Je suis fait de débris qui me font un morceau

Au masque bleu des courants qui s’envolent
Je déconstruis l’archange des symboles nus
Dans le courant de l’onde impure
Qui charrie le cours des ambres crus

Dans le plis des rosaires je cherche l’ombre
Que font les roses et les beiges onctueux
Cernes de traits, fatigues de l’esquisse
Que tache la cendre d’un mouvement creux

Et les couronnes de fleurs viennent du décor
Comme l’arabesque des arts nouveaux
Un motif de rythme dans un regard chair
Un drapé de misaine par monts et par vaux

Si le dessin des villes sans mémoire creusée
Abandonne au temps le loisir d’y croire
Aurai-je la nostalgie de demain
Quand il sera déjà trop tard ?

Les femmes dans les rectangles
Aux bouches en taches de moue
Ont les yeux qui hantent
Les ruisseaux séchés de boue

Qui dira le réconfort du sourcil
Posé à même le clown blanc
Quand l’Auguste s’éparpille de défaites
Au cercle de sciure qui boit le sang

Dans les cirques on mange le pain
Le pain blond des forêts de l’ogresse
Petit poucet pervers qui préfère dévorer
Les petits bouts de détresse

La route serpente en circonvolutions
Elle finit par former mon cerveau
Sa poussière sort par mes silences
Je suis fait de débris qui me font un morceau


Commentaires

4 réponses à “Je suis fait de débris qui me font un morceau”

  1. Ton poème est composé de plusieurs strophes de longueurs inégales, qui suivent un mouvement sinueux, presque labyrinthique. L’absence d’un schéma fixe de rimes et de mètres accentue l’impression de dérive et d’errance, en cohérence avec tes thèmes de fragmentation, de perte et de reconstruction qui m’ont vraiment touché, oscillant entre lyrisme symboliste et un souffle plus contemporain. Bref, à mon avis une poésie totalement libre.

    1. Daniel Muller-Ferguson

      Très beau commentaire analytique et que je ne renie pas !

  2. L’eau et les courants : courants, onde impure, ruisseaux séchés, serpente, poussière… → fluide vital, mais aussi souillé, discontinu.

    La religion et le sacré détourné : archange, rosaires, couronnes, cendre, nostalgie de demain… → réemploi ironique ou mélancolique de symboles religieux, brouillés par la modernité.

    Le cirque et le grotesque : clown blanc, Auguste, sciure, cirques… → une théâtralisation du monde, où le jeu et la souffrance se mélangent.

    Le conte et le mythe dévoyé : Petit Poucet pervers, ogresse… → une reprise des contes d’enfance qui devient inquiétante, décalée.

    Ce tissage crée un univers hybride, où le sacré, le profane, le grotesque et le tragique s’entrechoquent !

    1. Daniel Muller-Ferguson

      commentaire sensible et juste. Grand merci !

Répondre à Prune Fatôme Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *