Cosmic love

Lors de la conquête de l’espace, et sur un plan strictement physiologique, rien n’empêchait un couple de se livrer à des ébats amoureux. Mais à quel prix ! Au début d’un séjour en apesanteur, les fluides sanguins migraient du bas vers le haut, provoquant l’apparition de symptômes tel un visage bouffi pas très sexy.

Bien sûr, au bout de quelques jours, ou plus, suivant les organismes, la situation avait tendance à rentrer dans l’ordre. Mais durant cette période, point d’érection possible puisque les corps caverneux de la verge n’étaient plus irrigués.

Techniquement, l’apesanteur complexifiait les rapports puisque le moindre « changement de direction » n’est pas stoppé. Mais l’imagination humaine débordante pouvait facilement circonvenir ce problème basique. Au-delà de la considération purement technique, des questions conjointes se posaient, par exemple la pression sanguine diminuant dans l’espace. Les choses rentraient ensuite dans l’ordre… certains astronautes ayant reconnu s’être adonnés à des masturbations spatiales.

Pour faciliter les étreintes en lévitation, les Russes, qui répondaient toujours présents pour expérimenter tous azimuts, avaient mis au point une combinaison spéciale afin de régler les problèmes d’érection des cosmonautes. Cette combinaison, baptisée Chibis consistait en un « pantalon » afin d’accélérer la circulation du sang jusque dans les jambes grâce à un vide d’air, avec le résultat escompté : une verge prête au service ! Cependant, le procédé se révéla si violent que l’impétrant s’évanouissait souvent avant même d’avoir entrepris les manœuvres d’approche. En fait, il aurait fallu un double pantalon aménagé spécialement, ce qui ne favorisait pas les émois romantiques

La NASA américaine de l’époque avait conclu, après quelques expériences, à l’impossibilité de la position du missionnaire, mais fort heureusement, à l’adéquation d’autres positions sous réserve d’utiliser quelques appareils et des ceintures spéciales Doggy style.

***

Bien plus tard, en 2150, c’était sans compter sur la plasticité physiologique : l’homme nouveau y jouissait d’une faculté télescopique souple-dure qui lui permettait à distance de viser l’entrejambe de sa compagne, puis, comme un pêcheur joue de son moulinet, de rapprocher l’objet de son cœur contre le sien. Mais, tout aussi bien, la femme émulait une aspiration vaginale entraînant son partenaire tout prêt de son intimité. Rien n’empêchait, quand les deux amoureux se connaissaient mieux, d’y aller de l’un et de l’autre, alternativement, ou conjointement pour des copulations pleines de cette poésie de l’espace qui nourrissait notre imagination. Et comme il y a plus d’un temple où sacrifier à Vénus, et suivant les orientations sexuelles de chacun, toutes les combinaisons s’offraient aux amants, grâce à une aspiration bilatérale chez les femmes et une alternative yin et yang chez les hommes. Ainsi deux amazones pouvaient s’aspirer mutuellement, au moins pour assurer un rapprochement avant toute nouvelle mignardise ; deux machos s’adonner à toutes sortes de circonvolutions. Quant aux tête-à-queue et tête-à-cul… mais alors là, seule la plume d’un Ovide dessinerait tous les contours d’un nouvel art d’aimer.

Moi, je ne souhaitais pas nous arrimer trop rapidement et je pense — mais j’espère ne pas me tromper — que mon amoureuse souhaitait que nous profitions pleinement du temps qui nous était imparti avant notre atterrissage. Devançant son désir, j’usai de ma queue télescopique, non pour percer son quant-à-soi, mais par un jeu de contournement, pour l’enserrer autour de la taille et, comme un yoyo, ce jouet le plus ancien du monde après la toupie, initier un ballet charmant.

Quand mon sexe, équipé de ses deux masselottes qui solidarisaient le moyeu, tournait suffisamment vite, il se dégageait de l’effet de la force centrifuge, conférant à mon yoyo débrayable la possibilité de tourner en roue libre. Cela augmente, certes, la difficulté d’utilisation du jouet, mais quel plaisir et parfois quels fous rires nous en tirions ! Il fallait réussir à faire adhérer la « ficelle » au moyeu à l’aide d’un mouvement sec des reins pour qu’il remonte.

Nous ouvrîmes le volet d’acier qui occultait la baie vitrée panoramique de notre cabine et, plongés au cœur de la Voie lactée, dans le système solaire qui nous rapprochait de notre destination, nous n’étions plus que deux minuscules étoiles irradiant de leur désir en expansion. L’apesanteur, lit douillet tridimensionnel, ouvrait la voie à des ébats insensés et infinis, loin des fantasmes qui avaient dû préluder aux maladroites escarmouches de ces scaphandriers des premiers tâtonnements intersidéraux.

Nous, nous volions dans notre espace amoureux, nous jouions de toutes les possibilités offertes par notre plasticité physiologique, sans pour autant rechercher je ne sais quelle performance qui n’avait plus cours en une époque posthistorique où la découverte de l’autre, à l’instar de toutes les découvertes humaines, primait sur les antiques formes de possession.


Commentaires

Une réponse à “Cosmic love”

  1. « La découverte de l’autre, à l’instar de toutes les découvertes humaines, primait sur les antiques formes de possession » : un vrai programme de campagne pour élections interstellaires dans un univers post soixante-huit-hard.

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