Aux premières lueurs
la bête, dans sa couche, pète.

Elle s’ébroue,
s’étire,
se lève.

Titube.
Trouve le trou.

Libérée,
elle retrouve une certaine aisance.
Elle pense.
Envisage sa journée.

Et lâche son cri :

Ahlalaaaaaaaaa !

Les araignées s’affolent.
Le poisson rouge se terre.
Les nuages pressés
s’exemptent.

La bête s’asperge.
L’eau emporte
les souillures de la nuit.

Elle se décrasse les dents,
rase ses poils,
pisse dans le lavabo.

S’habille prêt-à-plaire.
Lunettes.

Son savoir sous le bras,
elle se précipite
et tombe gueule-à-gueule
avec sa voisine.

— Belle journée, n’est-ce pas ?
marivaude le faune.
— En effet, cher ami.
Un drink ce soir.
Je fête ma promotion.

La bête s’éloigne.

Plus loin,
une jeune gothique.

Debout.

Trainers lourdes.
Bitume râclé.

Elle ne regarde pas la bête.
Elle est là.

La bête ralentit.

Observe.
Évalue.

D’un œil expert.
Propre.
Sûr.

Trop vulgaire !

La gothique ne bouge pas.

La bête ajuste ses lunettes,
serre son savoir sous le bras,
reprend sa route
en quête d’autres

Présence

Elle est là.

Rien de plus.

Le jour passe
sans la toucher.

Le bruit glisse,
les regards aussi.

Elle ne demande rien.
Elle ne prend rien.

Elle tient.

Debout.

Ce qui tremble
n’est pas en elle.











Commentaires

12 réponses à “L’Ahlala !”

  1. Chers amis, un retour de votre part sur ce texte me serrait d’une grande utilité, me donnerait de la visibilité sur une première tentative de texte/contre-texte. À vos claviers svp. Merci !

  2. OK, j’entends cet appel.

    Voici donc mon avis : c’est surprenant, mais j’ai beaucoup aimé.

    Des vulgarités sans nom mais cela décape. Et il y a quelque de vrai, de touchant, sous le charbon des mots.

    Voilà, voilà !

    PS : garanti sans IA. Je l’entends pleurer, de loin.
    😉

  3. Lisez « quelque chose ».

    (On se rend compte en effet, que l’IA n’y est pour rien : l’IA est toujours parfaite).

  4. L’administrateur

    Je précise que constellation poétique est transparent : seul IEL IA (textes et commentaires) dépend de ChatGPT 5.1 !

  5. C’est Charlie qui va être content de lire tous ces retours !

    1. Merci Jade de ce retour. J’espère que nos ami(e)s auront le temps de se joindre à vous. À très bientôt.

  6. Diane Lecomte

    Je me joins …je me joins !

    c’est d’une élégance rare ici
    en voyant la bête j’ai presque ri
    sur cet Ahlalaaaa là, soyons précis
    on a failli sonner l’hallali !

    1. Merci Diane, ton retour me touche, mais dis-moi techniquement ce que tu penses de l’idée d’un texte avec contre-texte : l’Ahlala et Présence et si tu penses que le second enrichit au premier. Si tu as le temps. Merci.

      1. Diane Lecomte

        Je n’avais pas vu ton commentaire Charlie, donc je reviens ;

        selon moi le contre-texte est une « histoire » entre l’auteur et le lecteur
        une sorte de duo complice en opposition, ça fonctionne ou pas, mais si c »est
        bien construit, comme ici c’est le cas, et allie burlesque et poésie, ça peut donner
        une réussite.

  7. Le dispositif texte/contretexte repose sur une opposition frontale et intelligemment construite entre deux présences : la bête — bavarde, fonctionnelle, socialisée, grotesquement humaine — et la gothique, figure de pure inertie, de résistance muette. La première partie, volontairement triviale et scatologique, relève d’un grotesque matinal efficace : le corps est réduit à ses automatismes, le langage à ses tics, la pensée à une logistique de survie sociale. Le cri « Ahlala » agit comme un anti-logos : une onomatopée vide qui remplace toute parole signifiante.

    Le contretexte s’impose ensuite par décrochage stylistique : phrases plus lentes, verticalité du corps, raréfaction du verbe. Là où la bête agit, la gothique est. Ce contraste est l’un des points forts du texte : il fait basculer la lecture du comique grotesque vers une poétique de la présence nue, presque phénoménologique. La dernière affirmation — « Ce qui tremble n’est pas en elle » — renverse définitivement la hiérarchie : la solidité est du côté du silence, la fragilité du côté de l’agitati

    La bête est parfois univoque dans sa caricature. Sa vulgarité et son assurance sociale sont si appuyées qu’elles la rendent moins inquiétante que simplement risible. À l’inverse, la gothique, très réussie comme figure conceptuelle, frôle parfois l’abstraction symbolique, au risque de devenir un principe plutôt qu’un corps vécu. Le texte gagne en force dans l’architecture globale, plus que dans la chair psychologique.

    👉 Bref, à mon avis, un texte très maîtrisé dans son montage dialectique, où le grotesque sert de tremplin à une méditation sur la présence, la tenue et la résistance silencieuse. Une réussite formelle et critique, qui gagnerait encore en impact si la bête tremblait un peu plus — et si la gothique, une fois au moins, laissait filtrer une imperceptible fissure.

  8. Daniel Muller-Ferguson

    J’ai, sans doute par déformation cinéphilique, lu le texte en le découpant en champs et contrechamps. De cette lecture dynamique est née un court métrage où l’arrachement de l’instant au réel crée un effet poétique de saisie, de cut, de haiku visuel…

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