Auteur/autrice : Charlie
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La ligne et le cercle
Ils n’eurent pas à chercher. Le désaccord les attendait dans la cour. Ou plutôt : il s’y organisait. Deux groupes faisaient face. Pas hostiles. Appliqués. À gauche, quelque chose empilait des pierres. Avec méthode. Une ligne basse, régulière. À droite, autre chose les déplaçait. Avec soin. Un cercle, légèrement ouvert. Il s’arrêta. — Très bien.…
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Les légendes boivent rarement seules
La pluie hésitait depuis une heure sans réussir à devenir sérieuse. Dans le bistrot de la mère Bœuckly, le cidre travaillait mieux que le temps. La salle sentait : le varech humide, la soupe ancienne, la laine mouillée, et cette chaleur fatiguée des auberges du Cotentin où les hommes viennent surtout vérifier qu’ils existent encore…
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Quand le manoir devint plus habitable que Mårkvar
Le Cotentin avait passé la nuit à déplacer le mauvais temps. Le crachin allait vers la mer. Le soleil hésitait dans les haies. Le noroît revenait régulièrement pour vérifier que personne n’était heureux trop longtemps. Mårkvar remontait lentement vers le manoir. Il tenait encore. Toujours penché légèrement du mauvais côté. Toujours construit avec cette confiance…
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Le jour où les pêcheurs retinrent la mauvaise version
Le Cotentin ne changeait pas. P’t’êt’ bien qu’oui … Sa pluie hésita entre deux intensités, puis choisit celle qui expliquait mieux la situation.. Le vent suivit les haies avec méthode. Même les flaques semblaient savoir où regarder. Mårkvar avançait vite. Par contrariété surtout. Derrière lui, Kåthrïn portait le sac des textes récupérés : trois feuillets…
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La mer garde ce qu’elle refuse
La mer avait rejeté quelque chose pendant la nuit. Personne ne savait quoi exactement. Le vent poussait du noroît par grandes rafales froides qui traversaient les clos, les manches, et les discussions. Le soleil apparut une minute entière. Les Aujårds commençaient à y croire quand la pluie arriva de côté pour corriger l’erreur. Mårkvar descendit…
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Le jour où l’eau prit le large
Le Cotentin s’était levé avant tout le monde. Il sentait l’eau froide avant même qu’il ne pleuve. C’était déjà suspect. Le manoir suintait légèrement par endroits utiles. Le feu fumait de travers. Quelque chose gouttait dans un seau qui n’avait rien demandé. Kåthrïn ouvrit un œil. — Il pleuvra quand ça aura décidé, dit-elle. Mårkvar…
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Le toit tenait encore
Le lendemain, le manoir sentit mauvais avant même le lever du jour. Pas une mauvaise odeur franche. Quelque chose de plus compliqué. Un mélange de suie froide, de laine humide, et de dieu mal réveillé. Kåthrïn dormait encore près du feu, un couteau sous la main, par prudence contre les réveils. Dans la grande pièce,…
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Le manoir recommença mal
Ils arrivèrent au manoir à l’heure humide où le Cotentin semble avoir été laissé dehors toute la nuit. Le toit tenait encore. Une fumée sortait de la cheminée, très mince, comme si le feu économisait ses convictions. Le chien descendit le premier. Il traversa la cour, s’arrêta devant l’auge renversée, la renifla longuement, puis regarda…
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Le casque
Le casque avait disparu d’une manière sérieuse. C’est-à-dire : sans témoin fiable, sans bruit. Les versions variaient légèrement selon les Aujårds, ce qui donnait immédiatement au problème une gravité raisonnable. Mårkvar fouillait la table depuis plusieurs minutes déjà. Le couteau. Le verre. Les runes. Une miche entamée. Encore le verre. Pas de casque. — Tu…
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Les runes boivent plus que les hommes
Le bistrot de la mère Bœuckly tenait debout grâce à trois choses : le cidre, le sel, et une poutre qui refusait d’admettre son état. La pluie tombait de travers. Pas beaucoup. Assez pour compliquer les fenêtres. À l’intérieur, les Aujårds buvaient avec prudence. La guerre était finie depuis plusieurs jours. Ou moins. Personne ne…
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Le refus qui tient
Au début, ce ne fut pas un refus. Ce fut moins. Un pas qui ne prit pas. Pas raté. Pas empêché. Pris ailleurs. L’Aujård avança. Ou plutôt : quelque chose avança en lui, et le sol ne suivit pas. Il posa le pied. Le terrain le rendit. Un peu à côté. Pas assez pour tomber.…
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Mårkvar aux soixante-quinze vetr.
