Catégorie : prose
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L’Atelier du Tailleur
Une lumière épaisse comme le miel. Assis sur un comptoir de bois sombre, un vieil homme aiguille, ciselle, ajuste, la bouche pincée, les yeux masqués de lunettes épaisses. Il ne relève pas tout de suite la tête. –– Te voilà donc enfin ! Je ne réponds pas. Il poursuit : –– Tu viens chercher ton…
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Les suicidés de la Saint-Sylvestre
Le 31 décembre 2025, lors du réveillon de la Saint-Sylvestre, un couple marchait à pas comptés dans la vieille ville de X. où ils avaient connu des jours heureux qui ne reviendraient plus. Leurs pas les entraînèrent vers ce fleuve indécent traversant ce sentiment d’impuissance devant la pâle réminiscence des souvenirs désormais frelatés, empreints d’une…
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Tu es là !
Endormie.Seule dans cette grande demeure.Couchée en chien de fusil face à ma place inoccupée. J’ai hâte de te rejoindre mais quelque chose me retient. Ce n’est pas de l’hésitation mais un émerveillement silencieux, douloureux et doux,comme celui d’un homme qui revient enfin là où il aurait toujours dû être. Doucement je me glisse dans l’espace désœuvré. Moi aussi…
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Chloé – un amour d’outre-tombe
Paul se retrouvait seul. Chloé était morte et enterrée. Il conserverait sa maison, le jardin et la porte en fer forgé. Comme un retour à la case départ. Le rosier grimpant témoignait qu’une main et sans doute un corps dont elle constituait un prolongement étaient passés par là pour le tailler. Mais la fragilité des…
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Une aventure extraordinaire de Marc Hiver
Feuilleter sur l’écran de votre écran ce « flip-book ».Le mettre en « plein écran » (full screen) en cliquant suren bas et à droite avant « … »
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Le bus de 7 h 57
Un vieil halogène précipite son faisceau lumineux sur le mémoire que je termine tandis qu’un flot glacé glisse sous la porte de ma chambre. Il vient, en vagues, se jeter sur le lit où je suis installé. Le logement est petit. Je grelotte. Mon esprit profite de l’importunité pour réclamer une pause, mes membres leur…
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Salon du livre
Je les ai vus ces enfants boursoufflés, trainant leurs tennis dans les allées, résignés à suivre leurs parents venus passer un moment gratuit, je les ai vus passer nez levé en proue de leur visage vide, poings fermés au fond des poches, méprisant cette marée de signes éloignés de leurs attentes de télé-réalité, unique lieu…
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Monsieur le commissaire, ma femme est disparue !
– Disparue, dites-vous, depuis quand ?– Ce soir.– Ce soir ? Qu’est-ce qui vous fait penser qu’elle soit disparue ?– Elle n’est pas à la maison.– Travaille-t-elle ?– Oui.– Elle est peut-être simplement en retard.– Elle n’est jamais en retard.– Avez-vous appelé son travail ?– A cette heure, c’est fermé.– Comment rentre-t-elle ?– En voiture.–…
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Un conte de Noël
Les enfants grandissent toujours trop vite. Et avec la fin de l’innocence, c’est une partie de la magie de Noël qui fiche le camp. La neige étendait son manteau blanc sur la ville encore endormie et, derrière la fenêtre, de gros flocons dansaient leur joyeuse sarabande. Une maman élevait seule cinq gamins, de pères différents,…
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Complètement zinclés / Chez St Hubert
— Bonjour Marcel !— ’jour.— Un blanc. T’as vu les infos ?— …— Le coronavirus, les épidémies à venir, t’en penses quoi ?— Pas pire que l’alcool ou la drogue.— T’as déjà vu fermer des pays pour ivresse ou consommation de stups ? –– …–– Alors pourquoi le confinement ?— C’est mieux qu’une guerre pour calmer…
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Complètement zinclés / Bar des sports
Finale de Coupe du monde. Visière sur l’oreille et langage de sourds-muets, des artistes nationaux assurent le spectacle d’ouverture. Un acteur américain, rappeur de circonstance, affiche l’expression de sa bienveillance. Pause pub. Sorties WC.Je commande une pression. Pas fraîche. Hymnes guerriers, chants patriotiques, bannières provisoires. Un peu de nationalisme c’est bon pour la cohésion sociale,…
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Complètement zinclés / Comptoir de l’océan
Zinc fatigué, alignement de bières, rangée de têtes tournées vers la télé où un présentateur commente l’actualité : … fermetures d’usines … chômage … manifestations … Mon voisin saisit l’anse de sa chope, la dresse au-dessus de sa tête et, gueule ouverte, laisse tomber dans sa gorge quelques gouttes blondes et tièdes. Il la repose…