,
    creusant un hypogée où enterrer mon cœur.

    Le pistil odorant, style, ovaire et stigmate,
    sous couvert de parfum enivre le passant
    d’une troublante envie de cueillir en rêvant,
    car Flore et Pomona offrent leurs aromates.

    Je me sens harcelée par toutes ces beautés
    qui me font chavirer à l’ombre ou au soleil
    d’une fausse candeur, mais tant d’humanité.

    Dans un geste exalté, je les ai arrachées !
    Et voilà, inspecteur, je suis, par les abeilles,
    en justice assignée pour chômage forcé !

     

     

  • Et si je vous disais…

    Et si je vous disais ce qu’il m’échut de voir
    quand une joie coupable envahit mon esprit
    et que je me suis tue devant tant de folies
    sans souci de mon âme en son vague illusoire ?

    Mais voilà, il est tard et je vais me coucher
    sur un lit de damas propre au songe, à l’oubli
    malgré le temps qui passe où de tout je me ris
    à force d’invoquer le bon saint Irénée.

    De trop d’actes manqués et de vaines paroles
    j’ai jalonné l’enfer n’aboutissant à rien
    fors ce coin de désert balayé par Éole.

    Avant de le quitter, ce docte aréopage
    de versificateurs et autres gens de bien,
    j’en salue la valeur au tournant d’une page !

     

  • La voix du vent

    J’envie la voix du vent
    et la vague frivole
    aux cris des cormorans
    qui prennent leur envol.

    Je vis donc dans l’envie
    de rêver éveillée
    et de voir à l’envi
    la mer ensoleillée,

    car l’oiseau et l’humain
    en maintes occasions
    y dansent leur destin.

    Alors que mes pensées
    toutes à leur passion
    transportent mon aimé !

     

  • Le pays où je vis

    Je vis dans un pays où la mélancolie
    n’est jamais de saison et bannit la mort lente
    qui enterre ses fruits tombés en vaine rente
    de cette nostalgie dont l’âme fait son lit.

    Le rêve d’un ailleurs vers des contrées arides,
    quand le sang indigo coule sans avenir,
    n’émousse pas l’amour exaltant les soupirs
    des cœurs endimanchés aux esprits apatrides.

    L’horizon dégagé sur un soleil d’automne
    emprunte sans souci l’or des vies de passage
    à ce qu’il faudra bien imprimer de cretonne.

    L’imagination rivalise au-delà
    des vérités passées, de l’impuissante rage,
    avec cette folie enchantée d’entrelacs.

     

  • Questionnement

    Libellule illusoire as-tu jamais rêvé
    qu’un papillon de nuit dans la tiédeur du soir
    abîmait sa folie sur les vergers en fleur ?

    Et une rose jaune éclose un beau matin,
    quand le jaune et le rose affichent leurs couleurs,
    prend-elle au dépourvu l’abeille laborieuse ?

    La vesprée printanière en sa douceur lunaire
    attend-elle l’étang reflétant son halo
    où l’éphémère en vie s’étonne d’être là ?

    Et nous, sous la tonnelle, un verjus à la main,
    comptant les étoiles d’une constellation,
    chanterons-nous les vers d’icelle poésie ?

     

  • Jouvence de l’amour

    Je n’ai jamais compris
    Pourquoi un métronome
    Régirait notre vie
    De morts-vivants — en somme.

    Et puis t’as débarqué
    Avec tes illusions,
    Alors j’ai adoré
    Partager ta vision.

    Le temps semble infini
    Et très court à la fois
    Qui nous a réunis.

    Parfois je te confie
    En riant l’autrefois
    Tant le présent sourit.

  • Un si doux mensonge

    À vrai dire un mensonge, en l’état de mon âme,
    proféré sur le tard, mais plus tôt que prévu
    troubla dans la foulée cette part inconnue
    qui s’érigeait en moi comme chez toute femme.

    Cette déclaration s’invitait in petto
    par un jour de printemps sous de très bons hospices
    où l’on sent que le temps en nous se fait propice
    à convoquer l’envie et le chant des oiseaux.

    Et quand je serai vieille un soir à la chandelle
    mon esprit alangui repensera alors
    aux mensonges d’amour dévidés pêle-mêle.

    Pourtant dans ce château au plus haut de la tour
    j’attends – en attendant – et ce n’est pas mon fort !
    cet amant qui m’entraîne à table au Grand Véfour.

  • Le chant des orphelins

    Formidable lagune à la pointe du jour
    Où des roseaux pensants s’égarent en riant
    Du peu d’aménité pour ces êtres trop sourds
    Au chant des orphelins qui pleurent dans le vent.

    Et voilà que la mer dans un ressac ultime
    Sur des rochers de marbre à la pointe du temps
    Y va de sa colère en son âme sublime
    Face aux enfants de rien qui verseront leur sang.

    Je ne reverrai plus les mal-aimés de tout
    Vers quoi l’humanité avec parcimonie
    S’affranchit du futur par ses fantasmes fous.

    Alors en un sursaut de pessimisme amer
    Je me projette enfin réclamant l’utopie
    Pour les pauvres damnés d’une invivable Terre.

  • Islamabad, ville d’Allah

    J’irai sans avenant,
    mais pas sans avenir
    descendre l’avenue
    attendant sa venue.

