J’ai vécu dans un château en Ecosse

J’ai vécu en Écosse, au pays des fantômes
après bien des années passées en Cochinchine
à partager le riz — quelques grains dans la paume —
quand j’héritai sans frais d’une vague cousine.

Dans ce château en ruine à deux pas du Loch Ness,
l’ivresse du whisky et des ombres portées
par un feu languissant qui me gelait les fesses,
j’entendis qu’on frappait à la porte d’entrée.

Vous n’imaginez pas quelle fut ma torpeur
dont je me départis dans cette nuit sans fin
où je me ruminais un tombereau d’horreurs
encombrant mon présent de pauvre séraphin.

Une fée souriait en tendre Mélusine
et je l’introduisis au milieu des gravats
qu’elle magnifia de son aura divine
sous la gaze de lin exhibant ses appas.

Dans le salon désert, je la pris par la main
et d’un pas sautillant, nous dansâmes longtemps
des branles en secret à petits coups de reins
sans déroger pourtant aux gestes bienséants.

Mais je compris alors que la fille de l’air
voulait qu’un souvenir en sa chair volatile
troubla ce doux moment d’un tremblement de terre,
d’un tsunami de mer à l’écume labile !

Au lever du soleil quand les morts se reposent
de leurs nuits de folie aux dépens des vivants,
il convient, je l’avoue, que jamais on ne glose
pour ternir le futur qui hante les amants.


Commentaires

3 réponses à “J’ai vécu dans un château en Ecosse”

  1. Il s’en passe des choses, en Écosse, avec ou sans petit pois…

  2. Diane Lecomte

    Il semblerait que les châteaux en Écosse, même en ruines,
    toutes tendues de tartans d’alexandrins,
    soient habités de moins de fantômes que ceux d’Espagne !

  3. De la paume au château, du riz au whisky clair,
    tu convoques les morts à grand renfort de rimes ;
    chez toi, même les fées respectent la manière
    et les fantômes des gestes en vers bienséants.

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