Après que bien des guerres aient brisé nos familles,
après que nous ayons rejeté nos drapeaux,
ils nous ont engagés dans des chemins de rêve.

Nous nous sommes convaincus
que nous avions gagné
le droit de vivre et le droit d’être heureux,
de n’être plus des mules comme l’étaient nos parents,
d’être des hommes libres maitrisant leur destin,

Et nous avons rêvé.

Et nous avons laissé sur le bord du chemin
ce qui dans la misère nous avait réunis,
avait su nous donner le courage de vivre.
Nous nous sommes écartés des chemins difficiles
qu’avaient tracés pour nous nos parents de leur sang,
pour sortir en riant des couloirs du temps
et nous rêver des dieux,

Un instant de folie.

Ils ont payé le prix pour que nous détestions
ce qu’étaient nos anciens et nous croire meilleurs qu’eux.
Ils ont payé le prix pour que nous renoncions
à l’unique richesse qui occupait nos cœurs :

La solidarité.

Nous voici maintenant isolés et haineux,
cherchant à préserver le bien, le mal acquis,
prêts à nous entretuer pour pouvoir conserver
des fortunes dérisoires, des objets insensés investis de nos rêves,

Images de notre échec.

Et nous pleurons de voir ces jouets qu’on nous ôte
pour mieux nous rappeler notre vassalité,
pour mieux nous contenir, pour mieux nous maitriser,
pour mieux prendre nos forces et mieux les enchaîner.

Ils asservissent nos frères,
contre eux ils nous opposent
et nous obligent même à leur exploitation
pour sauver le modèle qu’il nous ont imposé.

C’est contre eux qu’ils nous jettent, c’est par eux qu’ils nous brisent.

Nous étions courageux, nous voici prédateurs,
qui vivons de la vie et du sang des enfants.
Nous étions généreux, nous sommes devenus lâches
et ne voulons surtout en aucune façon
réfléchir au moyen de corriger cela,
par crainte de découvrir la profondeur du gouffre
au fond duquel gisent

Nos anciens idéaux.


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