    Puis à Islamabad
    poursuivrai ma ballade ;
    et manger la salade
    me sera régalade.

    Nous parlerons de paix
    et aussi de pétrole
    dans la ville d’Allah.

    C’est au nord du Pendjab
    que la peine de Job
    atteindra le Benji.

  • Le vrai du beau

    La couche fraîche d’amour
    baigne le feu des amants
    toute la nuit et un jour,
    leurs désirs trop impatients.

    L’hirondelle ce matin
    et les abeilles déjà
    butinant des lendemains
    qui chantent hantent mes pas.

    Vois le phacochère en rut
    qui piétine le gazon
    et se donne pour seul but
    de se trouver un blason.

    Le printemps, ne vous déplaise,
    n’attendra pas la Saint-Jean
    pour un frémissement d’aise
    transportant au cœur les sangs.

    Et les petits culs coquins
    s’exhiberont sans vergogne,
    rougiront dans les lupins
    au terme de leur besogne.

    Voici le vent qui se lève
    et chasse tous les nuages ;
    voici enfin l’heure brève
    où les corps perdus s’engagent.

    Bien sûr la mort est partout
    et menace le jardin
    de son empire jaloux
    et ses excès bavardins,

    mais je sais des ravenelles
    qui sur le bord des fossés
    illuminent les venelles
    sans jamais se défausser.

    Tous les goélands du monde
    quand reviennent les barcasses
    forment l’infernale ronde
    troublant la mer des Sargasses.

    Mais les amants n’en ont cure
    et cherchent l’ultime vague,
    celle qui en clair-obscur
    sur le sable mouillé tague.

  • Ce que j’aime en amour

    Ce que j’aime en amour, c’est le vent du désert,
    le Bédouin ensablé sur son fier dromadaire,
    L’Atlandide rêvée, j’y suis Antinéa
    et toi mon Saint-Avit fuyant au Sahara.

    Ce que j’aime en amour dans la carte du Tendre,
    pays imaginaire à l’abri des Cassandre,
    royaume de coquetterie bien tempérée,
    c’est une allégorie qui m’aura inspirée.

    Et l’amour sans amour en ses preuves tangibles
    me fait un hyménée comme une sainte Bible
    dont je suis la lectrice attentive, ravie.

    Je voudrais me baigner dans le beau fleuve Amour
    et m’y régénérer, dépouillée des atours,
    en pleine nudité malgré la Sibérie.

  • Manhattan Transfer

    L’amour est éternel, du moins à ce qu’on dit,
    et pourtant c’est la mort qui règne sur la vie
    et petit à petit affirme son empire
    en traçant sur les corps les rides et soupirs.

    Heureusement la femme au sommet de sa gloire
    sans souci des enfants qui deviendront ses hoirs
    fixe toute beauté, et sans trompe-couillon,
    dans le marbre veiné, les bonnets à pompons.

    Et j’en suis le témoin, moi qui ne vieillis pas,
    avec tous mes amants, collés à mes appas,
    que je trucide enfin lors de leur péremption.

    Que la chanson d’amour transfère à Manhattan
    un sien rythme entêtant où se moule mon âme
    quand le cœur idolâtre un peu de déraison !

  • Un peu après l’aurore

    Un peu après l’aurore
    je m’étais égarée
    ayant franchi le port
    sous la haute marée.

    Un soleil embrumé
    estompait le décor
    et la mer alarmée
    tirait sur nous des bords.

    Au loin l’île déserte
    comme un lieu de passage
    pour ma plume diserte
    enchantait le voyage.

    Et puis il y avait
    des animaux étranges
    postés sur des murets
    sous l’œil bleu d’un archange.

    Je dis au capitaine
    de mouiller dans la crique
    afin que les baleines
    semblent moins chimériques.

    Jamais je n’avais vu
    autant d’oiseaux voler
    sur nos têtes perdues
    par ces mille beautés.

    Avec le capitaine
    Je me mis à pleurer
    d’une joie si sereine
    que nous avons couché.

    Le soir au crépuscule
    je couvris mon corps las
    et sous la canicule
    je dormis dans ses bras.

  • Errance

    Après avoir erré sur des mers étrangères
    où ma voile faseye en recherchant le vent ;
    quand le mât de misaine aux abonnés absents
    m’empêche de rêver pour jamais à la terre ;

    j’aimerais que l’amour sur mon bateau corsaire
    regonfle la grand-voile et transporte ma coque
    parmi les goémons sans souci de l’époque
    qui les avait forclos dans l’eau, ces univers

    dont je veux prolonger par un souffle de vie
    les battements de cœur faisant vibrer le foc
    si petit à border avant que la vigie

    sur un ton plein d’espoir annonce qu’à bâbord
    elle assiste au ballet d’une troupe de phoques
    à l’unisson de nous, les saints Jean bouche d’or.

  • L’appel du ukulélé

    Et tout abord je n’ai pas cru
    Ce que mon ouïe entendait.
    Humour et musique apparus
    dans une joie s’harmonisaient.

    Et puis le ciel s’est coloré
    De mille teintes éclatantes
    Comme si des cordes pincées
    Y répondaient à mon attente.

    Une femme aux seins lourds chanta
    Accompagnée par des fantômes
    Que fleur à l’oreille hanta.

