Le vent soufflait comme s’il avait bu trop de cidre.
La mer secouait ses vagues pour applaudir.
Mårkvar marchait.
Kåthrïn le suivait.
Les Aujårds, trop curieux pour rester à table,
s’étaient joints à eux.
–– Tu sens quelque chose ? demanda-t-elle.
–– Quoi ?
–– Une perturbation… ou un visiteur…
–– Encore ?
–– Oui.
Du sable surgit une silhouette.
Grande, mince, enveloppée dans un manteau de brouillard.
Une canne à pêche à la main, mais pas pour le poisson.
–– Bonjour, dit la voix.
Ou peut-être au revoir, je ne suis jamais sûr.
Mårkvar s’inclina.
–– Euh… bonjour, dit-il.
–– Je suis Mistral, dit l’inconnu.
Je transporte des vents… et des histoires…
parfois même des tempêtes oubliées.
Les Aujårds hochèrent la tête.
–– Vous êtes ici pour quoi ? demanda Mårkvar.
–– Pour vérifier que tout est… approximativement correct.
–– Exactement, dit Kåthrïn, tout en observant la main de Mistral
qui faisait danser les grains de sable comme des notes de musique.
Mistral sourit.
–– Vous êtes le Don Qui Cotentinois, je suppose ?
–– Exactement ! s’exclama Mårkvar.
–– Parfait, dit Mistral. Nous allons nous amuser.
Le vent se leva de lui-même.
La mer applaudit.
Les girouettes hésitèrent, puis se mirent à tournoyer comme jamais.
–– Alors, que faisons-nous ? demanda Mårkvar.
–– Une petite aventure, répondit Mistral,
juste assez de désordre pour que vous ne sachiez plus où sont vos chaussures.
Kåthrïn sourit.
–– Le chaos surveillé…
–– Toujours le chaos surveillé, confirma Mistral, et ajouta, mystérieusement :
et vous n’êtes jamais à l’abri d’une mouette stratégique.
Mårkvar leva les yeux.
Une mouette descendit, tenant dans son bec une boussole légèrement déréglée.
–– Excellent, dit Mistral, ça commence bien.
Et chacun reprit sa marche, à côté de lui-même.
Mårkvar, Kåthrïn, Mistral et les Aujards arrivèrent
au pied d’une dune dont le sable formait des escaliers.
–– Voilà le terrain, dit Mistral,
Des homards surgirent des rochers,
armés de pinces trop grandes pour leurs coquilles.
–– Par ici ! cria Mårkvar, levant son bâton comme un étendard.
–– Attendez… dit Kåthrïn, ce n’est pas nécessaire.
Les Aujards tentèrent de les repousser à coups de pied.
Mais ils ne frappaient que le vent.
–– Excellent ! s’exclama Mistral,
C’est exactement ce qu’il faut.
Une mouette stratège piqua Mårkvar sur la tête,
détournant son attention juste assez pour qu’un homard
bondisse jusqu’à lui.
–– Attention ! hurla-t-il.
Il fit un saut héroïque.
Ses chaussures restèrent à leur place.
Il tenta de souffler sur le crustacé pour l’effrayer.
Mais le homard se moquait parfaitement de lui.
Le vent hésita.
Comme s’il attendait un ordre qu’il n’avait jamais reçu.
Kåthrïn posa deux doigts sur le sable.
Très peu de chose. Presque rien.
Le vent corrigea légèrement son idée de trajectoire.
Juste assez pour que le homard passe
derrière Mårkvar au lieu de rester devant lui.
–– Parfait, dit Mistral,
–– Le chaos contrôlé à la perfection.
Mårkvar, se crut auteur du prodige.
–– On a gagné ? demanda-t-il, haletant.
–– Gagné ? répondit Mistral en riant,
Vous êtes vivant et les crabes ont survécu.
C’est déjà une victoire.
Les Aujårds hochèrent la tête.
–– Impressionnant, murmura l’un d’eux.
–– Et amusant, dit un autre.
Le vent se tut.
La mer fit une révérence.
Les homards s’enfuirent
en formant une haie d’honneur ridicule
à celui qui avait guerroyé en héros.
–– Voilà, dit Kåthrïn,
Nous avons combattu, presque vraiment.
Mistral disparut dans un nuage de sable,
laissant derrière lui une phrase flottante :
–– On ne combat bien que ce qui n’insiste pas.
Mårkvar se redressa, enfila ses chaussures,
et sourit à Kåthrïn :
–– Alors, la prochaine fois, on se battra contre quoi ?
–– Peu importe, répondit-elle.
Tant que le vent et les dieux s’en mêlent…
Et ils continuèrent leur chemin, à côté de leurs pas,
vers de nouvelles aventures où la logique restait… optionnelle.
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