Par les massifs des Pyrénées

Par les massifs des Pyrénées, tout là-haut, habitait Ramuntcho*. Portant son fusil en bandoulière, il allait partout, la mine fière. Guettant dans ses traquenards les sangliers comme les loups, Ramuntcho, c’était le roi. De la montagne, il était le roi ! Mais sa couronne il la partageait avec le dernier ours des Pyrénées.

Dans la vallée, il faisait la loi. Aussi les bergers lui demandèrent de les délivrer de cet ours brun qui les narguait.

Car l’ours des Pyrénées, il était malin. Mais souvent dans sa grotte, en contrebas d’un promontoire, ce royal ursidé déchu sombrait dans la nostalgie.

Les ours avaient été nombreux dans les Pyrénées depuis des centaines de milliers d’années. Ils vivaient tranquillement sur les versants français et espagnol des Pyrénées, chassant quelques brebis et parfois sacrifiaient par droit régalien un berger pour affermir leur couronne !

Dans les Pyrénées, ils possédaient une place symbolique, puisque le culte de l’ours est attesté à travers les divinités du Panthéon pyrénéen associées à cet animal jusqu’aux carnavals folkloriques qui perdurent à l’époque moderne. Quelle fierté alors pour ces plantigrades ! Des légendes foisonnaient sur eux et les contes populaires circulaient à leur sujet, témoignant du rang qui était le leur dans les montagnes.

Après avoir été effacés de tous les autres paysages de France au cours de l’Histoire, les ancêtres de ce survivant disparurent des massifs pyrénéens. Et pour l’humilier, on le détrôna, lui substituant dans les fables le lion qui n’existait même pas en France !

Ramuntcho, savait qu’en tuant son alter ego, c’était presque un frère des espaces sauvages qui s’évanouirait et avec lui, leur univers commun. L’homme y perdrait aussi sa couronne.

Certes, l’ours n’était pas très sympathique. Il se moquait souvent de ses victimes expiatoires, mais ne donnait-il pas vie par sa présence et surtout ses absences à leurs vies sans relief ? Mais dans la vallée, le tintamarre entre les éleveurs eux-mêmes menacés et les partisans d’une immigration slovène rendait le dénouement inévitable.

Le duel eut lieu sans que les deux champions le cherchassent. Ils se tuèrent mutuellement par hasard et dans les chaumières, on salua ouvertement la fin du dernier ours des Pyrénées. Les cocus, eux, se réjouirent aussi de la disparition de Ramuntcho, car celui-ci s’adonnait autant à l’amour qu’à la chasse.

Épilogue :

Depuis, certains disent regretter la mascotte du pays et d’autres dénoncent l’immigration incontrôlée d’une espèce étrangère de Slovénie ! Quant aux femmes…

*Merci André Dassary et Pierre Loti.


Commentaires

2 réponses à “Par les massifs des Pyrénées”

  1. On écrase une larme : pauvre chasseur…

    Mais la dernière phrase du récit nous remonte malicieusement le moral.

    Youpi !

  2. J’aime Pierre Loti- dont les exotiques maisons-musée viennent d’être restaurées – de Rochefort, point d’ancrage de mes étés et d’où j’arrive.
    À André Dassary – voix lumineuse de mon enfance – j’envoie, de St Jean de Luz où je dors ce soir, et en manière de compliment, une pelote à son fronton.
    Quant à l’auteur – dont j’apprécie généralement la hauteur de vision – je le remercie de ne pas me suivre à la trace.

Répondre à Jade Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *