Assis au bord du monde

Las de mes courses vagabondes

Jambes un peu ballantes

Et mon âme si peu vaillante

Assis au bord du monde

Bien loin des îles de la Sonde

Si près du précipice

J’ai perdu le goût de l’épice

Assis au bord du monde

Me remémorant Trébizonde

Repose, cœur en geôle

Ta tête blonde sur l’épaule

Assis au bord du monde

Alors que ce vieux temps m’émonde

Tes deux yeux sablier

Égrènent nos déshabillés

Assis au bord du monde

Chante à contre temps de la ronde

Un amour qui s’étonne

De peindre encor, toujours l’automne

Assis au bord du monde

J’ai brisé en deux la seconde

D’un baiser éternel

Brisant le triste solennel

Assis au bord du monde

Mon sang ne te fait rubiconde

Mais la tendresse unit

Ce qu’un vil Saturne punit


Commentaires

2 réponses à « Assis au bord du monde »

  1. La rime obsessionnelle en -onde est troublante. Elle donne au poème son rythme et permet de très belles rencontres (temps m’émonde, brisé en deux la seconde); la contrainte elle-même est réussie lorsqu’elle engendre le plus souvent une image.

    Bref, un poème touchant également maîtrisé, dont le centre de gravité est pour moi la strophe du sablier. C’est là que la méditation sur le vieillissement cesse d’être un thème et devient véritablement une image.

  2. Tu ne viens pas souvent, mais tu nous livres ces temps ci des textes d’une grande qualité poétique et de profondeur d’émotion…

    Et puisque que l’on parle de sablier et de Saturne, je ne peux passer à côté de cette merveilleuse chanson de Brassens…

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