Catégorie : charles – collection rouge 2025
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Le jour où Mårkvar a tenté de discipliner la brume
Du haut de sa tour, Mårkvar fouillait l’horizon. Il cherchait Blanche-Roche. La mer était là. Mais pas à sa place. La Roche non. — Je n’ai rien fait, dit la Manche. Mal rangées. Quatre défaites de mouettes depuis le naufrage. Trente tonneaux de cidre. Plus une goutte d’hydromel. Les Aujårds dérivaient. Lentement. Mais sûrement. Deux…
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Mårkvar et la Réconciliation Impraticable
— Assez ! Le bistrot de la mère Bœuckly.Règlement de comptes. Dans la tête de Mårkvar,le brouillard avait mis ses lunettes. Il devait prendre une décision.Une décision droite.Celle d’un chef. — Nous devons nous entendre ! Dans les moques,le cidre hésita entre rire et désapprobation.Les consommateurs présents applaudirent. Debout sur une table,Mårkvar pointa du doigt…
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Lupins du Cotentin
Nous, qui sommes lupinset parlons entre nousnotre propre langageinconnu des horsains qui passent prés de nouset ne l’entendent pas,sautons à quatre rimespour les mieux dévorer des joies de notre vie,vraie ou imaginaire.Ne nous pointez du doigt :le doigt rompt le passage, nous disparaîtrionsde votre imaginaire.Mais si vous nous parlez,alors nos vers s’écartent et vous pourrez…
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Mårkvar et la guerre des mouettes
Odin contemplait, songeur, le fond de son triskèle. Vide. – Je m’ennuie ! Pleurnicha-t-il Loki, pour lui plaire, pissa dans les nuages. Mårkvar, du haut de sa tour, observait une nuée de mouettes jouant aux chevaux de bois au-dessus de Blanche-Roche. Sous la pluie de Loki, les mouettes devinrent folles. Elles fondirent sur le manoir.…
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Gloire à Mårkvar aux soixante-quinze vetr.
Les dieux, là-haut perchés, ont repris la pétanque.Thor vise la Grande Ourse.— Alors, ce vieux Viking ? demande Loki narquois.— L’a troqué l’hydromel contre le jus de pomme,répond Odin moqueur en vidant son triskèle. Car Mårkvar, le gaillard, pille désormais les caves,fait des petits bâtards à ses alexandrins,du haut de son manoir, pipe au bec,…
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Seul aujourd’hui existe
Narguer le temps qui vole, ment et nous pétrit. Rire des jours qui passent,ignorer ce qu’ils enseignent. Qui croit aux leçons se trompe ;un aveugle suit un aveugle,et tous deux tombent dans l’oubli. Hier triche,demain trompe,encore fraude,et le monde s’épuise. Seul aujourd’hui existe.
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À table !
Avant, toute froissée d’une toile cirée, j’offrais à mes convives du vin dans des verres sales, un rouge tord-boyau qui leur lavait la dalle, leur ruinait l’esprit et leur foie sinistrait, comme le firent les Vandales d’un empire en déclin. Onaro, le vin des costauds. Aujourd’hui toute lisse, ma surface ikéé, dans de propres gobelets…
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Autobiographie approximative d’une poule de clocher
Le ciel avait mal dormi. Les nuages bâillaient. Le zinc des gouttières faisait grève. Sur un toit de Touraine, le vent, ce stagiaire zélé de l’Histoire, révisait ses éléments de langage. C’est sous ce toit qu’un Gepetto forgeron, m’accoucha d’un cuivre obstiné. Il me fit coq. Pas par mérite. Par filiation. M’offrit une crête comme…
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Le bal des ego
Goutte de trop dans ta coupe d’utopie, tu parles fort, tu crois saisir l’ensemble — le monde esquisse un sourire discret : hubris, Tu griffes le ciel, tu te prends pour dieu, ta plume effleure le vide, des bulles de sens s’échappent de ton nez Ton trône de vers tangue sous ton poids, ta gloire…
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Deux pas derrière
Carnaval Venise suspend la rigueur. Accorde quelques heures au vertige. Désordre surveillé. Ivresse contenue. Depuis mille ans marché tacite : du jeu contre la colère, du théâtre contre la faim. Droit bref à l’écart. Masque : On brouille les sexes. On efface les noms. On interdit. On restaure. On rejoue. La bienséance rend les armes.…
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Le Pont des Morts
Dix-sept arches. Pour désapprendre le sol. Sous mes pas, j’entends couler l’Achéron. Je n’ai pas d’argent pour payer le passeur. J’ai troqué avant. Du plus beau de mes vêtements. De ce qui me rendait visible à la lumière. Ici, mon dernier habit est devenu pile, devenu pierre. Sa peau finance le seuil. Sous mes pas…
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Nul ne craint plus la mort …
Nul ne craint plus la mort que l’immortel s’il doute de son privilège.