Elle était là depuis le début,
mais elle n’avait pas encore décidé d’exister.
Un Aujård se releva.
Ou tenta.
Son geste trouva sa position.
Pas son corps.
Il leva le bras.
Pas haut.
Pas fort.
Juste assez pour que ça commence sans lui.
— Non, dit-il.
Mais le geste continua.
Comme s’il avait été pris ailleurs.
Amélioré en chemin.
Sa main trouva une pierre qu’il n’avait pas choisie.
Elle pesa juste.
Trop juste.
— Non.
Il lança.
La pierre partit droite, corrigée en vol,
toucha quelqu’un qui n’était pas encore à cet endroit.
Un Koskvíkingar se plia.
Par anticipation.
— Aïe, dit-il.
Puis reçut le coup.
L’Aujård regarda sa main.
Vide.
— C’est pas moi.
Mais il était déjà en train de participer
à quelque chose qui ne passait pas par lui.
En face,
un Koskvíkingar tenta une phrase.
La bataille la garda.
Pas pour son sens,
pour sa forme.
Elle la posa entre deux gestes.
Elle tint.
Mårkvar sentit.
— Voilà.
Mais ce n’était pas lui.
Autour, la bataille respirait mieux.
Plus nette.
Plus sûre.
Un autre geste monta.
Dans son épaule cette fois.
L’Aujård tenta de le retenir.
Le geste passa à côté.
Utilisa le bras quand même.
— Non.
Il para.
Parfaitement.
Quelque chose frappa.
Ou aurait frappé.
Ou avait frappé plus tôt.
Le choc eut lieu.
Net.
Impeccable.
Le sol marqua un léger retard.
Presque rien,
mais suffisant pour que le pied arrive avant lui.
— Tu vois ! cria quelqu’un.
Il ne voyait pas.
Ses jambes avancèrent.
Une fois.
Deux.
Le sol facilita.
Puis hésita.
Comme s’il ne reconnaissait plus
ce qu’on lui demandait de porter.
— Arrête.
Mais il arriva.
Au bon moment.
Sur quelqu’un.
Un Koskvíkingar leva une phrase.
Longue.
Trop longue.
Elle ne finit pas.
L’Aujård la coupa avec une précision
qui ne lui appartenait pas.
Silence.
Court.
Efficace.
— Je ne voulais pas.
Sa voix resta.
Le reste continua.
Autour de lui, les gestes se reprenaient.
Les siens d’abord, puis ceux des autres.
Améliorés.
Sans apprentissage.
La bataille s’était posée là.
Exactement là,
comme une idée qui a trouvé son corps.
Kåthrïn le regarda.
Longtemps.
Assez pour que quelque chose hésite.
— Lâche, dit-elle.
Il essaya.
Sa main s’ouvrit.
Reprit.
— Je peux pas.
Et c’était vrai.
Mais pas pour la raison qu’il croyait.
L’Aujård s’arrêta.
Un instant.
La bataille attendit.
À peine.
Puis elle reprit, par lui.
Un coup partit.
Mieux que le précédent.
Le contact eut lieu.
Sans toucher tout à fait.
Quelque chose passa.
Le corps suivit.
Un peu après.
— Lâche.
Il plia.
Un instant.
Le geste passa par ailleurs.
Revint.
Plus simple.
Plus loin, la mer mâchonnait.
Blanche-Roche enfonça la tête sous l’eau.
Plus tôt qu’il n’aurait fallu.
Comme pour ne pas voir
ce qui n’était pas encore là.
Les mouettes tournèrent.
Indécises.
Puis validèrent.
En retard.
Les crabes, dessous, tenaient bon.
Trop bon.
— Arrête, répéta Kåthrïn.
Il la regarda.
Vraiment.
Pendant une seconde,
le geste rata.
Un coup passa à côté.
Superbe.
Le sol refusa de le recevoir.
Puis céda.
Ailleurs.
La bataille corrigea aussitôt.
Elle revint.
Sur lui.
Kåthrïn s’approcha.
Pas pour voir.
Pour vérifier.
— Ne bouge pas, dit-elle.
— Je ne bouge pas.
— Justement.
L’Aujård regarda ses mains.
Elles étaient là.
Mais pas au moment où il les regardait.
— C’est rien, dit Mårkvar.
— Non.
— Si.
— Non.
Un temps.
Celui qui restait.
Loki observa sans intervenir.
Ce qui, cette fois, n’aida pas.
Quelque chose tenta.
Discrètement,
ça corrigea.
Un peu avant.
Le vent passa.
S’arrêta.
Repartit sans lui.
Mårkvar fronça les sourcils.
— Il faut décider.
— Non, dit Kåthrïn.
— Si.
— Tu vas empirer.
— Je vais régler.
Il s’approcha.
Posa la main sur l’épaule de l’Aujård.
Le geste arriva.
Le contact non.
Il insista.
Fort.
Alors, quelque chose céda.
Pas l’homme.
Pas le monde.
Le lien.
Un très léger décalage
devint fixe.
Le sol, dessous,
ne suivit plus tout à fait.
L’Aujård cligna des yeux.
Pas ensemble.
— Ah, dit-il.
Ce “ah” resta sans suite.
Kåthrïn ferma les yeux une seconde.
Pas la bonne.
— C’est fait, dit-elle.
Mårkvar se redressa.
— Quoi ?
Elle le regarda.
Pour de vrai.
— Ça ne reviendra pas.
Silence.
Au loin,
les Koskvíkingars reformaient déjà leurs phrases.
Avec prudence.
Comme si quelque chose, dans le réel,
avait cessé de garantir leur place.
Odin leva la tête.
Regarda.
Cette fois.
— Voilà.
Thor ne bougea pas.
Loki inclina légèrement la tête.
Intéressé.
— Ah.
Mårkvar serra les dents.
— On continue.
Kåthrïn ne répondit pas tout de suite.
— Oui, dit-elle enfin.
Mais pas pour lui.
Derrière eux,
la bataille cherchait encore
où se terminer.
Mais devant,
le sol n’attendait plus tout à fait.
Et, pour la première fois,
l’Autre n’était plus certain d’avoir déjà réussi.
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