    Mes yeux devinaient peu à peu
    Ce qui me procurait ce baume :
    Un ukulélé radieux !

     

  • Par la force du vent

    Comme l’oiseau troublé par la force du vent
    sur la plus haute branche au faîte de l’ennui
    quand une aube transie effarouche le temps,
    une femme réveille un cœur endolori.

    La nuit fut agitée et Morphée se morfond
    d’avoir rêvé sa vie sans qu’il fût avéré
    qu’un démon personnel au feu d’un noir profond
    lui tendît une faux pour percer l’hyménée.

    On ne saura jamais ce qu’il advint d’icelle
    fors les propos voisins dont je ne risquerais
    pas un kopeck sur l’âme et son ressort ficelle.

    Les femmes de chez nous rassasient leurs désirs
    en croisant l’être-là d’une espérance vraie
    et tout ce qu’il convient en un mot de saisir.

  • L’or de la rivière

    Cette rivière, dont le lit
    recouvert par une eau bénite,
    regorgeait d’or et de pépites
    bien assez pour toute une vie.

    Moi, l’orpailleuse de l’amour
    j’attendais que ma concession
    filtrât l’enjeu de ma passion
    à l’aune de mon cœur trop lourd.

    Et c’est sur la rive opposée
    que le gaillard, qui ratissait
    le même filon d’hyménée,

    troqua le jaune pour le rouge
    du sang vif qui nous transportait
    sur la couche d’un très vieux bouge.

  • Un air de bon aloi

    Une brise marine
    embrumait le rivage
    et les pins maritimes
    floutant le paysage
    balançaient en leurs cimes
    les oiseaux de passage.

    Je marchais sur la grève
    en esquivant mes pas
    avec au bout des lèvres
    et malgré le noroît
    au gré de l’heure brève
    un air de bon aloi.

    Passé outre ma vie,
    ses souvenirs agrestes,
    mon regard se ravit
    dans un mouvement preste
    d’aviser ce lavis,
    éternel palimpseste.

    Et voilà que la mer
    bouillonne sur la terre,
    qu’une écume l’enserre
    entamant le bleu-vert
    et que je m’y repère
    en fixant un amer.

    Le crachin qui crachine
    sur la dune mouvante
    édulcore et taquine
    à moins que je ne mente
    au loin la brigantine
    sous la brise clémente.

  • Puttin’ On the Ritz

    Quand le fourbe s’invite au souper des géants ;
    qu’il fourbit ses armes nourrissant son hubris,
    se croyant un héros qui va entrer en lice,
    il n’étale de fait que ses ressentiments.

    Alors moi l’Amazone ayant de son sein droit
    sacrifié à l’archère une pose guerrière,
    — son ancrage flottant, technique meurtrière —
    je refuse au sournois de m’imposer sa loi !

    Le dictateur perfide a pesé de son poids
    afin que le clampin qui sommeillait en lui
    — fausse virilité — se prenne pour un roi.

    Car Puttin’ On the Ritz ou « s’habiller très chic »
    ne fera de Poutine au bout de son pénis
    qu’un petit pauvre type attaqué de panique.

  • L’étoile filante

    À peine avais-je ouvert les portes de la nuit
    qu’une étoile filante en frôlant mon jardin
    saupoudra mon sapin de mille et un sequins
    dont notre hérisson garde l’âme ravie.

    Je me souviens très bien m’être dit en moi-même
    la chance qui m’échut dans ce rêve éveillé
    d’avoir pu un instant ainsi m’émerveiller
    devant l’illuminé que cette étoile sème.

    Il ne manquait que lui, un barde de passage
    entre deux galaxies, pour allumer la flamme
    que je croyais éteinte, ayant tourné la page.

    J’en parlai au mulot qui dans sa plate-bande
    nargue mon chat siamois et il me dit : entame
    un pas de deux nouveau en cette sarabande !

  • Les deux sémites

    C’était un Maghrébin
    qui jouait de la flûte
    à Paris sur la Butte
    dans l’orchestre bédouin.

    Elle s’appelait Ruth,
    elle était Sépharade
    et chantait dans un rade
    pour des hommes en rut.

    Et donc tous deux sémites
    n’en déplaise aux coquins
    qui ne comprenaient rien
    au mot antisémite.

    Ruth et l’ami Djamel
    unirent sans façon
    une voix et un son
    portant jusqu’au Djebel.

    On dit qu’un jour de juin
    sans souci du détail
    ils signèrent un bail
    sur la botte de foin.

    Ce fut la réussite
    de leur accord à corps,
    même qu’après la mort
    ils devinrent un mythe.

    Ô toi qui ne crois pas
    en l’amour du prochain
    — cet autre souverain —
    je te plains de ce pas.

  • L’ayatollah est mort

    Le digne ayatollah est mort
    sans connaître le goût du porc.
    Il préfère tuer l’agneau
    et pendre ses enfants là-haut !

    Car leurs corps au-dessus des rues
    à la flèche des grandes grues
    rappellent à tous les passants
    s’ils bougent ce qui les attend.

    Chacun rumine dans son coin
    contre les prédateurs quand point
    l’espoir de chasser l’hypocrite
    qui prie Allah à coups de trique.

    Seul un peuple de l’intérieur
    qui, à bout, dépasse sa peur
    pourra enfin lever la herse
    et délivrer l’antique Perse.

