À peine avais-je ôté mes souliers que je vis
une étrange lueur traverser le salon
et dans un doux murmure interpeller l’ami
qui venait de mourir comme un Bellérophon.
Moi, mon Bellérophon n’avait jamais dompté
Pégase et tué Chimère, tel ce héros,
fils de Poséidon qui, aux âmes bien nées,
vainquit les amazones. Ce qu’il portait beau !
Pourquoi après sa mort appelais-je Ernest
« Bellérophon », lui qui d’un passage sur Terre
bricola son existence au point qu’il ne reste
de l’homme que l’éther d’une amitié sincère ?
De fait Ernest n’est plus, du moins c’est ce qu’on dit,
mais du fond des enfers cette étrange lueur
témoigne qu’il vécut près du parc Montsouris
dans un petit meublé qui puait la sueur.
Jamais je n’appelais Ernest « Bellérophon »,
alors pourquoi la veille de ses funérailles
me suis-je retrouvé à user d’un surnom
bien trop grand pour son corps avant son feu de paille ?
Lecteur, repose ton esprit ; que ce mystère
enfin ne trouble pas ton rôt ; puis aux ripailles
célébrant le défunt, sans humeur funéraire,
retiens surtout d’Ernest ce qu’il mit de pagaille !
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