Ce rafiot n’offrait pas, comme on dit aujourd’hui,
le confort calibré de ces géants des mers
qui transportent nos vieux avant le paradis
sur des eaux si chaudes au dégradé de verts.
En franchissant le cap, moi c’était l’espérance
d’ailleurs bonne ou mauvaise au gré de mes humeurs
qui me faisait danser, parfois jusqu’à la transe,
sur ma coque de noix comme un fier écumeur !
Lors un grand requin blanc me suivait sous l’étrave
et refaisant surface avait dans son regard
ce vide sidéral et quelque peu pourave
du malin de service assoiffé de hasard.
Sur mon réchaud à gaz, souvent au bain-marie
je réchauffais la boîte en guise de frichti
dont je me régalais avec bière et whisky
importés d’Angleterre, achetés à Paris.
Quand un grain s’annonçait, je me réfugiais
à l’abri sous le rouf attendant que ça passe
pour l’extrême plaisir d’une sirène vraie
qui partageait alors ma couchette cercueil !
L’aventure prenait ses aises d’Odyssée
et nous rions sous cape à trop nous titiller
sur des flots déchaînés à l’unisson des corps,
une petite mort toujours recommencée…
Je n’en dirai pas plus, car même les sirènes
ont la pudeur marine et moi en gentleman
je ne voudrais jamais leur faire de la peine :
bref, que le tourmentin nous évite la panne.
Tavernier de mes deux, ressers-moi l’apéro
que je reparte enfin et, planté à la proue
de cette goélette en parcourant les pôles,
trinquer avec l’ours blanc privé de ses glaçons.
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