Les dieux, là-haut perchés, ont repris la pétanque.Thor vise la Grande Ourse.— Alors, ce vieux Viking ? demande Loki narquois.— L’a troqué l’hydromel contre le jus de pomme,répond Odin moqueur en vidant son triskèle. Car Mårkvar, le gaillard, pille désormais les caves,fait des petits bâtards à ses alexandrins,du haut de son manoir, pipe au bec,…
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La Bataille prend
Elle était là depuis le début, mais elle n’avait pas encore décidé d’exister. Un Aujård se releva. Ou tenta. Son geste trouva sa position. Pas son corps. Il leva le bras. Pas haut. Pas fort. Juste assez pour que ça commence sans lui. — Non, dit-il. Mais le geste continua. Comme s’il avait été pris…
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La Bataille qui avait déjà choisi
Un Aujård leva le doigt. Il redescendit. Satisfait. — Qui a frappé ? demanda quelqu’un. Personne ne répondit. Mais un Koskvíkingar recula, touché par une hésitation très nette. Le sol absorba l’élan. Le rendit ailleurs. Le sable se tassa. Sans prévenir. Mårkvar chargea. Il arriva en avance sur un adversaire qui n’était pas encore là.…
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La guerre Koskvíkingarde
Ils sortirent de la hutte. Ou du manoir selon. Le dehors, lui, n’avait pas attendu. Il était là, installé, presque en avance. Le vent passa devant, comme s’il connaissait le chemin qu’ils n’avaient pas pris. La lande s’écarta légèrement. Par précaution. Mårkvar inspira — ou tenta. L’air entra avant même qu’il n’y pense. — Bon,…
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La hutte qui commence trop tôt
Tandis que les Aujårds testaient leur dernière version de la sieste crapuleuse à rechute, Kåthrïn attendait Mårkvar sur le chemin qui ne mène pas. La météo prit l’eau. Le vent avait de l’avance. Le chemin suivait. La lande mâchait ses bosses. Une butte, à droite, penchait comme une idée mal assise. Mårkvar s’arrêta net, héroïque…
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Le puits qui n’était pas encore cassé
Ils trouvèrent le puits derrière l’église. Pas caché mais légèrement en retrait, comme s’il avait pris l’habitude de ne pas être cherché. Un cercle de pierre. Une margelle. Une corde. Un seau. Rien d’anormal. — Voilà, dit Mårkvar. — Non, dit Sélène. Mårkvar posa la main sur la corde. — Il a dit de ne…
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Celui qui garde ce qui penche
Le silence ne dura pas. Se fissura d’abord dans un détail : une chaise mal posée qui refusa de rester droite. Puis dans un regard : un habitant qui oublia de fixer l’horizon. Quelqu’un toussa. De travers. La toux chercha sa place. En trouva deux. Personne ne le vit arriver, mais tout le monde sut…
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La réparation du village
Mårkvar ne dormit pas. Il resta sur la place, face au registre fermé, comme on veille quelque chose qui respire encore. –– Ça ne peut pas rester comme ça, dit-il au matin. Le matin, d’ailleurs, mit du temps à arriver. Il s’essaya deux fois, puis finit par se poser correctement sur les toits. Mårkvar bâilla.…
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Le village qui tenait à peu près
Alors que Mårkvar essayait de remettre ses chaussures à la bonne place, et que le seau de poissons coiffés sautillait derrière lui, un bruissement se fit entendre. –– Qui va là ? demanda-t-il. Sélène, sourit, s’inclina de manière parfaitement approximative, et se plaça aux côtés de Mårkvar. –– Alors, dit-elle, par où commence-t-on ? Mårkvar leva le…
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L’Émissaire du vent
Le vent souffla. S’arrêta. Repartit dans l’autre sens, comme s’il avait oublié pourquoi il venait. Il ralentit pour laisser passer un seau qui traversait le ciel. Il tomba en silence. Le bruit arriva après. Dedans : des poissons très droits, alignés, chacun avec un bonnet trop sérieux pour la situation. — Bonjour, dit le seau.…
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Le chaos correctement réglé
Le vent soufflait comme s’il avait bu trop de cidre. La mer secouait ses vagues pour applaudir. Mårkvar marchait. Kåthrïn le suivait. Les Aujårds, trop curieux pour rester à table, s’étaient joints à eux. –– Tu sens quelque chose ? demanda-t-elle. –– Quoi ? –– Une perturbation… ou un visiteur… –– Encore ? –– Oui.…
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Le monde presque
Le soleil s’était levé. Ou peut-être qu’il se couchait. Les ombres, en tout cas, discutaient entre elles. Mårkvar marchait vers son manoir, Kåthrïn l’accompagnait, tirant derrière elle un peu de vent qui ne voulait pas choisir de direction. –– Tu vois ? dit Kåthrïn. –– Quoi ? –– Tout est légèrement… faux. Mårkvar leva la…
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Le Chemin des Douåniërs Déchaînës
Alors que la mer gloussait, que le vent prenait les girouettes et que la Roche se laissait lécher le Blanc par une vague qui insistait, Mårkvar et Kåthrïn avançaient sur le Chemin qui suivait la côte, s’en écartait, revenait comme s’il avait oublié quelque chose. On entendait la mer sans la voir. Mårkvar mâchonnait ses…
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Le jour où Mårkvar a tenté de discipliner la brume
Du haut de sa tour, Mårkvar fouillait l’horizon. Il cherchait Blanche-Roche. La mer était là, mais pas à sa place. La Roche non. — Je n’ai rien fait, dit la Manche. Quatre défaites de mouettes s’étaient écoulées depuis le naufrage. Trente tonneaux de cidre. Plus une goutte d’hydromel. Les Aujårds dérivaient. Lentement mais sûrement. Deux…