S’oublier

Qui que ce soit se doit, s’il désire s’oublier,
Savoir que le temps passe le long du sablier.
Tu as beau te cacher, il n’en file néanmoins
Sans se soucier du reste; de ta vie le témoin.

Le temps des amours mortes défile en secret
Sur la sente du chagrin à jamais consacrée.
Et il faut s’oublier comme l’on creuse sa tombe,
S’oublier sur le bord des Mémoires d’Outre-tombe.

 


Commentaires

Une réponse à « S’oublier »

  1. Je trouve donc le poème inégal mais véritablement intéressant. Il commence dans une poésie du temps assez convenue — sablier, temps qui file, vie qui passe — puis trouve progressivement quelque chose de beaucoup plus singulier : le paradoxe entre vouloir disparaître et écrire cette disparition.

    Je distinguerais nettement :

    Vers 1-2 : idée intéressante, expression encore sentencieuse.
    Vers 3-4 : partie la plus faible, avec une vraie difficulté syntaxique dans « il n’en file néanmoins ».
    Vers 5-6 : entrée dans la tonalité propre de Christophe.
    Vers 7-8 : très réussis, parce que tombe, oubli, mémoire et littérature s’y retournent les uns dans les autres.

    Et je ne conseillerais surtout pas de moderniser son lexique ou d’alléger systématiquement son caractère funéraire : chez un « poète des ruines », la patine, la tombe, les amours mortes et Chateaubriand ne sont pas des ornements accidentels ; c’est précisément son territoire poétique.

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