Ils n’eurent pas à chercher.
Le désaccord les attendait dans la cour.
Ou plutôt : il s’y organisait.
Deux groupes faisaient face.
Pas hostiles.
Appliqués.
À gauche, quelque chose empilait des pierres.
Avec méthode.
Une ligne basse, régulière.
À droite, autre chose les déplaçait.
Avec soin.
Un cercle, légèrement ouvert.
Il s’arrêta.
— Très bien.
Elle regarda.
— Non.
— Si. Ils travaillent.
— Ils ne font pas la même chose.
Il observa.
— C’est une variation.
— C’est une contradiction.
Un temps.
Une pierre fut posée à gauche.
La même pierre fut reprise à droite.
Sans conflit.
Juste après.
Il hocha la tête.
— Ils coopèrent.
— Non. Ils corrigent.
— C’est pareil.
— Non.
Silence.
Une troisième intention apparut.
Elle apporta une pierre.
S’arrêta.
Hésita.
Puis la posa… entre les deux.
Et recula.
Les deux groupes s’interrompirent.
Pas longtemps.
Juste assez pour décider de ne pas être d’accord.
À gauche, on intégra la pierre dans la ligne.
À droite, on la reprit pour fermer le cercle.
La pierre disparut.
Puis réapparut.
Ailleurs.
Il plissa les yeux.
— Elle travaille beaucoup.
— Elle est prise entre deux décisions.
— C’est une bonne position.
— Non.
Un temps.
— Elle va casser.
La pierre tomba.
Pas par terre.
Dans une autre place.
Un léger bruit.
Définitif.
Les deux groupes s’arrêtèrent.
Puis reprirent.
Plus vite.
Comme pour rattraper quelque chose.
Il s’avança.
— Qu’est-ce qu’on construit ?
À gauche, rien ne répondit.
À droite, rien non plus.
Mais les gestes se précisèrent.
La ligne devint mur.
Le cercle devint limite.
Elle murmura :
— Ils ont compris.
— Quoi ?
— Qu’ils ne faisaient pas la même chose.
— C’était évident.
— Pas pour eux.
Un temps.
— Maintenant si.
Il regarda.
— Le mur, c’est pour protéger.
— Peut-être.
— Le cercle, c’est pour contenir.
— Peut-être.
— Donc ça va.
— Non.
Silence.
Une pierre roula.
S’arrêta exactement sur la ligne du cercle.
Les deux groupes la regardèrent.
Longtemps.
Puis :
À gauche, on la poussa vers le mur.
À droite, on la ramena vers le cercle.
La pierre trembla.
Pas beaucoup.
Mais suffisamment pour prendre position.
Elle resta au milieu.
Il sourit.
— Elle hésite.
— Non.
— Si.
— Elle refuse.
Un temps.
Les deux groupes ralentirent.
Puis s’arrêtèrent.
Quelque chose venait d’être décidé.
Pas ici.
Mais appliqué ici.
Il leva les yeux.
— Il intervient.
— Oui.
— De quel côté ?
Elle regarda la pierre.
— D’aucun.
— Alors ça va.
— Non.
Silence.
La pierre se fendit.
Net.
Deux moitiés.
Parfaites.
L’une glissa vers le mur.
L’autre vers le cercle.
Les deux groupes reprirent.
Avec soulagement.
Il hocha la tête.
— Voilà.
— Voilà quoi ?
— Une solution.
Elle le regarda.
— Non.
— Si.
— C’est une séparation.
Un temps.
— C’est mieux.
— C’est pire.
— Pourquoi ?
Elle désigna la cour.
— Parce que maintenant, ils ont chacun raison.
Silence.
Il observa.
Le mur montait.
Le cercle se fermait.
Rien ne débordait.
Tout était propre.
— C’est stable.
— C’est fini.
— Parfait.
— Non.
Un temps.
— Maintenant, ils vont défendre.
Il réfléchit.
— Quoi ?
— Ce qu’ils ont fait.
— C’est normal.
— Oui.
Silence.
Un léger déplacement parcourut la cour.
Pas un mouvement.
Une prise de position.
Il inspira.
— Bon.
— Voilà.
— Quoi ?
Elle le regarda.
— Ça commence.
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