    Si la persévérance paie
    la sauvageonne bleue se fraie
    — cette Véronique de Perse —
    toujours un chemin de traverse.

    Alors abrogeons le verset
    et dégrafons tous les corsets
    qui empêchent de respirer
    les corbeaux sur mollahs perchés.

  • Paprika doux de Hongrie

    Un peu de paprika et toute la Hongrie…

    Quant au Danube bleu traversant Bucarest
    aussi doux au palais, il n’est jamais en reste
    avec ses violons aux archets de folie.

    La Turquie toute proche et même les Romains
    depuis l’antiquité se baignent dans des spas
    où l’eau du jacuzzi jaillit sur les corps las
    dont l’esprit en éveil respire le jasmin.

    Pourquoi le curcuma et notre cardamome
    envient la coriandre en forçant sur l’épice
    qui enflamme mon cœur, moi femme Desdémone ?

    Ô combien d’Othello, par suffocation
    tuent la jeune épousée, dont l’âme pourtant lisse
    ne demandait qu’à vivre une vraie passion !

  • Ma crédence

    À force de marcher sur les chemins boueux
    de la désespérance
    et d’exposer ma peine en haut de ma crédence,
    le corps devient noueux,

    car mon arbre de vie qui n’aspire qu’au ciel
    et son fouillis d’étoiles
    cherche un autre chemin pour transpercer le voile
    recouvrant de son fiel

    toute la canopée dont on aura beau dire
    qu’elle domine tout
    alors qu’une chanson, où mon âme s’inspire,

    égrène dans la nuit ses notes de folie
    avec pour seul atout
    un jeu de mots débile en sa mélancolie.

  • Milou

    Si j’avais un chien-loup
    s’appellerait Milou,
    car entre chien et loup
    serait moitié de loup.

    Si j’avais un mari
    du nom de Jean-Marie,
    j’en serais fort marri
    lorsque dans la mar’ rit !

    Si je faisais des vers
    et buvais un grand verre
    je serais bien au vert
    en observant un ver.

    Si mon cœur n’est pas sot,
    même s’il fait un saut,
    qu’amour appose un sceau
    et remplisse mon seau !

    Toux d’Angevin pataud,
    applique le pâteau*
    — mieux vaut tard que pas tôt —
    sans pathos, du pâte eau** !

    * Cataplasme dans le parler d’Anjou.
    ** Ne veut rien dire du tout.

  • Sur la rive du Gange

    Sur La Route des Indes,
    j’avais sans le vouloir provoqué le destin
    dans l’eau sale et sacrée où de pauvres Indiens
    font que l’âme s’y blinde.

    Mais Les Indes galantes
    sur la rive du Gange enchantaient la folie
    qui d’un charmant tracas suscite l’embellie
    de l’amour, douce pente.

    Pour Bollywood enfin
    je filais à Bombay suivre mon Apollon
    dont le charme divin

    accepta de plonger
    son grand corps athlétique
    en ma féminité.

  • Corpus odoris

    Si on se lave tous les jours,
    c’est pour éviter les odeurs,
    car même au moment du bonheur,
    ça monte vite dans les tours.

    Et que dirons-nous de la mort ?
    Allo ? Bravo la débandade
    comme un vieux fumet de brandade
    confite en son confiteor !

    La vie se réduit au combat
    contre virus et bactéries
    à corps perdu et sous les bras.

    Quant à l’odeur de sainteté,
    le mystique sent le pourri,
    niant le corps sans se laver !

  • Rêve d’amour

    J’ai rêvé que l’amour était au rendez-vous
    sous les traits d’un toujours portant tous les attraits
    de ce jeune premier avec son charme fou
    dont l’avenant babil m’attire dans des rets.

    Promesse de bonheur quand ses bras infinis
    m’enlaçaient comme seul un homme vous étreint
    jetant par-dessus bord les petits compromis
    qui entachent la vie à trop serrer le frein.

    Ce que nous avons ri sous la couette fleurie
    nous entraînant plus loin qu’une simple rencontre
    où il manque parfois un bon grain de folie.

    Depuis le temps ravi de ce commencement
    jamais au fil des ans n’avons joué à-contre
    ni refait à l’envers le transport des amants.

  • Et Dieu créa la femme

    J’admets que les gros seins
    réclament beaucoup trop de soins
    pour qu’ils ne tombent pas,
    la gravitation, je crois ?

    Les petits si jolis
    sculptés dans un marbre poli
    qui se portent à cru
    sous un top dans la rue.

    Dieu créa les ovaires
    par paire dont il est très fier
    et même un utérus
    pour couver les fœtus !

    Dieu créa aussi l’homme
    avec un tuyau et deux pommes,
    lui le divin plombier
    des sexes raccordés.

    Esprit saint, fils et père,
    pour que leur peuple prolifère,
    avaient donc tout prévu
    des histoires de cul.

    Si tu passes sur Terre,
    Toi, l’extraterrestre des airs,
    les dieux de ton pays
    ont-ils pensé « survie » ?

    Oui, les dieux sont mortels
    — comme macchabées à la pelle —
    s’ils sont extrapolés
    de toute humanité.

  • Le Rubik’s Cube

    Sais-tu que notre Terre a la forme d’un cube,
    même d’un Rubik’s Cube ?
    Que six faces en couleur captent la lumière
    d’aujourd’hui et d’hier ?

