Grotesque, vous avez dit grotesque ?

Grotesque ? Tu sembles ridicule, bizarre,
risible au demeurant, parfois mêlé d’effroi.
Et pourtant je t’admire ô ma tête de l’art
— Théophile Gautier dans la Vallée des Rois !

J’aime les grimaciers et leurs difformités !
Lors un Quasimodo me paraîtra sublime
quand un vers dépoli sur ses tout petits pieds
foule en terre inconnue et scande fort la rime.

Non ! Les billevesées, les fadaises mortelles
— comme ces séries B prisées des cinéphiles —
qui enchantent les sens sans mère maquerelle,
trouveront ici-bas à répandre leur bile !

Le printemps maladif aux âmes mal armées
ne saurait supplanter un bel hiver pourri,
pâle dans le malheur d’une nuit d’Idumée
où le bois de santal bave boue et rubis.

Le pitre fait la roue ignoble des quinquets
qui laissent dans leur ombre un dégoût salutaire
vautré dans l’infini de ses pauvres caquets
que surjoue en passant une voix de chimère.

Combien le pétomane — et sa brise d’anus —
réjouit l’atmosphère en saturant l’espace,
colle au nez impeccable, affûté de Vénus
callipyge, statue brisant sa carapace ?

Alors nous, les petits, les songe-creux sans gloire
d’ébats poétiques forçant la prosodie,
de simulacres vains aux plis de la mémoire,
chantons l’Alléluia qui d’un cœur pur jaillit !

Le grotesque est ma loi gravée sur le néant
entre deux marbres lourds sans qu’un branle étouffé
n’allume un autre feu de tisons parfumant
le silence imposé par mes rêves foulés.

Crève charogne ! dont se dispute l’enfance
sous le crâne fêlé, mais toujours en éveil
hélas ! de ce qui fut un idéal en transe
si bien que sur la pierre il roulait à merveille !

Je suis L’Homme qui rit et je ferai la manche,
pieds dans le caniveau où s’écoule la vie
pour peu que le destin farceur, doré sur tranche,
hulule autour de moi tel un pauvre d’esprit.


Commentaires

3 réponses à “Grotesque, vous avez dit grotesque ?”

  1. Diane lecomte

    Pauvre d esprit non tu n es certes pas
    Pas plus déguisé en hiver pourri
    Et par tes quatrains je suis abasourdie
    Depuis mon réverbère je te vois

    Lors me voilà cette nuit dans la rue
    Pour t enjoindre de ne rien changer
    Dois je à genoux venir de supplier
    D’écrire encore tes coquecigrues !

  2. Charles Jeanne

    Ta plume de lichen affiche ton génie,
    ton protoxide azote le sombre de notre nuit
    l’iode de Fermanville infuse notre esprit,
    Contentin de toi-même tu peux être aujourd’hui.

    1. Charles Jeanne

      Protoxyde ira mieux.

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