La prison de lupins
Un champ de lupins sauvages , habillé d’un dégradé de bleus, entourait un lac où se reflétait un ciel frileux.
Sous l’ombre des nuages, de l’autre côté de la rive, la maison isolée semblait désertée, sans âme qui vive.
Pas une fumée ne s’échappait de la cheminée de pierre, le foyer était éteint. Pourtant, un homme était en prière, seul devant la porte, courbé sur un vieux banc, la tête cachée dans ses mains, se reposant.
Un profond désespoir semblait l’étreindre, lassitude qu’il ne pouvait pas feindre : celle du prisonnier, libre , mais condamné à vie, sachant que s’évader il n’a même plus l’envie.
M’approchant sans bruit, au milieu du silence que seules quelques corneilles sans méfiance venaient troubler, j’aperçus une longue chaîne, courant dans l’herbe, couverte de lichen.
Pas l’attache d’un chien . Non, juste l’une des jambes de l’homme.
Il lui eût été aisé de la dénouer, sans autre forme de procès. Mais sans doute ne le voulait- il pas , sans doute aussi savait il pourquoi..
Un rayon de soleil fugacement fit briller le métal. L’homme leva alors un regard vers le ciel, dans un abandon total., puis repris sa pose, figé en lui même comme statue de sel.
Tout cela était mystérieux, inattendu, et un peu irréel.
Sur le chemin du retour, je m’arrêtai un instant dans le champ de lupins, m’y agenouillai au milieu des tiges pastels, pour y cueillir ces fleurs que j’étais venue chercher.
Avant de les déposer demain, à l’aube, sur un autel.
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