A minuit sur la croix

En pleine canicule, il se rend sur la tombe
De sa défunte épouse ; bravant les hécatombes ;
Animé par l’hommage à la femme de son cœur,
Qui fait à son chagrin prendre de la hauteur….

Mais il court le danger de trop s’aventurer,
De faire que son amour se ruine en la durée.
C’est-à-dire en l’absence…. où il ne peut trouver
Que l’illusion du couple qu’il essaye de rêver.

Néanmoins à la nuit, alors que tout repose,
Il va au cimetière s’octroyer une pause,
Afin à sa défunte d’apporter de la vie,
Comme ces couples séparés brûlant encore d’envie.

En ce coin désolé, il vient s’approcher d’elle,
Ainsi qu’auprès de Dieu le ferait un fidèle.
Il veut être le seul en sa nocturne visite,
Pour que de sa démarche sourde la réussite.

Il veut qu’ils soient ensemble, réunis à jamais,
Comme si le temps mauvais, il sait qu’il en promet.
En sa chambre fictive qu’est le jardin des morts,
Il se glisse sous l’orage au son de Nevermore.

La Croix se dresse au ciel en battant le rappel,
Et un coup de tonnerre répond à cet appel.
L’homme est foudroyé en plein cœur de son deuil;
Comme si les éléments déroulaient un clin d’œil.

 


Commentaires

2 réponses à « A minuit sur la croix »

  1. Je trouve ce poème réussi.

    Il possède une véritable émotion et une construction solide.

    En revanche, je pense qu’il gagnerait à faire davantage confiance aux images.

    Très souvent, une belle image est suivie d’une explication qui en réduit un peu la force.

    Par exemple :

    Afin à sa défunte d’apporter de la vie…

    se suffit presque à lui-même. Il n’est pas nécessaire d’expliciter ensuite le fonctionnement psychologique du personnage.

  2. Il pose un genou sur ma sépulture.
    Un frémissement me traverse qu’il ne peut voir.
    Mais il le sent.
    Une douceur s’installe dans ses traits.
    Il reste longtemps là, regard tourné vers son
    cœur, avant de s’éloigner, sans hâte.

    Je le contemple.
    Un jour, il viendra.
    Quand viendra son temps.
    Alors nous franchirons ensemble le seuil où palpite une lumière plus vaste.

    Le vent soulève doucement quelques pétales fanés.
    Une paix profonde envahit le lieu.
    Derrière le mur du cimetière, la nuit se lève mais ici,
    sous la voûte étoilée, il n’y a plus de nuit.
    Plus de fin.
    Juste l’attente, douce et pleine.
    Un souffle suspendu.

    Il s’éloigne paisiblement.
    Et je Le suis des yeux.

    Adaptation d’un extrait de « Orphée, l’amour après la mort. »

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