La nuit, mes fantômes viennent à ma rencontre
ils peuplent ma datcha des voiles éthérés
dont ils sont revêtus et pour jouer à contre
au rami jusqu’à l’aube, leurs mains associées.
Ils adorent la peur, je suis habitué
à toutes simagrées quand on passe minuit
et qu’ils se croient tenus de trop en rajouter
afin de respecter les règles de leur vie.
Ça reste bon enfant, alors je joue le jeu
poussant des cris d’orfraie pour répondre aux attentes
des ectoplasmes fous et des goules de feu,
ces femmes trucidées aux robes froufroutantes.
Car tous ces morts enfin, je leur dois la chandelle
éclairant l’insomnie où chacun aura droit
à cette gratitude et donc à la part belle
au coucher du soleil quand la lune se noie.
Le tueur en série payera le tribut
de son existence vouée à zigouiller
dans un capharnaüm qu’il me plaît tant et plus
d’invoquer, hommage ému aux sacrifiés.
Ce soir je pars en chasse et j’espère trouver
celui ou celle qui rejoindra la cohorte
de mes nouveaux amis par moi assassinés
sous le brouillard de plomb et une étoile accorte.
Cette noble famille enchante ma datcha
et malgré le massacre après tout imposé
n’en voudra surtout pas à l’homme au coutelas
qui c’est vrai égorgea avec un grand doigté.
Lecteur, ne juge pas au nom de la morale
le sacrificateur d’une œuvre salutaire
empreinte du bonheur de ces visages pâles
qui loin du paradis les sortit de l’enfer !
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