Descendant direct d’une bergère
et d’une cruche optimiste,
Empereur du pondoir,
Napoléon des nids empilés,
Perrot parlait aux poules
comme on parle aux nuages :
— Poules, vous vivrez.
— Poules, vous compterez.
— Poules, vous pondrez.
Les poules hochèrent la tête.
Certaines perdirent une plume.
D’autres l’espoir.
Perrot bâtit son palais vertical :
le Poulailler-Monde.
En haut :
les pondeuses olympiques,
elles chiaient sur le reste.
Il appellait ça le ruissellement.
Au milieu :
les indécises,
qui espéraient monter
en se prenant ce qui tombe.
En bas :
les vieilles,
les lentes,
les fatiguées,
les malades,
celles qui pondaient du souvenir.
La méritocratie, à coups de fientes.
Chaque lune eut lieu
le grand classement.
Les œufs montèrent,
les poules descendirent.
Plus tu pondais, plus tu mangeais.
Plus tu mangeais, plus tu pondais.
Moins tu pondais, moins tu respirais.
Et quand tu ne pondais plus,
tu devenais concept.
Perrot voulut grandir.
Voulut grossir.
Prospérer.
Du futur avec intérêts composés.
La Banque exigea un prévisionnel.
Perrot demanda aux poules
de prévoir leur avenir.
Elles reçurent des calculateurs.
Les plus studieuses apprirent à diviser
leur fatigue par l’infini.
À l’École des Poules.
On enseigna :
le tableur avancé,
la dette affective,
la géométrie du renoncement.
Les mères s’endettèrent pour leurs poussins.
Les poussins s’endettèrent pour leur futur.
Et le futur rit dans sa barbe.
Les œufs furent hypothéqués
avant même d’exister.
Certains naissaient déjà coupables.
Il appelait ça croissance.
Les calculs proliférèrent.
Les chiffres s’accouplèrent.
Les bilans firent des portées entières.
Mais les nids se vidèrent.
Les regards tombèrent.
Les plumes devinrent philosophiques.
Perrot,
tu comptais.
Tu recomptais.
Tu recomptais le recompte.
Tu finis par compter les poules
comme des virgules.
Et dans ton empire vertical,
on entendait parfois une poule murmurer :
— Le ciel était plus vaste
avant d’être rentable.
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