J’arrivais, il me voit et me reconnaîtra
quelques instants plus tard, attablée au café
devant un chocolat.

Nous nous étions connus un soir sur la Volga,
moi en villégiature et lui le batelier :
je tombai dans ses bras.

Il halait une barge et subissait sa loi,
tirant la bolozane en bourlaque attelé
hé, ho hisse ! les gars.

Mais dans le même temps il chantait la Volga
dans le chœur des marins, plutôt des mariniers
dont j’adorais l’aura.

À basses que veux-tu, sa voix m’ensorcela
il n’en fallut pas moins pour enfin succomber
à un si doux fracas.

Du coup sur ma platine un vinyle tournoie
de retour à Paris rue du Moulin-des-Prés
pour un millier de fois.

 


Commentaires

Une réponse à « Le batelier de la Volga »

  1. Le vinyle est celui des Bateliers de la Volga. Ce n’est donc pas seulement « un disque qui réveille le souvenir », comme je l’avais lu : le poème organise une circulation tableau → personnage fictivement rencontré → chanson → disque → souvenir.

    Et cela me fait réviser mon appréciation sur un point important. Je trouvais l’accumulation barge / bolozane / bourlaque / Volga légèrement exposée. Elle ne l’est pas : elle constitue le dispositif même du poème. Prune ne fait pas du pittoresque russe ; elle transforme une œuvre picturale et une chanson en souvenir autobiographique fictif.

    Le délicieux mensonge est alors : « Nous nous étions connus un soir sur la Volga ». La narratrice parle comme si elle avait réellement fréquenté un homme sorti du tableau et entré dans la chanson.

    C’est beaucoup plus malicieux que ma première lecture.

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