Catégorie : marc -collection rouge 2025
-
D’une montagne l’autre
Je ne crois pas qu’on doive épiloguer longtemps sur la couleur du ciel entre l’aube et l’aurore ; je quittai le refuge avant qu’un mauvais sort transportât sans vergogne un de mes quatre vents. Mon bâton à la main, baluchon sur le dos, j’arpentai la montagne avec dans le regard ce qu’il faut d’acuité afin…
-
J’ai vendu mon Lodgy
J’ai vendu mon Lodgy comme on vend un esclave, mon deuxième logis, lui qui était bien brave. C’était mon compagnon, j’ai dû m’en séparer — j’en reste tout grognon — pour raison de santé. Sa famille Dacia était originaire de Roumanie, là-bas, émigrant sur nos terres. Renault l’avait reprise pour sa gamme à bas prix…
-
L’entéléchie et moi
L’entéléchie et moi, c’est une vieille histoire qu’on n’aborde jamais dans les livres d’histoire et pour cause. État d’achèvement, vrai accomplissement, Aristote le dit et jamais il ne ment, point ne glose. Placer entéléchie dans la conversation tout naturellement, sans tergiversation, ça te pose. Quant à l’ami Pierrot, c’est une entéléchie qui n’a ni chair…
-
Effraction mnésique
J’ai fracturé le coffre où tous mes souvenirs reposaient à l’abri de trop de nostalgie, fors la mélancolie qui sied aux poésies s’attachant à notre âme et forgeant son empire. J’ai vu un vrai bazar de bimbeloterie quelques crottes de nez séchées depuis longtemps un petit poil de cul à te troubler les sangs et…
-
Je ne sais pas pourquoi
Je ne sais vraiment pas pourquoi, oui, pourquoi ? L’amour est enfant de Bohème, Le cristal ? Et si le couple est trop fragile, la cassure ? Et toi, m’amour t’en penses quoi, l’avenir ? Je rechigne à penser tout bas, comme toi ? Vingt dieux qu’elle est belle l’église, clocheton ? Je reviendrai à…
-
Une histoire de fou
C’est une histoire de fou que je vais narrer tantôt. Sache qu’il faisait très doux par chez nous au cœur de l’été. Je portais une redingote, un chapeau haut de forme, une canne à pommeau et des bottes pour marcher dans l’allée sous les ormes. Quelle était belle la place du marché et les provendes…
-
Mon histoire
Et voilà mon histoire avec tous ses détails que je viens de narrer brute de décoffrage sans me valoriser ni omettre une faille devant toi mon lecteur et tout l’aréopage. Je n’ajouterai rien, car je vous ai tout dit et je ne voudrais pas, par pure complaisance, noircissant le tableau où mon astre pâlit tomber…
-
Le Salut Universel de Base (SUB)
A peine ai-je franchi les portes de l’enfer que je vois apparaître un ange de lumière qui me dit sans façons : comment vas-tu mon pote ? Quelle mort est la tienne et la tienne me botte ! Il était familier et connaissait mon blaze, savait tout de ma vie et quelle vie de nase ! Lucifer, c’était lui,…
-
Heptasyllabe sonné
Le Seigneur m’a tout donné, mais Satan m’a tout repris, lors je reste dans le noir, moi, qui ne suis pas tout blanc. Mes sept pieds pour avancer : la drôle de poésie par ses rimes de merdoir pour peu que je lâche un vent. Allez, je vais vous narrer cette autobiographie du bonhomme à…
-
Émilie
Émilie toujours la plus jolie au pays ? Et Milly- la-Forêt si fleurie rebâtie. Toi Billie Holiday trop bluesy tôt partie ? Moi Henri — paysan de Paris — je survis. Par ici, même par là aussi, je n’y suis PAS !
-
Les étés pépères
Qu’on ne me parle plus de ces étés pépères où au bord de la mer on exhibait son cul. Fesses rougies par le soleil dont les rayons comme une claque taclent nos corps dans la débâcle d’un jour sans fin, carte vermeille. Je vous préviens : je n’irai plus à Tombouctou, Tombouctou c’est déjà ici…
-
Captain, affale tes rimes !
Ce rafiot n’offrait pas, comme on dit aujourd’hui, le confort calibré de ces géants des mers qui transportent nos vieux avant le paradis sur des eaux si chaudes au dégradé de verts. En franchissant le cap, moi c’était l’espérance d’ailleurs bonne ou mauvaise au gré de mes humeurs qui me faisait danser, parfois jusqu’à la…
-
Un drame abominable
Par une nuit d’été, un drame abominable secoua la région bien au-delà de Caen, car dans le Calvados un être misérable en avait frelaté notre élixir normand. Du coup, nous les Vikings, nous nous sentions minables, et nous appréhendions le Breton bretonnant avancer son chouchen, nous mettre sur le râble ce fichu hydromel en nous…
-
Mes fantômes
La nuit, mes fantômes viennent à ma rencontre ils peuplent ma datcha des voiles éthérés dont ils sont revêtus et pour jouer à contre au rami jusqu’à l’aube, leurs mains associées. Ils adorent la peur, je suis habitué à toutes simagrées quand on passe minuit et qu’ils se croient tenus de trop en rajouter afin…
-
L’automne au frais
Les hirondelles se préparent à partir. Bon débarras ! Et que le cul leur pèle ailleurs si le beau temps les attire dans une Épire antique au climat qui ne sera pas meilleur que nos hivers dont on espère un peu le froid. Autrefois l’hirondelle migrait vers l’Afrique, mais dans la vague touristique elle se croit…
-
Traité de paix perpétuelle
Je voudrais bien qu’un jour on s’arroge le droit de faire tous ensemble une paix éternelle, que même les oiseaux — je pense aux hirondelles — ne transgresseront pas avec mauvaise foi. Et l’abbé de Saint-Pierre avait déjà écrit — aux temps immémoriaux comme on peut le lire sous sa statue de pierre — l’adresse…
-
Rêve d’un matin frais après la pluie
Quelle chaleur dans ma datcha quand ce matin et tout à trac il a gelé sur la toundra comme le temps devenait braque. Dans ma datcha en Sibérie la neige recouvrit le toit et je vis sous les appentis les réfugiés aux abois. Mon fier chameau prenait des airs et l’éléphant en restait coi ;…
-
Les haricots
Toi dont les haricots ne cessent de germer connais-tu le moyen d’arrêter la Nature et que le poids des ans réduise la voilure qui me conduit aux vers qui ne vont plus rimer ? La poésie m’étreint et s’allie à la prose, les deux rivalisant de créativité à m’en laisser pantois et bientôt enterré par la…
-
La Marseillaise
Quand nous cherchions l’accord et qu’elle trouvait bien synchrones nos ébats après un bon prologue, Ernestine chantait au terme du dialogue une Marseillaise sur l’air d’on y revient ! Parfois c’était Chopin au gré d’une nocturne qui s’invitait céans par touches délicates comme l’eût fait sans fard un joyeux suricate et nous prenions un pied en…
-
L’ouroboros
Je ne voudrais pas qu’on me prenne pour un con sous le prétexte que je me mordrais la queue ! Mais se mordre la queue ? Risible, parce que le serpent se la mord sans y craindre la mort ! Au risque de ne pas me mettre dans leurs pas je m’attends à ce…
-
Bellérophon
À peine avais-je ôté mes souliers que je vis une étrange lueur traverser le salon et dans un doux murmure interpeller l’ami qui venait de mourir comme un Bellérophon. Moi, mon Bellérophon n’avait jamais dompté Pégase et tué Chimère, tel ce héros, fils de Poséidon qui, aux âmes bien nées, vainquit les amazones. Ce qu’il…
-
L’éclipse
Qui a éteint la lumière dans mon jardin ? Est-ce mon voisin ? Est-ce Dieu ? Ce n’est pas bien malin. Qui a éteint la lumière pour la rallumer aussitôt ? Est-ce toi le diablotin qui terrorise mon jasmin dans le jardin ? Une éclipse, quelle éclipse ? Vous vous moquez de moi ! La…
-
Le Cotentin m’éclate
Le Cotentin m’éclate alors que tout se meurt, que de la France en feu il ne reste plus rien qu’une terre brûlée au risque des coquins qui la peuplent dès lors privés de leurs demeures. Et je crains malgré moi que tous ces naufragés se ruent chez nous parchin et que cette invasion de horsains…
-
Le condor passa
Quand le condor passa, nous l’avons observé : il attrapa un rat afin de le manger. La passante arriva toute de blanc vêtue et nous, les pauvres gars, l’avons perdue de vue. Et puis sans y penser, j’ai couru après elle dans la sente embaumée. L’intuition de l’instant pressentit sur ses ailes celles des deux amants.…
-
Fest-noz d’enfer
Et voilà l’ouragan ravageant le fest-noz faisant fuir les sonneurs de binious et bombardes pendant que je dormais en rêvant comme Booz dans la cabane en bois habillé de mes hardes. J’entendais les voisins qui pleuraient sur les ruines de leurs châteaux de sable, ô Nature enragée qui s’offrait cette nuit son terrible Halloween tandis…