L’utopie
On la confond volontiers
avec un zinzin
pour gens fatigués.
Elle n’est pourtant pas
l’illusion naïve
qu’on caricature.
Plutôt une trajectoire
qui dérange.
Désir d’ouvrir
d’autres possibles
quand la raison
a fait son temps
dans les cimetières bien tenus.
Mise en danger de soi.
Abandon du confort.
Marche sans garantie.
À peine une voix.
Parfois elle fait tenir
contre la peur, la lassitude.
Parfois elle précipite
la chute.
Refuser
de vivre à crédit
sur l’âme des autres.
Ne pas signer
la reddition tranquille.
Tenir debout.
Rien d’héroïque.
Ne pas s’asseoir
quand tout y pousse.
Mon utopie
Un pas de côté.
Parfois un pari.
Elle ne promet rien.
Quand d’autres avancent,
elle me freine.
Quand d’autres s’arrêtent,
elle me pousse.
Mal ajusté.
Mais sensible
à ce qui casse.
Une erreur
qui refuse de disparaître.
Un maintien dans la gêne.
Au bord du consentement.
Pas pour sauver le monde.
Ni ma vie.
Pour sauver
ce battement inutile
qui me retient
de disparaître proprement.
Sans toi,
que serais-je resté ?
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