Auteur/autrice : Marc Hiver

  • D’une montagne l’autre

    Je ne crois pas qu’on doive épiloguer longtemps sur la couleur du ciel entre l’aube et l’aurore ; je quittai le refuge avant qu’un mauvais sort transportât sans vergogne un de mes quatre vents. Mon bâton à la main, baluchon sur le dos, j’arpentai la montagne avec dans le regard ce qu’il faut d’acuité afin…

  • Apophtegme irrévérencieux

    Socrate à l’un de ses disciples : connais-toi toi-même, l’ami ! Et cet apophtegme qui flippe ne faisait pas flipper que lui. Et, hors un gros Plutarque à mettre mes rabats — ces cols à ranger — ne prends pas au pied de la lettre ces mots dignes d’être cités. Plutarque disait qu’il faut vivre…

  • J’ai vendu mon Lodgy

    J’ai vendu mon Lodgy comme on vend un esclave, mon deuxième logis, lui qui était bien brave. C’était mon compagnon, j’ai dû m’en séparer — j’en reste tout grognon — pour raison de santé. Sa famille Dacia était originaire de Roumanie, là-bas, émigrant sur nos terres. Renault l’avait reprise pour sa gamme à bas prix…

  • Petit art poétique du mirliton

    On me dit sans humour que notre Terre est plate, ronde, mais plate comme une soucoupe à thé tournant sur elle-même avec fébrilité, soucoupe volante en un ciel écarlate. Je me demande si nous autres Terriens étions fort Martiens ayant colonisé un astre qui semblait une soucoupe à thé une forme choisie par ces êtres…

  • L’entéléchie et moi

    L’entéléchie et moi, c’est une vieille histoire qu’on n’aborde jamais dans les livres d’histoire et pour cause. État d’achèvement, vrai accomplissement, Aristote le dit et jamais il ne ment, point ne glose. Placer entéléchie dans la conversation tout naturellement, sans tergiversation, ça te pose. Quant à l’ami Pierrot, c’est une entéléchie qui n’a ni chair…

  • Effraction mnésique

    J’ai fracturé le coffre où tous mes souvenirs reposaient à l’abri de trop de nostalgie, fors la mélancolie qui sied aux poésies s’attachant à notre âme et forgeant son empire. J’ai vu un vrai bazar de bimbeloterie quelques crottes de nez séchées depuis longtemps un petit poil de cul à te troubler les sangs et…

  • Révélation eschatologique

    Ça y est ! C’est fait, je suis mort. Je peux dès lors en témoigner. Tous vos travers sont pardonnés, vous arrivez donc à bon port. Une vie éternelle à points, pas vraiment la même retraite : orchestre pour l’anachorète, au poulailler pour les sagouins ! Mais pour tous, un commun spectacle : rock and roll, musique…

  • Je ne sais pas pourquoi

    Je ne sais vraiment pas pourquoi, oui, pourquoi ? L’amour est enfant de Bohème, Le cristal ? Et si le couple est trop fragile, la cassure ? Et toi, m’amour t’en penses quoi, l’avenir ? Je rechigne à penser tout bas, comme toi ? Vingt dieux qu’elle est belle l’église, clocheton ? Je reviendrai à…

  • Une histoire de fou

    C’est une histoire de fou que je vais narrer tantôt. Sache qu’il faisait très doux par chez nous au cœur de l’été. Je portais une redingote, un chapeau haut de forme, une canne à pommeau et des bottes pour marcher dans l’allée sous les ormes. Quelle était belle la place du marché et les provendes…

  • Mon histoire

    Et voilà mon histoire avec tous ses détails que je viens de narrer brute de décoffrage sans me valoriser ni omettre une faille devant toi mon lecteur et tout l’aréopage. Je n’ajouterai rien, car je vous ai tout dit et je ne voudrais pas, par pure complaisance, noircissant le tableau où mon astre pâlit tomber…

  • Le Salut Universel de Base (SUB)

    A peine ai-je franchi les portes de l’enfer que je vois apparaître un ange de lumière qui me dit sans façons : comment vas-tu mon pote ? Quelle mort est la tienne et la tienne me botte ! Il était familier et connaissait mon blaze, savait tout de ma vie et quelle vie de nase ! Lucifer, c’était lui,…

  • Heptasyllabe sonné

    Le Seigneur m’a tout donné, mais Satan m’a tout repris, lors je reste dans le noir, moi, qui ne suis pas tout blanc. Mes sept pieds pour avancer : la drôle de poésie par ses rimes de merdoir pour peu que je lâche un vent. Allez, je vais vous narrer cette autobiographie du bonhomme à…

  • Femmes adorées

    Ô femmes adorées, toutes mes bien-aimées Je vous veux au déduit à jamais réunies ! Et nous inviterons des filles de Bezons, à se joindre à la fête sans souci du paraître. Lors, nous rameuterons au petit cabanon de belles étrangères et quelques éphémères. Point ne demanderai qui recherche la paix seyante en ma demeure où…

  • Émilie

    Émilie toujours la plus jolie au pays ? Et Milly- la-Forêt si fleurie rebâtie. Toi Billie Holiday trop bluesy tôt partie ? Moi Henri — paysan de Paris — je survis. Par ici, même par là aussi, je n’y suis PAS !

  • Les étés pépères

    Qu’on ne me parle plus de ces étés pépères où au bord de la mer on exhibait son cul. Fesses rougies par le soleil dont les rayons comme une claque taclent nos corps dans la débâcle d’un jour sans fin, carte vermeille. Je vous préviens : je n’irai plus à Tombouctou, Tombouctou c’est déjà ici…

  • Captain, affale tes rimes !

    Ce rafiot n’offrait pas, comme on dit aujourd’hui, le confort calibré de ces géants des mers qui transportent nos vieux avant le paradis sur des eaux si chaudes au dégradé de verts. En franchissant le cap, moi c’était l’espérance d’ailleurs bonne ou mauvaise au gré de mes humeurs qui me faisait danser, parfois jusqu’à la…

  • Un drame abominable

    Par une nuit d’été, un drame abominable secoua la région bien au-delà de Caen, car dans le Calvados un être misérable en avait frelaté notre élixir normand. Du coup, nous les Vikings, nous nous sentions minables, et nous appréhendions le Breton bretonnant avancer son chouchen, nous mettre sur le râble ce fichu hydromel en nous…

  • Mes fantômes

    La nuit, mes fantômes viennent à ma rencontre ils peuplent ma datcha des voiles éthérés dont ils sont revêtus et pour jouer à contre au rami jusqu’à l’aube, leurs mains associées. Ils adorent la peur, je suis habitué à toutes simagrées quand on passe minuit et qu’ils se croient tenus de trop en rajouter afin…

  • L’automne au frais

    Les hirondelles se préparent à partir. Bon débarras ! Et que le cul leur pèle ailleurs si le beau temps les attire dans une Épire antique au climat qui ne sera pas meilleur que nos hivers dont on espère un peu le froid. Autrefois l’hirondelle migrait vers l’Afrique, mais dans la vague touristique elle se croit…

  • Traité de paix perpétuelle

    Je voudrais bien qu’un jour on s’arroge le droit de faire tous ensemble une paix éternelle, que même les oiseaux — je pense aux hirondelles — ne transgresseront pas avec mauvaise foi. Et l’abbé de Saint-Pierre avait déjà écrit — aux temps immémoriaux comme on peut le lire sous sa statue de pierre — l’adresse…

  • Rêve d’un matin frais après la pluie

    Quelle chaleur dans ma datcha quand ce matin et tout à trac il a gelé sur la toundra comme le temps devenait braque. Dans ma datcha en Sibérie la neige recouvrit le toit et je vis sous les appentis les réfugiés aux abois. Mon fier chameau prenait des airs et l’éléphant en restait coi ;…

  • Les haricots

    Toi dont les haricots ne cessent de germer connais-tu le moyen d’arrêter la Nature et que le poids des ans réduise la voilure qui me conduit aux vers qui ne vont plus rimer ? La poésie m’étreint et s’allie à la prose, les deux rivalisant de créativité à m’en laisser pantois et bientôt enterré par la…

  • La Marseillaise

    Quand nous cherchions l’accord et qu’elle trouvait bien synchrones nos ébats après un bon prologue, Ernestine chantait au terme du dialogue une Marseillaise sur l’air d’on y revient ! Parfois c’était Chopin au gré d’une nocturne qui s’invitait céans par touches délicates comme l’eût fait sans fard un joyeux suricate et nous prenions un pied en…

  • L’ouroboros

      Je ne voudrais pas qu’on me prenne pour un con sous le prétexte que je me mordrais la queue ! Mais se mordre la queue ? Risible, parce que le serpent se la mord sans y craindre la mort ! Au risque de ne pas me mettre dans leurs pas je m’attends à ce…

  • Bellérophon

    À peine avais-je ôté mes souliers que je vis une étrange lueur traverser le salon et dans un doux murmure interpeller l’ami qui venait de mourir comme un Bellérophon. Moi, mon Bellérophon n’avait jamais dompté Pégase et tué Chimère, tel ce héros, fils de Poséidon qui, aux âmes bien nées, vainquit les amazones. Ce qu’il…