Il neigeait en tempête sur le Potomac,
treize janvier mille neuf cent quatre-vingt-deux
sur le vol quatre-vingt-dix. Prenant place en queue
de l’appareil, j’étais ravi du tomahawk
acheté le matin dans la réserve indienne,
non loin de Black Hills de triste memory
quand George Crook de ses effectifs y perdit
une moitié au cours des guerres indigènes.
Notre Boeing 737 d’Air Florida,
juste après un décollage mouvementé,
s’était dans le fleuve par ce froid abîmé,
la scène se déroulant sous les caméras
de télévision. Chacun se rappelle encore,
malgré l’héroïsme de certains passagers,
qu’il n’y eut que cinq survivants, dont deux blessés
sur les soixante-dix-neuf personnes à bord.
Moi, je ne dois la vie qu’au sacré tomahawk
quand il me vint l’idée de m’accrocher au tronc
charrié dans un chaos de glace sauvageon
des chutes déchaînant les eaux du Potomac.
Lors, je suis animiste, écolo et Indien
vénérant cette hache au creux de ma mémoire
qui sur ma cheminée s’expose en grande gloire
nichée au bocage de mon fier Cotentin.
Toi le horsain, étranger à la Normandie,
s’il t’arrive d’échapper au réchauffement
climatique, souviens-toi de ces pauvres gens
qui moururent de froid en ces États-Unis.
Le trop chaud, le trop froid n’est pas bon aux humains
qui se baignent en avion dans le Potomac,
sans ce soucier d’emporter a good tomahawk
acheté pour de rien et en bagage à main !
Désormais, je n’arpente les rues de Cherbourg
qu’avec hache à la ceinture et un parapluie.
Je sais qu’il me pardonnera, Jacques Demy,
d’américaniser son histoire d’amour.
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