    Elle casse la tête à tous ses habitants,
    car les sphères d’antan
    qui habitent le ciel et tournent sur leur axe
    se la jouent trop relax.

    D’aucuns avaient pensé que la Terre était plate,
    voire même extraplate !
    Moi, je le dis tout net : notre belle planète

    se moque des complots, de tous les complotistes
    dont je connais la liste
    qui vivent dans l’erreur et pourtant se la pètent !

     

  • L’amour courtois

    Il arrive parfois, cela sans crier gare
    que des extraterrestres
    sur la Terre s’égarent
    et prennent position sans connaître leur dextre.

    Lors c’est à sénestre qu’ils débarquent un jour
    pour enlever des femmes
    au mépris de l’amour
    comme certains Terriens qui provoquent des drames.

    Je veux en tant que femme aimant l’amour courtois
    dire aux extraterrestres
    d’aller se pendre ailleurs sur la ferme d’un toit.

    Je ne suis pas raciste et certains étrangers
    ne font pas de séquestre
    pour conjuguer à deux les temps du verbe aimer !

  • Une rose virile

    Une rose a fleuri que l’on n’attendait plus
    en ce mois de juillet asséché par le vent
    dont je garde pourtant le souvenir ému
    de ce parfum viril de l’homme que j’attends.

    Car l’homme est une rose aux épines de sang
    qu’il faut amadouer afin de libérer
    la douceur caressante et des mots leur piquant
    quand sa rusticité s’épanouit au coucher.

    La femme aime la rose, un poète se trompe
    d’une comparaison avec le féminin
    alors qu’au masculin la fleur jamais n’estompe

    cette force de vie aux pétales ravis
    où se love l’amour au fil de nos jardins
    sur la mousse du temps comme un soyeux tapis.

     

  • Comme un petit oiseau

    Comme un petit oiseau sur son arbre pépie,
    devant l’amant jaloux qui sous cape m’épie,
    comme le champ de blé exhibe ses épis,
    je n’ai pas de répit.

    Oiseaux, amant et blés s’unissent contre moi,
    la femme qui d’un rien s’en fait tout un émoi
    et de ses yeux rougis qui sans cesse larmoient,
    je suis gibier, chamois.

    Et pourtant je l’aimais en toute incohérence
    dans l’ambiguïté de son prénom Laurence,
    me voilà dans l’errance.

    Et toi mon bon lecteur, tu te crois à l’abri
    en arpentant l’aplat des plaines de la Brie
    par tes sauts de cabri.

     

  • Moi, mon colon

    Sempiternellement, mais pas au débotté,
    j’irrite le colon qui se croit tout permis
    alors qu’au bout du compte et au bout de sa vie
    cet être de papier ressemble au chat potté.

    Certes un grand chapeau protège son museau
    des rayons du soleil et des UV traqueurs
    quand bien même le vent déshabillant les fleurs
    donne l’impression d’effrayer les oiseaux.

    Moi, la femme panthère à jamais éphémère
    du côlon irrité par des plats épicés
    je ne veux pas tomber au bras du militaire,

    car si dans un moment qu’on dit d’égarement
    je succombe devant la force treillissée
    d’un colon, ce sera subsidiairement !

     

  • Léon

    Et contre toute attente
    j’ai trouvé le temps long
    pour remonter la pente
    qui conduit à Léon.

    Léon est un brigand
    recherché de partout,
    mais un bien bel amant,
    un Géo Trouvetou.

    Il farfouille mon âme
    et parfois un peu plus,
    une si fine lame
    quand en moi il se musse.

    Il me fiche la paix
    avec délicatesse,
    car Léon n’est suspect
    que d’aimer la paresse.

    Moi et ma solitude
    nous nous accommodons
    de ce tendre prélude
    à toutes nos chansons.

    Il sent bon mon Léon
    des notes de santal
    et de bandonéon
    au tango de nos bals.

    Du coup je l’ai aidé
    mon Léon, mon Jason ;
    lui et moi, sa Médée,
    nous volons la toison.

    Et sur cette toison
    aux confins de l’amour
    je tombe en pâmoison
    nue comme au premier jour.

     

  • Sororité

    Dans un espace-temps qui se couvrait de honte
    et que l’on définit comme étant d’un ailleurs
    où seules des femmes subissaient une tonte,
    je marchais tête haute et délivrée des peurs.

    Quand la sororité refuse que la mort
    alimente le feu — sorcières au bûcher —
    dans ce pays Baugeois où plus d’un clocher tors
    spirale sa flèche, pourquoi laisser-brûler ?

    Si Constellation Poétique naguère
    résonnait à l’envi perdue dans l’infini,
    alors je ris, je pleure en me trouvant sévère.

    Toi ma sœur endormie aux confins de la Terre,
    tu rêves que le ciel devient une utopie
    avant minuit sonnante et que tu manques d’air.

     

  • La fente de Vénus

    Perdu dans la montagne au milieu des rochers
    la fente de Vénus sourit au promeneur
    de ses lèvres rosées, rhodonite veinée
    de noir, précieuse, humectée de douceur.

    Fort délicatement comme un spéléologue
    du voile minéral tu marches plus avant,
    une galerie s’ouvre en un tendre prologue
    vers une cavité qui dans l’ombre t’attend.

