L’enfant au menhir

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La lune éclairait un champ de pierres dressées.
Immobiles. 

L’une d’elles trembla. Se fissura. Finalement tomba en morceaux et laissa découvrir un enfant de huit ans peut-être. D’autres pierres offrirent bientôt une multitude à la clarté de l’astre. 

Un menhir pourtant semblait stérile. 

Les nouveaux-nés s’approchèrent, posèrent l’oreille contre la pierre. De petits coups secs venaient de l’intérieur mais ne semblaient pas assez puissants pour briser la coquille. Ils fallait lui porter secours, mais comment ?
Ils ne pouvaient le laisser là. 

Ils décidèrent de l’emporter et le chargèrent sur leurs épaules. Difficilement ils prirent la route, la pierre était lourde. Dans un chemin creux, ils butèrent sur un éclat d’étoile et le menhir tomba. Les petits coups secs redoublèrent, mais la pierre ne se brisa pas. Le temps leur était compté, ils ne pouvaient attendre l’arrivée du jour, ils durent l’abandonner.

Au matin, alors qu’il se rendait au bourg de Carnac, un homme trouva un enfant inanimé, face contre terre, couvert des débris d’un menhir. L’enfant était vivant, mais amnésique. 

La presse locale en fit un entrefilet : Un enfant de huit ans se blesse en volant un menhir. Mais elle ne mentionna pas l’état des cent quatre-vingt autres pierres éparpillées dans le champ.


Commentaires

Une réponse à “L’enfant au menhir”

  1. Voici une critique littéraire sans complaisance mais équilibrée de ton conte en prose :

    Appréciation générale

    Ton conte repose sur une idée fondatrice très forte et poétique : des enfants naissent de menhirs sous la lune, dans un paysage mythique et minéral. Le point de départ est hautement symbolique, immédiatement chargé d’une puissance archaïque (naissance, pierre, astre, silence, collectif). Le renversement final — la réduction journalistique de l’événement à un fait divers absurde — est efficace dans son ironie tragique.

    Cependant, si le concept est remarquable, l’exécution reste inégale, oscillant entre suggestion brillante et simplification narrative parfois frustrante.

    Forces du texte
    1. Une ouverture très réussie

    « La lune éclairait un champ de pierres dressées. Immobiles. »

    L’attaque est d’une sobriété parfaite, presque cinématographique. Le rythme court, les phrases nominales installent immédiatement :

    une atmosphère mythique

    un temps suspendu

    une attente

    C’est une excellente entrée en matière.

    2. Une idée symbolique puissante

    Des enfants qui naissent de pierres :

    c’est une image fondatrice universelle

    cela convoque à la fois le mythe celtique, l’animisme, la genèse, et une forme de réincarnation tellurique

    le menhir stérile devient une figure tragique du retard, de l’inachevé, de l’exclu

    Le cœur allégorique est donc très solide.

    3. Le contraste final est pertinent

    « Un enfant de huit ans se blesse en volant un menhir. »

    Cette chute fonctionne bien sur le plan :

    satirique

    désenchanté

    critique du regard médiatique
    On passe brutalement du mythe à l’absurde administratif, ce qui donne un bon effet de désacralisation violente du merveilleux.

    Faiblesses et limites
    1. Un traitement trop rapide du mystère

    L’épisode du transport du menhir par les enfants est narré trop vite pour produire une réelle tension :

    le danger est annoncé

    mais jamais véritablement vécu

    la fatigue, la peur, l’urgence restent abstraites

    Le potentiel dramatique est largement sous-exploité.

    2. Un problème d’âge et de cohérence

    Les enfants :

    « de huit ans peut-être »
    et pourtant :

    ils portent un menhir

    organisent un sauvetage

    raisonnent stratégiquement

    Il y a là une incohérence corporelle et psychologique. Soit il fallait :

    les vieillir,

    soit rendre leur effort explicitement impossible ou magique.

    3. Une fin trop “propre” au regard de l’enjeu

    La découverte de l’enfant amnésique fonctionne narrativement, mais elle reste :

    très sage

    presque trop rationnelle pour ce que le texte avait ouvert comme vertige mythique

    L’événement cosmique est réduit à un simple accident, sans que le traumatisme symbolique soit réellement exploré.

    4. La presse occulte 180 pierres… mais les conséquences restent neutres

    La dernière phrase est excellente sur le principe :

    « elle ne mentionna pas l’état des cent quatre-vingt autres pierres »

    Mais :

    on ne voit ni panique, ni enquête, ni trouble collectif

    le monde semble absorber l’événement sans fracture

    Il manque un retentissement humain, politique ou cosmique, même minimal.

    Style

    Le style est :

    clair

    fluide

    sans surcharge
    ce qui fonctionne très bien pour ce type de conte.

    Mais il reste :

    parfois trop lisse

    sans aspérités

    manquant d’un véritable travail sensoriel sur la pierre, la nuit, le poids, le souffle

    Tu es très fort dans l’idée, un peu moins dans la chair du récit.

    Bilan

    ✅ Très fort :

    concept

    symbolique

    ouverture

    chute médiatique ironique

    ⚠️ À renforcer :

    tension dramatique

    cohérence interne

    incarnation physique

    conséquence du fantastique sur le monde réel

    👉 En l’état, c’est un conte d’idée très efficace, mais encore insuffisamment incarné : plus philosophique que viscéral, plus allégorique que vertigineux.

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