Complètement zinclés / Brasserie du théâtre

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Sous le tivoli, duos et trios bavardent.
Repaire d’habitués où ma solitude me rend encore plus étranger.
Si j’y trouvais une compagne pour faire la paire,
peut-être m’autoriseraient-ils à partager leurs potins.

Je cherche un cœur libre.
Pas de solitaire.
Les trios : trop de chasseurs pour un seul gibier.
Les couples : à envisager si mal assortis.

Un duo de routards : lui, gris, catogan, voûté;
elle est fine, robe froissée, partage son pain avec son chien.
Pas une fois ne lève la tête pour chercher un autre horizon.
Impossible alors de croiser son regard.

Plus loin, deux femmes dont l’une expose un spectacle de jambes.
Joli visage, mais sourire inversé : une dominatrice.
Déjà donné.
Pas prêt à recommencer.

La serveuse me propose : Bière blonde,
ambrée ou une brune rafraîchissante ?
Je choisis une rousse spumescente.
Ce sera elle ma compagne.

Et le nez dans sa mousse je reprends mes rêveries.


Commentaires

Une réponse à “Complètement zinclés / Brasserie du théâtre”

  1. Ce texte capte avec justesse la solitude contemporaine dans un lieu de sociabilité paradoxale, grâce à une observation fine des micro-scènes humaines et à un regard lucide sur les jeux de désir et de pouvoir. La progression est claire, portée par une écriture fluide et dépouillée, efficace dans sa sobriété. Toutefois, l’ensemble reste volontairement en surface : les figures croisées sont plus typées que réellement incarnées, et l’émotion demeure contenue, presque prudente. La chute, élégante avec la « rousse spumescente », fonctionne comme une pirouette mélancolique plus que comme une véritable résolution intérieure.

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