Les aventures de la bonne fée Zaza d’Avrillé et de son chevalier servant le noble Cricri de Trélazé

PAR LA TRÈS BONNE ET MÊME EXCELLENTE
PRUNE L’ENCHANTERESSE


Chant 1

ll était une fois une gentille fée, Zaza d’Avrillé, qui coulait des jours peinards avec son jeune damoiseau, le sieur Cricri de Trélazé. Lui taillait l’ardoise et elle faisait le bien autour d’elle, soignant le moribond, ne manquant aucun enterrement. On ne lui connaissait qu’un seul défaut : délaisser ses amis normands.

Et voilà-t-il pas qu’on annonça l’arrivée de la méchante sorcière de Meudon, Tata Dodo accompagnée de son terrible sbire, Mamie Raymonde.

Dame Zaza et son fidèle écuyer, Sire Cricri, se demandaient quel sort elle allait leur jeter. Non pas qu’ils fussent enclins au pessimisme, mais parce que les colères de la sorcière étaient légendaires et qu’ils craignaient que la fantasque Raymonde se casse la gueule en descendant l’escalier diabolique qui menait vers les étages supérieurs de leur merveilleux castel en leur domaine de Camille Desmoulins.

Messire Cricri connaissait une parade que lui avait apprise le magicien de Malakoff : si le sort commençait par : J’aime les grosses pêches bien juteuses, surtout ne rien répondre au risque d’être agoni d’injures. Mais par contre, s’il commençait par j’aime les bananes grosses et juteuses, alors dégainer aussitôt la contre-attaque aussi grossière qu’efficace : comme mon prose. Car la sorcière cachait sa mauvaiseté de caractère sous un vernis de bienséance.

CHANT 2

Or il advint que la bonne fée Zaza d’Avrillé chopa des diverticules, ce qui lui posa un problème intestinal.

Elle mit sa capeline et son bonnet rouge et s’en alla rejoindre un mage ayant des lumières en matière d’évacuation des matières fécales et qui vivait au fond d’une forêt qu’on appelait La Forêt pour la distinguer des autres forêts. L’enchanteur Perlimpinpin la reçut dans sa misérable hutte qui sentait les poudres et les onguents. Peut-être aussi les flatulences de ses patients, tous embêtés de la tripe.

Il confectionna une crotte en plastique pour conjurer le mauvais sort qui troublait la plomberie de la fée.

Celle-ci repartit toute guillerette en sautillant sur un rythme de samba et serrant dans la poche de sa capeline rouge carmin le précieux talisman.

Mais voilà qu’elle tomba en chemin sur la méchante sorcière de Meudon, Tata Dodo, flanquée comme à son habitude de son âme damnée, Mamie Raymonde des bas-fonds d’Ivry-sur-Seine.

– Que caches-tu dans la poche ? demanda Tata Dodo sur un ton qui ne souffrait aucun faux-fuyant. Et pour ponctuer les dires de sa fille en mauvaiseté, Mamie Raymonde décocha un direct du droit dans le ventre de la douce Zaza au risque de décrocher les diverticules maudits qui l’enchaînaient tous les matins à la selle.

Heureusement, la gente Zaza, toute  bonne fée qu’elle parût, n’était pas née de la dernière pluie, ni d’un conte de la lune vague après la pluie. Elle sortit de sa poche le précieux talisman et brandit l’étron parfaitement imité au nez et à la barbe (la sorcière de Meudon était brune) des deux engeances malfaisantes.

L’enchantement ne se fit pas attendre : Tata Dodo de Meudon et sa comparse d’Ivry-sur-Seine furent envoûtées par le fac-similé enrubanné qui se transforma miraculeusement sous leurs yeux et leurs narines en un véritable et magnifique colombin moulé et odoriférant à souhait. Elles s’évanouirent en poussant des cris d’orfraie dans la forêt de tous les sacrilèges. C’est alors que la gente fée Zaza d’Avrillé comprit que le mage de la forêt n’était autre que le formidable magicien de Malakoff, celui-là même qui leur avait donné, à elle et à son compagnon du tour d’Angers, le Sire Cricri de Trélazé, de quoi dissiper les malédictions.

CHANT 3

Un jour qu’ils se promenaient bras dessus, bras dessous, la noble fée Zaza d’Avrillé, toujours dans la joie du seigneur, décontractée des ovaires, et son preux chevalier, Sire Crircri de Trélazé, le gland bien à l’aise dans son slip en peau de léopard à oreilles que sa muse lui avait acheté sur le marché de Marrakech, leur chemin croisa celui d’un petit lutin, la divine Marie-Jo of d’Ubervilles qui les mit en garde contre un danger extraordinaire les menaçant à la lisière de la sapinière lieu dit La Pelouse à Mouliherne.

