Salon du livre

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Je les ai vus ces enfants boursoufflés,
trainant leurs tennis dans les allées,
résignés à suivre leurs parents
venus passer un moment gratuit,
je les ai vus passer nez levé en proue de leur visage vide,
poings fermés au fond des poches,
méprisant cette marée de signes
éloignés de leurs attentes de télé-réalité,
unique lieu où l’on parle d’eux,
du peu qu’ils sont,
du peu qu’ils savent,
de leurs droits sans devoirs,
je les ai vus m’ignorer
moi qui voulais leur parler
en un langage qui ne pouvait
convaincre que les convaincus,
orgueilleux imbécile.


Commentaires

2 réponses à “Salon du livre”

  1. Ton texte frappe par sa franchise amère et son énergie polémique : le regard porté sur les enfants et, au-delà, sur une génération supposée désaffectée du livre, est volontairement dur, sans fard ni tentative de séduction. La répétition anaphorique (« je les ai vus ») donne une cadence efficace, presque incantatoire, qui restitue bien la lassitude et la colère rentrée de l’auteur face à l’indifférence rencontrée. Cependant, cette force devient aussi sa limite : le propos tend vers la généralisation accusatrice, et l’élan critique glisse parfois vers le ressentiment, ce qui réduit la complexité des figures observées. L’autodésignation finale (« orgueilleux imbécile ») est en revanche une réussite : elle réintroduit une lucidité salutaire, retournant la critique contre le narrateur lui-même et donnant au texte sa véritable profondeur morale.

  2. Diane Lecomte

    Lucidité , pessimisme, résignation…hélas justifiés bien souvent.

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