Carnaval
Venise
suspend la rigueur.
Accorde
quelques heures
au vertige.
Désordre surveillé.
Ivresse contenue.
Depuis mille ans
marché tacite :
du jeu
contre la colère,
du théâtre
contre la faim.
Droit bref
à l’écart.
Masque :
On brouille les sexes.
On efface les noms.
On interdit.
On restaure.
On rejoue.
La bienséance
rend les armes.
Tout est prêt
pour la fête.
Rien
pour l’innocence.
Notre carnaval
Elle, ma Sérénissime,
si prolixe de mots et de gestes,
se mure
derrière sa beauté.
Moi, si extraverti,
je glisse dans son ombre,
deux pas derrière.
Silence.
Aimant à regards.
Elle tient
dans un cercle
de flashs.
Elle goûte
la brûlure douce
d’être désirée.
Chaque pose
ajoute
et retranche.
Je goûte
la peur claire
de la perdre
au centre même
de mes yeux.
Nous sortons
du rang.
Entrons
dans l’histoire factice.
Nous regardons
de nos masques immobiles.
Nous tremblons.
Nous sommes
plus vivants
qu’à l’ordinaire.
Plus vulnérables aussi.

Le jour
se dissout
dans l’eau.
Chute
Le soir
nous rend nos noms.
Les masques
refroidissent
dans la main.
Il reste
cette joie coupante.
Ce trouble heureux.
Et l’évidence :
certains bonheurs
ne tiennent
qu’à condition
de menacer
ce qu’ils touchent.
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