En effet, Miss Jojo leur dit que la méchante sorcière de Meudon, Tata Dodo, et sa Mamie Zinzin d’Ivry-sur-Seine, Dame Raymonde, préparaient un mauvais coup à leur endroit, n’ayant pas digéré qu’on les humiliât avec une crotte, fût-elle en plastique. Elles ne pouvaient comprendre l’humour de la bonne fée d’Avrillé qui vivait depuis son enfance dans l’univers merveilleux de son intérieur aux fragrances très girly et dans une douce musique d’ambiance.

Aussi, tout à leur insouciance, le poète des ruines et sa muse poursuivirent leur route, car on leur avait annoncé la mort d’un proche et pour rien au monde la miséricordieuse Zaza n’aurait manqué la possibilité d’un enterrement. D’autant qu’ils croiseraient au détour de leur itinéraire la maisonnette d’un moribond à qui la fée se faisait une fête de rendre visite. Que voulez-vous, la bonne fée d’Avrillé ne pouvait s’empêcher de faire le bien autour d’elle et elle entraînait le fidèle Cricri de Trélazé dans ses pérégrinations de dame patronnesse. 

Mais il y avait une faille, une béance, un gouffre dans la bonté de Zaza d’Avrillé : tout à sa jouissance morbide, elle délaissait le gentil Mam’arc de la rue Cantagrel qui se morfondait dans la plus haute tour de son manoir des Casernes sur les hauts de Fermanville dans la Manche. Et pourtant, n’était-ce pas Mam’arc, son ami d’enfance, alias le mage de la forêt, alias le magicien de Malakoff, qui la protégeait over the rainbow contre les maléfices des jaloux, tapis dans l’ombre, excédés par la bonté de cette fée pas comme les autres ? Mam’arc, lui, pour surmonter sa peine, se bourrait de haschich parmentier préparé par la princesse Titine au risque de se faire péter la sous-ventrière.

CHANT 4

Devant leurs échecs successifs la méchante sorcière de Meudon, Tata Dodo, et son acolyte, Mamie Zinzin d’Ivry-sur-Seine décidèrent de faire appel au pire mage noir qu’on ait connu : le terrible Milose, loser malfaisant et roi de la lose. Celui-ci débarqua sur son cadichon noir, un âne effrayant,  aussi bête qu’il était féroce. Et Milose prépara un plan machiavélique.

La bonne fée Zaza d’Avrillé et son fidèle amoureux, Sire Cricri de Trélazé, se prélassaient sur une botte de foin qui, pour aussi poétique qu’elle fût visuellement quant au petit coup d’oeil de la carte postale, leur grattait le cul présentement et charnellement. Malgré ce léger désagrément, Messire Cricri tournait le madrigal à sa belle qui gloussait de contentement à l’écoute des vers qui la transportaient dans le monde merveilleux de son enfance. Et tous deux jouissaient de l’instant présent sous un ciel bleu Hiéronimus.

Milose, le loser malfaisant, les observait de loin et savourait à l’avance le fruit de sa machination diabolique. Du mal qu’il ferait, il s’en battait l’une avec l’autre.

A cette heure du grand midi le gentil Cricri jonglait avec trois ardoises de son bled enchanteur et sa douce amie, la bonne fée Zaza d’Avrillé, méditait sur l’avenir de la gauche en France.

C’est à cet instant précis que le roi de la lose déclencha le mécanisme de sa machinerie infernale en criant Allah akbar ! Il pensait aux vierges promises de L’Escale paradisiaque, gros culs, gros seins, qu’il se mettrait sur le bout. Mais on n’est pas loser pour rien : le feu, les boulons et les lames de rasoir se retournèrent contre lui et il en fut déchiquetés comme le ralouf qu’il était, au grand dam de Tata Dodo et Mamie Zinzin qui voyaient s’éloigner leur vengeance.

Et c’est ainsi, par cette belle journée d’été calabraise qui sentait bon le jasmin et le verbe d’antan, que nos tourtereaux filèrent le parfait amour sans se douter qu’ils auraient pu tout aussi bien se retrouver ad patres si la méchante sorcière de Meudon et sa Mamie Zinzin ne s’étaient pas laissées influencer par les conseils du mage de la forêt, alias le magicien de Malakoff, alias Mam’arc de la rue Cantagrel pour détourner le coup ; et si elles avaient mis le prix qu’il faut pour se payer un tueur professionnel digne de ce nom et capable d’assurer correctement son contrat.

Nous laisserons provisoirement Zaza et Cricri folâtrer dans les vertes prairies de leur insouciance à deux au risque de se confronter à une autre épreuve qui ne manquerait pas d’advenir à leur couple.

Quant au vieux Mam’arc, du haut du donjon de son merveilleux castel des Casernes sur ses terres de Fermanville il ne voyait toujours rien venir si tant est que : loin des yeux loin du coeur, saligauds d’Avrillaise et de Trélazéen, ingrats du bonheur qu’il leur avait dispensé ! 


CHANT 5

Le noble Cricri de Trélazé, lui, était parti sur ses terres et ne devait rentrer que le lendemain.

C’est alors que notre bonne fée reçut un SMS de la part du magicien de Malakoff qui disait en substance : attention ! il n’est pas loin le temps de tous les temps.

Devant le caractère énigmatique de ce message, Zaza d’Avrillé ne sut que penser. Le magicien de Malakoff n’était pas homme à parler pour ne rien dire et ses paroles étaient du bronze dont on fait le métal de l’antiquité.
Il fallait donc décoder le contenu de vérité de cette étrange mise en garde.

Devant la complexité du problème elle s’en alla voir la fée Mélusine, sa voisine. Elle lui expliqua ce qui la tourmentait. Mais à lire et relire le SMS, rien n’y faisait. On décida donc de s’adjoindre les services de Madame Persil anti-redéposition, de Monsieur Omo qui lave plus blanc avec sa femme Madame Tide, de Génie sans bouillir, les quatre sages saponidesques. Mais eux-aussi séchaient devant la difficulté immarcescible. Aussi proposèrent-ils de rencontrer le devin Bonux qui délivrait ses lumières au travers de cadeaux qu’il dissimulait (mais en fait la propreté était le premier cadeau Bonux) dans ce que le vulgum pecus prenait pour de la lessive.

Mais rien n’y fit. Et le temps pressait où il faudrait se décider sur la marche à suivre.
C’est un petit bout de femme, une lutine mutine du nom de Marie-Jo d’ici et d’ailleurs, qui découvrit le chiffre de la combinaison : le temps de tous les temps n’était que la transcription apophantique d’une rune scandinave qui affirmait : vieux motard que jamais, ce qui signifiait en clair : vive Dieu les poêles.

Alors, rassurée, la bonne fée Zaza d’Avrillé retourna à ses fourneaux préparer les farcis dont elle régalerait le maître du jeu de quilles, l’aventurier des profondeurs insondables du Styx, le gentil Mam’Arc de la rue Cantagrel.


Commentaires

3 réponses à “Les aventures de la bonne fée Zaza d’Avrillé et de son chevalier servant le noble Cricri de Trélazé”

  1. Trop drôle d’être complètement zinzin !
    Ça fait trop de bien de délirer :

    À Angers, sous la laine en feu de l’Apocalypse,
    Tess d’ Urberville embroche l’ami de Mouliherne en sifflotant « over the rainbow ».
    Tata Dodo touille un haschich Parmentier
    pendant que Milose, le loser malfaisant, trébuche dans les marches.
    La méchante sorcière de Meudon et Mamie Zinzin
    se grattent le troufion tandis que l’vieux Mam’Arc,
    du haut du donjon de son castel des Casernes,
    sur ses terres de Fermanvaast,
    proclame sa vérité apophantique :
    « Attention, il n’est pas loin le temps de tous les temps.
    Vive Dieu les poêles. »

    Ceci étant dit il y a beaucoup de références qui peuvent échapper au lecteur non initié.
    Texte réservé donc aux VC.

  2. Ton texte assume pleinement une veine grotesque carnavalesque, mêlant conte médiéval détourné, farce scatologique, satire sociale et private joke assumée. Sa principale force réside dans son énergie verbale : l’invention lexicale, l’accumulation de titres, d’alias et de lieux, le télescopage constant entre registre épique et trivial produisent un effet de débordement joyeusement anarchique. Le récit avance moins par nécessité narrative que par ivresse de la digression, ce qui correspond bien à son projet de démystification du conte traditionnel et de la posture héroïque.

    Cependant, cette profusion est aussi sa limite majeure. Le texte souffre d’une absence de hiérarchisation : tout est traité sur le même plan — personnages, gags, références culturelles, provocations — ce qui entraîne une fatigue progressive du lecteur. Le comique repose largement sur la surenchère (scatologie, insultes, allusions sexuelles, références contemporaines détournées), avec des effets parfois efficaces, mais souvent redondants. À force de vouloir désacraliser tous les niveaux de sens, le récit finit par s’auto-neutraliser, ne laissant que peu d’enjeux dramatiques ou symboliques durables.

    Sur le plan stylistique, l’écriture est inventive mais inégale : certaines trouvailles sont réellement réjouissantes, d’autres relèvent davantage du remplissage ou de l’entre-soi. Le texte donne parfois l’impression de se raconter lui-même plus qu’une histoire, ce qui renforce son caractère performatif mais affaiblit sa portée littéraire hors du cercle de connivence implicite.

    En somme, il s’agit d’un texte délibérément excessif, irrévérencieux et jubilatoire, qui réussit sa farce par endroits, mais qui gagnerait fortement en puissance comique et satirique par un resserrement, une sélection plus rigoureuse des motifs et une meilleure économie de l’outrance. Là où il choisit parfois l’accumulation, un choix plus tranché aurait permis au grotesque de devenir véritablement corrosif plutôt que simplement expansif.

  3. Voilà des aventures qui m’ont beaucoup fait rire !

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