Auteur/autrice : Marc Hiver

  • Morocco

    J’étais à Morocco le jour où il advintque je croisai la lune à deux pas du soleildans un espace-temps troué en nid d’abeilleavec pour tout bagage un signe du destin. Je vis en majesté la Reine de l’Atlassur un tapis volant à moins qu’il fût persanm’invitant sans détour par ses yeux khôl perçantà rejoindre céans…

  • Un conte de Noël

    Les enfants grandissent toujours trop vite. Et avec la fin de l’innocence, c’est une partie de la magie de Noël qui fiche le camp. La neige étendait son manteau blanc sur la ville encore endormie et, derrière la fenêtre, de gros flocons dansaient leur joyeuse sarabande. Une maman élevait seule cinq gamins, de pères différents,…

  • Grotesque, vous avez dit grotesque ?

    Grotesque ? Tu sembles ridicule, bizarre,risible au demeurant, parfois mêlé d’effroi.Et pourtant je t’admire ô ma tête de l’art— Théophile Gautier dans la Vallée des Rois ! J’aime les grimaciers et leurs difformités !Lors un Quasimodo me paraîtra sublimequand un vers dépoli sur ses tout petits piedsfoule en terre inconnue et scande fort la rime. Non !…

  • Zsa Zsa Belle, l’Andalouse de la CIA

    — Pourquoi avez-vous tué Zsa Zsa Belle ? demanda l’inspecteur. Vous la connaissiez ? Je lui répondis : — Vaguement, c’était une amie d’autrefois. L’inspecteur Milouze continua son interrogatoire : — Après avoir assassiné la femme Zsa Zsa Belle, vous l’avez éventrée, ce n’est pas très sympa, pourquoi ? Je rétorquai : — Malgré tout le mal qu’elle avait fait autour…

  • Concordance des sexes

    La femme l’est-elle jusques au bout des seinset l’homme bien trop lourd du poids d’un cheval mort ?Les marins d’Amsterdam pissent-ils dans le portsur la femme infidèle et sans ronger leur frein ? Une chanson d’amour nous fait rêver toujoursà la délicatesse au cœur des sentiments,au charme suranné sur la flûte de Pande ces doux corps-à-corps privés…

  • La princesse de Dur-Écu

    La princesse de Dur-Écume fit, ma foi, le grand honneurde lui procurer ce bonheurà l’ombre du mari cocu. J’étais un jeune jouvenceauempreint d’idéal et d’amouret je portais tout mon secoursà la dame avide de mots. Des promenades en calèchesur les bords du lac de La Tesseet des soirées enchanteressesnous embrassaient pendant la fraîche. La nuit…

  • Il neigeait sur le Potomac

    Il neigeait en tempête sur le Potomac,treize janvier mille neuf cent quatre-vingt-deuxsur le vol quatre-vingt-dix. Prenant place en queuede l’appareil, j’étais ravi du tomahawk acheté le matin dans la réserve indienne,non loin de Black Hills de triste memoryquand George Crook de ses effectifs y perditune moitié au cours des guerres indigènes. Notre Boeing 737 d’Air…

  • L’ami d’Ali Baba

    Oui, j’ai été l’ami d’Ali Baba. Il y a longtemps à Ispahan en Perse. Je me souviens que j’aidais Ali à couper du bois dans la forêt voisine. Nous revenions à la ville pour le vendre, notre cargaison chargée sur trois ânes du Cotentin que je lui avais offerts, trois quettons comme on disait chez…

  • J’ai rêvé cette nuit

    J’ai rêvé cette nuit que j’étais admirableet comme le lapin dont on vante le râbleje m’en vas de ce pas parchin me mettre à tableafin de vous narrer une si jolie fable. Fourquette de Théville, une omelette au lardavait rempli ma panse et malgré qu’il fût tardun café arrosé fit de moi l’être à partqui…

  • Dieu fait-il caca ?

    Puis Dieu dit : faisons l’homme à notre image, selon notre ressemblance… (Genèse, 1, 26) Je relisais l’Ancien Testament et dans la Genèse j’achoppai une énième fois sur cette affirmation de la ressemblance entre le Créateur et sa créature. Bien sûr, le bon Dieu est théoriquement pur esprit, et il a créé notre corps à partir…

  • Dieu reconnaîtra les chiens

    Dieu reconnaîtra les chiens.L’ayant bien compris, j’aboie,je jappe et puis tout en joieje m’ébroue en bon chrétien. Esgourdez, vous, les humains,pour aller au paradissuivez mézigue, pardi !en marchant droit sur les mains. Certains oiseaux l’ont saisiqui imitent le caninen modulant leurs lazzis. Disant ça, je ne dis rienet tant pis pour les païens :Lucifer connaît les…

  • Bison et zombie

    Les copains du bison en verlan l’appelaientzombi, mais l’homme après la Grande Catastrophevit surgir des zombies que par peur on nommaitbizons quand ils rimaient au détour d’une strophe. La poésie restait au cœur du cataclysmel’exutoire frileux de qui sait que la mortrodait dans le dédale en son vain pessimismed’une fin annoncée sans ironie du sort.…