Catégorie : charles – collection rouge 2025
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L’art parfaitement inutile de faire face
Le temps était passé dire bonjour puis avait repris son chemin. Mårkvar et Kåthrïn, assis sur le même sable, regardaient la plage comme on regarde quelque chose qui prépare autre chose. Un crabe passa. De côté. Mårkvar se raidit. –– Tu as vu ? –– Oui, dit Kåthrïn. –– Il nous évite. Le crabe continua.…
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Vendredi 13 ou la très scandaleuse et parfaitement approximative saga de Mårkvar, le Mal-Aimanté
Le ciel avait trop bu. La mer mâchonnait ses vagues. Les dieux jouaient à la pétanque avec les constellations. Mårkvar, chef viking taillé pour le hasard, debout sur son drakkar, déployait ses rêves comme un parasol troué : — Angleterre ! Pillage ! Gloire ! Trompettes ! — Et peut-être même un fish and chips,…
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Lupins du Cotentin
Nous, qui sommes lupinset parlons entre nousnotre propre langageinconnu des horsains qui passent prés de nouset ne l’entendent pas,sautons à quatre rimespour les mieux dévorer des joies de notre vie,vraie ou imaginaire.Ne nous pointez du doigt :le doigt rompt le passage, nous disparaîtrionsde votre imaginaire.Mais si vous nous parlez,alors nos vers s’écartent et vous pourrez…
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Seul aujourd’hui existe
Narguer le temps qui vole, ment et nous pétrit. Rire des jours qui passent,ignorer ce qu’ils enseignent. Qui croit aux leçons se trompe ;un aveugle suit un aveugle,et tous deux tombent dans l’oubli. Hier triche,demain trompe,encore fraude,et le monde s’épuise. Seul aujourd’hui existe.
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À table !
Avant, toute froissée d’une toile cirée, j’offrais à mes convives du vin dans des verres sales, un rouge tord-boyau qui leur lavait la dalle, leur ruinait l’esprit et leur foie sinistrait, comme le firent les Vandales d’un empire en déclin. Onaro, le vin des costauds. Aujourd’hui toute lisse, ma surface ikéé, dans de propres gobelets…
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Autobiographie approximative d’une poule de clocher
Le ciel avait mal dormi. Les nuages bâillaient. Le zinc des gouttières faisait grève. Sur un toit de Touraine, le vent, ce stagiaire zélé de l’Histoire, révisait ses éléments de langage. C’est sous ce toit qu’un Gepetto forgeron, m’accoucha d’un cuivre obstiné. Il me fit coq. Pas par mérite. Par filiation. M’offrit une crête comme…
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Le bal des ego
Goutte de trop dans ta coupe d’utopie, tu parles fort, tu crois saisir l’ensemble — le monde esquisse un sourire discret : hubris, Tu griffes le ciel, tu te prends pour dieu, ta plume effleure le vide, des bulles de sens s’échappent de ton nez Ton trône de vers tangue sous ton poids, ta gloire…
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Deux pas derrière
Carnaval Venise suspend la rigueur. Accorde quelques heures au vertige. Désordre surveillé. Ivresse contenue. Depuis mille ans marché tacite : du jeu contre la colère, du théâtre contre la faim. Droit bref à l’écart. Masque : On brouille les sexes. On efface les noms. On interdit. On restaure. On rejoue. La bienséance rend les armes.…
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Le Pont des Morts
Dix-sept arches. Pour désapprendre le sol. Sous mes pas, j’entends couler l’Achéron. Je n’ai pas d’argent pour payer le passeur. J’ai troqué avant. Du plus beau de mes vêtements. De ce qui me rendait visible à la lumière. Ici, mon dernier habit est devenu pile, devenu pierre. Sa peau finance le seuil. Sous mes pas…
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Nul ne craint plus la mort …
Nul ne craint plus la mort que l’immortel s’il doute de son privilège.
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Moi, ce héros
Sms. Mercredi. 21 juin. 19h54. Peux-tu me rappeler d’urgence. Uniquement par sms. J’attends. Trois phrases. Trois coups brefs. La porte de mon ancien rôle qui tremble encore sur ses gonds. Jeudi. 13h12. Je réponds. Reçois seulement ton sms. Que puis-je faire pour toi ? Une minute. Deux. Le temps se ratatine. Je redeviens ce que…