    Dépose ton présent en toute intimité
    dans cette tirelire où curieusement
    l’argent fructifiera dans neuf mois bien comptés.

    La fente de Vénus accolée à son mont
    fera de toi un père inexorablement
    si sans combinaison, tu tentes le démon.

     

  • Le batelier de la Volga

    J’arrivais, il me voit et me reconnaîtra
    quelques instants plus tard, attablée au café
    devant un chocolat.

    Nous nous étions connus un soir sur la Volga,
    moi en villégiature et lui le batelier :
    je tombai dans ses bras.

    Il halait une barge et subissait sa loi,
    tirant la bolozane en bourlaque attelé
    hé, ho hisse ! les gars.

    Mais dans le même temps il chantait la Volga
    dans le chœur des marins, plutôt des mariniers
    dont j’adorais l’aura.

    À basses que veux-tu, sa voix m’ensorcela
    il n’en fallut pas moins pour enfin succomber
    à un si doux fracas.

    Du coup sur ma platine un vinyle tournoie
    de retour à Paris rue du Moulin-des-Prés
    pour un millier de fois.

     

  • Même les femmes pètent !

    Même les femmes pètent
    — et ne vous en déplaise —
    elles sont de la fête
    pour siffloter à l’aise.

    Au temps béni du cassoulet,
    et de la potée auvergnate,
    un vent fétide se levait
    du Sud Ouest jusqu’à Ouarzazate !

    Vénus callipyge, dont tout le bas des reins
    se courbe devant l’œil des esthètes-poètes,
    y pousse sa chanson et tagada tsoin tsoin !
    sans vergogne pour l’art, de son cul elle pète.

    Voilà l’humanité au concert des nations
    qui se lâche et en chœur reprend dans un canon
    entre deux montagnes l’Annonciation
    d’un vrai soulagement qui lui vient du tréfonds.

     

  • La belle Abbesse

    La belle Abbesse avait du côté de Barbès
    ouvert une maison que l’on aurait dit close
    où pour des gars en rut elle exhibait des roses
    que l’amour tarifé y célébrait la messe,

    car une bourgeoisie préférait que ses hommes
    soulagent leur désir préservant la vertu
    des femmes comme il faut et qui plus est des brus
    procréant la lignée des familles en somme.

    La belle Abbesse était du côté de ses fesses,
    parangon du Sexe qui la portait aux nues,
    mais ses Pretty Women plongeaient dans la détresse.

    Et la lanterne rouge au-dessus de la porte
    se mit à clignoter et la tonne de pus
    décima le poète et son esclave accorte.

     

  • Vous ne me croiriez pas

    Et si je vous disais combien de fois j’ai vu
    pleine lune à midi et soleil de minuit ?
    Vous ne me croiriez pas !

    Et si je vous montrais comment le chien-assis
    relève ma toiture tout en étant assis ?
    Vous iriez me traiter !

    Et sur ce chien assis si un chat se couchait
    pour qu’à la belle étoile il s’en vînt à miauler ?
    Comment cela serait-ce ?

    Alors toi mon amie qui doute que je sois
    si maline que toi,
    va dans ton marigot avec les crocodiles !

     

     

  • La souillon magnifique

    Comme un coquelicot sur un talus pierreux,
    soleil épanoui et sans autres atours,
    la souillon magnifique arborait le fiévreux
    rouge de sa tenue, les pieds nus dans la cour.

    D’une femme l’autre j’admirais qu’elle fut
    sans souci de l’état où la plantait sa vie
    à la merci de l’homme enkysté dans sa vue
    et s’octroyant le droit de griller son envie.

    Mais c’était sans compter sur la sororité
    qui veillait au plus près sur la sauvage fleur
    ne supportant jamais d’être cueillie au pré.

    Contente-toi l’ami de peindre cette touche
    de rouge qui reflète — afin qu’elle n’en meure —
    un pavot indécent au carmin de sa bouche.

     

  • S’il pleut sur le jardin

    S’il pleut sur le jardin et que tout reverdit,
    que le soleil enfin retienne ses rayons,
    les fleurs retrouveront un peu de leur exquis
    parfum qui embaumait jusque dans mon salon.

    La fraîche du matin, elle me revigore ;
    les gouttes de rosée perlant de toute chose
    sur mon déshabillé me colleront au corps
    pour la plus grande joie des vers et de la prose.

    Quelques nuages bas m’offriront une ombrelle
    et un si doux zéphyr caressera la molle
    du lac
    en apaisant le cri des hirondelles.

    Et si cet innocent qui me sert de mari
    pouvait se réveiller de son triste formol
    et m’accueillir chez lui en bonne compagnie !

     

  • Zita, tueuse née

    Que les petits oiseaux par respect pour Zita
    lèvent une patte pour saluer ma chatte
    qui, elle, n’a qu’un vœu : fomenter l’attentat
    contre la gent ailée s’ils tombent sous sa patte !

    Tu conchies les chasseurs et pourtant tu admires
    ce félin adoré ne pensant qu’à tuer
    pendant que tu chantes et pinces sur ta lyre
    la beauté du matou et sa mine affectée.

    Ne sens-tu pas l’ami, combien tu es complice
    d’un holocauste fou qui règne en ton jardin
    quand ton cher compagnon s’y cache sous les lys ?

    Alors moi ma Zita, ma siamoise tom-pouce,
    je ne la sors qu’en laisse en troublant son destin,
    mais je sais que j’enfreins le désir qui la pousse.

     

  • Les grandes marées

    À peine avais-je ouvert la boîte de Pandore
    qu’un ouragan rasa la moitié de chez nous
    et de l’autre moitié on se demande encore
    ce qui rentra au port venant d’on ne sait où.

    Mais après le quinze août, il n’est pas étonnant
    que les grandes marées apportent tout leur lot
    de ces vents qui balaient et la mer et les gens,
    les petits curieux au péril de leur peau.

    Ce qui rentra au port on le sait à présent
    par l’almanach du jour annonçant le retour
    de cette nef des fous en son espace-temps.

    Eh bien ! la capitaine,  quelle sacrée gonzesse !
    et la sacrée gonzesse usant de tous ses tours,
    c’est mézigue doublant net la pointe des fesses !

     

  • Un matin cet oiseau chantait

    Un matin cet oiseau chantait,
    alors je l’ai accompagné
    en frottant avec mon archet
    les cordes du Stradivarius.

    Au loin la mer sur ses galets
    roulait son rythme lancinant
    et un poisson dans les filets
    jouait à la roulette russe.

    De vie, de mort, moi je ne sais
    combien de temps je l’attendrai,
    son corps où ma tête se musse.

    Et toi, tu souhaitais la paix
    pour sortir d’un abri si laid
    et qu’à jamais libre tu fusses.

     

  • Penser, rire et chanter

    À force de penser, de rire et de chanter,
    je me sens éternelle
    et quand toute une nuit je me prends à pleurer,
    je me purge du fiel.

    Ma petite machine est ainsi bien rodée
    et me fait la part belle
    à cette ribambelle
    des choses de la vie en leur petiteté.

    Si une mouche pète et qu’un chat vole bas,
    c’est la fête à Neu-Neu,
    excusez-moi du peu !

    Et qu’un homme joyeux emboîte enfin mes pas
    sans jouer les lourdauds,
    lors cerise et gâteau !

     

  • Le béotien

    Ce profane m’énerve et quand je dis m’énerve,
    c’est façon de parler
    pour ne pas en pleurer,
    car le béotien, de plus en plus m’énerve.

    Mais personnellement, de ces béotiens,
    je ne connais personne
    si ce n’est ce brave homme :
    on s’accorde à penser qu’il est béotien !

    Béotien n’habitant pas la Boétie,
    n’ayant pas lu Montaigne,
    mon voisin de palier manque de poésie.

    Et pourtant il me charme avec ses shark doo wap
    et les deux musaraignes
    qui hantent son jardin près de la rue de Lappe.

     

  • La danseuse nue est morte

    Ce soir la danseuse nue est morte de froid,
    son ticket de métro au pubis dégarni
    l’emporta sur la ligne allant au paradis :
    elle n’effeuille plus son petit tralala.

    Et le nudiste est mort d’un cancer de la peau.
    Sa dermato pourtant l’avait fort prévenu
    qu’un trop plein de soleil expose les Culs Nus
    à ce désagrément, un vrai manque de pot !

    Le petit chat est mort sans qu’on sache pourquoi
    et d’ailleurs les poils de sa robe chocolat
    le protégeaient sans frais des risques du trépas,
    mais voilà il est mort et moi j’en reste coi.

    Faut-il que d’un tchador
    je revête mon corps,
    que des tenues sexy
    je me prive à tout prix ?

    Et si l’apocalypse en son dévoilement
    nous révélait enfin comment bien s’habiller
    pour accueillir celui qui à jamais paré
    de gloire nous attend en haut du firmament ?

    Lors une iconographie montre sur la croix
    un Jésus dont le sexe a été recouvert
    d’un « périzonium », ce linge qui l’enserre
    afin que la décence impose à tous sa loi !

     

  • Les billets doux

    Et je courrai le guilledou
    jusqu’à la fin de l’été fou !
    je t’enverrai des billets doux
    en plis cachetés à la cire.

    Je t’appellerai mon loulou
    à cause de tes cheveux roux
    et pour tes bottes dans la boue,
    nous ne pourrons pas faire pire !

    Je cuisinerai au saindoux
    des plats à l’andouille de Vire,
    l’andouille qui vient de chez nous.

    Et quand l’automne arrivera,
    pour toi, je reprendrai ma lyre
    accompagnant tous nos sabbats.

     

  • La femme oiseau

    La femme est un oiseau à mamelles
    et c’est cela qui nous rend si belles !
    Lorsque nous volons à tire d’ailes,
    les chasseurs peuvent se rhabiller.

    Des hommes exhibent leurs baloches ;
    nous, avec notre paire de loches,
    ironisons sur ce qui est moche
    si cela pendouille au déballé.

    Mais voilà-t-il pas qu’un fier coquin
    croit malin de tendre son machin
    et j’avoue en être émoustillée.

    La guerre des sexes n’a pas lieu
    puisqu’à armes égales au pieu
    nous signons pour la paix un traité !

     

     

     

  • Saperlipopette !

    Saperlipopette ! s’écria en goguette
    une femme mature autant que l’on peut l’être
    quand on voit un jeune homme si bien de sa personne
    souriant sur un banc.

    À qui souriait-il, cet éphèbe en péril
    devant une cougar maquillée aux longs cils
    en chasse du désir pour enfin atterrir
    dans les bras d’un amant ?

    Sur le pont des Soupirs ou sur le pont des Arts,
    sur ce banc délavé où se posent ce soir
    durant un long instant

    les années de galère, on ne compte plus guère
    et on se laisse faire au creux de l’univers.
    Et tant pis pour le temps !

     

  • Un coin de poésie

    Il est un coin de poésie
    où l’on peut avec ou sans rime
    sur les chemins de prosodie
    marcher sans tomber dans la frime !

    La nuit, des étoiles filantes
    laissent leur traînée lumineuse
    que notre lune rutilante
    traite d’irrévérencieuses !

    Au milieu du bordel ambiant
    deux vers, une petite prose
    suffisent à mon cœur friand

    de belles envolées lyriques
    qui fors cette contrée morose,
    narquoises, lui feront la nique !

     

  • Espérance vespérale

    Je n’irai pas plus loin dans votre pré carré
    où je me sens si seule à force d’espérer
    depuis le chant du coq jusqu’au cri du hibou
    retrouver le bonheur des joyeux sapajous ;

    sapajous capucins, nous fûmes je le crois
    dans la joie du Seigneur, lui qui mourut en croix
    pour répandre l’amour sous toutes les coutures
    et pour que vous et moi soyons ses créatures ;

    créatures douées d’un étrange pouvoir
    qui s’arrogent le droit en toute liberté
    de flétrir l’hyménée, de spolier leurs hoirs ;

    je veux un héritage à laisser en partage
    aux enfants de la lune et du fleuve Léthé
    sans perdre l’usufruit de l’amour à notre âge.

     

  • Sur un air béatique

    Je m’en irai tantôt chercher un avenir
    et troquer le réel contre un peu d’idéal,
    car tous les dictateurs qui polluent mon taqdir
    m’empêchent de rêver — aurores boréales !

    Je ne suis pas gourmande et j’aimerais céans
    retrouver le parfum des fleurs énigmatiques
    poussant à la volée quand la flûte de Pan
    souffle dans le bocage sur un air béatique.

    Sans vouloir offenser les moutons de Panurge,
    je pense que l’espoir vaut un bon coup de cidre
    libérant mes pensées et j’avoue que ça urge !

    Sinon je reprendrai le cours d’une existence
    vouée au désamour sous la coupe de l’hydre
    qui se complaît encore à nous grever la panse.

  • Entre la poire et le fromage

    La poire et le fromage un jour se disputaient,
    question de préséance aurait-on dit chez nous
    lors que l’ordre des mets dans le temps fut défait
    au grand dam du fromage entaché et jaloux !

    Du Moyen Âge jusqu’au XVIIe siècle
    il faisait la vedette à la fin du repas
    lors que poire juteuse aurait dit Sainte Thècle
    servait de lave-bouche avant le dernier plat.

    Et puis avec le temps, le dessert fut promu,
    la poire supplanta le laitage affiné
    inversant les valeurs en une geste ardue.

    Entre fromage et poire, entre poire et fromage,
    il reste cependant l’instant rassasié
    où le convive peut s’adonner au partage !

     

  • Adultère apophantique

    Plus tard, je découvris que cet homme avec qui
    je refaisais ma vie avait bien d’autres lits
    où il s’ébaubissait en compagnie de laies
    dans un petit palais au milieu des forêts.

    Et pourtant il m’aimait et ça je le savais :
    les preuves affluaient me procurant la paix
    qui sied aux sentiments de ces tendres amants
    dont le vrai fondement par le geste s’entend.

    Car quand il était là, il était vraiment là
    et nulle ombre tordue n’occultait notre vue.
    De la biche aux abois quand tous les chiens aboient,

    je ne fus dans un bois à subir cette loi
    de la femme cocue et des coquecigrues
    d’une perte de soi, d’une perte de foi,

    pour peu qu’une capote endiguât les salopes !

     

  • Vision pariétale

    C’est alors que j’ai vu, de mes propres yeux vu
    ce qu’on ne voit jamais dans le regard des gens,
    la lueur infernale aux pupilles de sang
    qui semblent aveuglées par un éclat perdu.

    Cette vision d’horreur entachait l’horizon
    bouché par le chagrin de laisser aux enfants
    un monde déserté quand même l’éléphant
    ne barrit plus de joie au sein de sa maison.

    J’en parlai à mon chat qui confirma ma crainte
    tout en me rassurant que cette apocalypse
    ne serait qu’une épreuve avant d’ouïr sa plainte.

    Du coup rassérénée, autant que je puisse être,
    je fis briller aux murs les ocres et les gypses
    dont mon rêve à venir nourrirait le paraître.

     

  • Le mûrier dans ma cour

    Or dans la cour de ma maison
    pousse un roncier aux mûres mûres
    quand vient la fin de la saison
    s’offrant en bouche et sans murmure.

    Confiture, tarte et alcool
    — marronniers obligés d’automne —
    en sauvagerie fruiticole
    inspireront des vers aux gones !

    Point de ces traboules chez moi,
    mais des chasses dans le bocage
    où cueillir les mûres des bois.

    L’automne aime le mirliton,
    sa poésie qui sans tapage
    fait le bonheur des marmitons.