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« Igor parle » : un soldat qui marche. Et voici que mon premier chapitre n°1 résonne

 

*PREMIER CHAPITRE N°1 : ETRIT

 

– Etrit !

– quoi ?!

Je l’ai touché, je dormais à côté de lui. Je l’ai touché n’est-ce pas ? Je l’ai entendu, il m’a parlé, bourru, pas content mais, c’était lui ?! C’était lui n’est-ce pas ! Il m’a répondu « quoi ?! » Je l’ai bien entendu mais répondez ! Vous m’entendez ! Répondez !

Personne ne répond, il n’y a personne.

 

– Le souvenir 18 ne parvient pas à s’effacer

– je sais, c’est peut-être ce côté charnel.

Une boule marron faite de filaments entrelacés au travers de laquelle s’échappe des lumières bleues et jaunes.

– tends la main, elle va passer

– eh merde, elle est insaississable !

– le souvenir 18 va continuer de nous faire chier, c’est malin

– t’es marrant

– son prochain passage est prévu dans 52 heures

– une éternité !

– oh ça va

– j’vais m’coucher.

Etrit est mort en 1915, sur le front, un obus, dans une tranchée. Le ciel était bleu et le soleil était pâle.

– Tu ne trouves pas que le soleil est pâle aujourd’hui Martin ?

– Etrit, arrêtes avec ça !

Martin avait dix neuf ans, Etrit vingt deux. Des chairs mélangées à la boue. Se prendre dans les bras, la mort tombe, des éclats de ciel et de soleil.

Martin sent la présence des autres, il sait qu’ils sont là mais, il ne voit personne. Il tourne sans relâche, son fusil sur l’épaule, il fait nuit la plupart du temps, Etrit fait des apparitions. Il pense que les autres sont des soldats allemands. Il dort aussi et se réveille en sursaut, il tire et entend parfois de petits cris de douleurs.

 

– Aïe !

– eh merde, cette connerie m’a encore touché

– quoi, cette connerie, t’es vache, ça fait plus de cent ans qu’il est coincé

– pourquoi tu dis toujours « il », ce sont des souvenirs, pas une personne

– pour moi, c’est pareil, ils sont vivants ces souvenirs et appartiennent à Martin

– fais gaffe, on nous a interdit de prononcer leur prénom !

 

– C’est toi Etrit ?

52 heures. Il sort de la boule.

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Commentaires

2 réponses à « Igor 3 »

  1. Daniel Muller-Ferguson

    Boucles d’espace-temps, tourbillon d’un rêve au champs d’horreur…

  2. Véronique Allix

    Oui, un bref passage par ma plume.

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