Retour sans effraction

La clé de secours est, exactement,
à l’endroit où nous la cachions.
Couper l’alarme
et me glisser dans la maison endormie.
Jusqu’à notre chambre.

Tu es là.

Seule dans cette grande demeure.
Couchée en chien de fusil
face à ma place inoccupée.

Je te regarde
et mon cœur explose d’amour.
J’ai envie de te rejoindre
mais quelque chose me retient.
Ce n’est pas de l’hésitation
mais une forme d’émerveillement
silencieux, douloureux et doux,
comme celui d’un homme qui revient
enfin
là où il aurait toujours dû être.

Doucement je me glisse dans l’espace laissé disponible.
moi aussi en chien de fusil.
Tu sens le jardin et les fleurs.
Tourné vers toi, je songe à nous,
notre vie d’orages et d’amour.

Ta mauvaise foi et ta pertinence.
Mon sale caractère et ma dévotion.
Tu mordrais par amour. Je tordrais pour te garder,
la main pourtant scotchée sur la poignée de la valise.
Toute cette passion cachée dans nos défis cinglants.

Combien de fois, dans notre lit,
ne me suis-je imaginé
le moment où ce bonheur serait du passé.
J’en avais assez de retrouver chaque matin cette peur
comme une évidence laissée en veille.
La peur, toujours la peur.

J’accepte de mourir définitivement si la mort,
à jamais,
doit me fixer dans un moment comme celui-ci.
Je ferme les yeux,
ma dernière image c’est toi.
La première que je verrai
en te quittant tout à l’heure,
ce sera encore toi.

Alors, je disparaîtrai sans bruit pour ne pas t’effrayer.

Une main se glisse dans les miennes,
glacées de crainte de te perdre à nouveau.

Le sommeil me capture et m’engouffre,
égaré,
dans une spirale hypnotique.

 

Extrait du roman initiatique Orphèe ou L’amour après la mort.  

 


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