Don
On l’a vu arriver.
Mal bâti.
Bavard.
Ça mettait mal à l’aise.
On lui a expliqué.
Longtemps.
Il a écouté.
Puis continué.
Il parlait comme un tract.
Des mots trop grands pour lui.
On a dit :
il se prend pour quelqu’un.
Aux moulins il a foncé.
Poitrine découverte.
Certains ont parié.
Il est tombé.
Ça rassure
quand les choses se passent
comme elles doivent.
Il n’a pas vraiment perdu.
On l’a fait chevalier
pour passer le temps.
À l’auberge on l’a reconnu.
Celui qui paye.
Celui qui se lève pour une femme.
Dulcinée ?
Un prétexte.
Pour ne pas dire qu’il croyait encore
aux choses sans rendement.
On a dit : fou.
Quand il parlait de justice
on regardait ailleurs.
Puis loin.
Et quand il est tombé pour de bon
personne n’a été surpris.
On est passé
à autre chose.
Sancho
Il était là.
Court et bien bâti.
Silencieux.
Ça rassurait.
Il parlait peu.
Des mots juste à sa hauteur.
Quand l’autre fonçait il regardait le terrain.
Les trous.
Le vent.
Aux moulins il a ramassé.
Les sacs.
Les dents.
Les excuses.
À l’auberge il a compté.
Les verres.
Les gestes.
Les regards.
Dulcinée ?
Il savait ce que ça coûte
de croire à ce qui ne rapporte rien.
On ne l’a jamais dit fou.
On ne l’a jamais dit sage.
Quand Don parlait de justice
Il faisait pour que ça tienne
jusqu’au lendemain.
Quand Don est tombé pour de bon
Il était là.
Pas pour pleurer.
Pour rester.
On
Regardait de loin.
À peu près.
Commentait bas.
Entre soi.
Sancho, on l’aimait bien.
L’Autre fatiguait.
On peut aimer l’épopée.
À condition qu’elle reste une idée.
Quand il est tombé pour de bon
on a hoché la tête puis
On a vu
que quelque chose tenait.
Une manière de se relever.
On n’a pas relié.
On a repris sa vie toute droite.
En oubliant qu’il tenait debout
sur ce qui ne tombait pas tout à fait.
Rien d’héroïque.
Juste quelqu’un qui reste.
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