Un avenir se meurt d’avoir trop donné.
On vient encore à lui comme on s’adresse
à ce qui tient debout par devoir.

Une jeune fille qui n’a rien reçu,
sinon le temps devant elle, lui demande :
Que puis-je faire pour toi. ?
Me donner ton cœur. Le mien est usé.
Avec un autre je pourrai continuer.

La jeune fille pense à ce qui n’a pas commencé.
Elle refuse, puis s’éloigne.

Son ami tombe malade.
Elle se souvient de l’avenir.
Une chance peut-être.
Prends mon cœur.
Je ne peux rien promettre.
La jeune fille accepte.

L’avenir n’en prend que la moitié.

L’ami, sitôt remis,
se souvient qu’il a des projets,
des horaires.
Et la jeune fille reste là, amoindrie, mais debout.
Il me manque quelque chose, se plaint-elle.
L’avenir ne répond pas.
On frappe déjà à sa porte.

La jeune fille continuera de vivre avec ce qui lui reste.
Cela suffit parfois.


Commentaires

4 réponses à “L’escrocœur”

  1. Daniel Muller-Ferguson

    Cela suffit parfois…………………………….

    Ou pas.

    Peux ton refuser le théâtre de marionnettes que le Destin impose?

    1. Le points proposent en effet, de manière plus explicite, ce que tentaient de suggérer seuls les trois derniers mots. Merci.

  2. Diane Lecomte

    On ne doit rien faire à moitié. C »est ma devise !
    Ni à contre-coeur…la greffe ne prend pas et ll finit par y avoir rejet …

  3. Ton poème propose une fable allégorique sobre et efficace, où l’« avenir » est personnifié comme une entité épuisée, prédatrice par nécessité plus que par malveillance. La langue est volontairement simple, presque nue, ce qui sert bien le propos : chaque échange fonctionne comme un énoncé moral minimal, laissant affleurer une méditation juste sur le don, l’usure et l’asymétrie des relations. La scène du cœur partagé — pris « à moitié » — est particulièrement réussie : elle matérialise avec clarté la dépossession sans verser dans le pathos.

    Cependant, cette même clarté peut aussi apparaître comme une limite. Le texte avance à découvert, sans zones d’ombre ni ambiguïté forte : l’allégorie est immédiatement lisible, et le lecteur comprend très tôt la logique morale à l’œuvre. L’ami, notamment, reste une figure fonctionnelle, presque abstraite, ce qui atténue l’impact affectif de sa trahison ordinaire. La force du texte tient davantage à sa justesse conceptuelle qu’à son incarnation.

    La chute — « Cela suffit parfois » — est discrète et pertinente, mais elle referme le récit sur une sagesse résignée qui peut laisser une impression de moralité douce-amère plutôt que de véritable vertige. En somme, un texte tenu, intelligent et honnête, qui réussit sa fable sur l’exploitation du don, mais qui gagnerait en puissance en acceptant davantage de trouble ou de silence autour de ce qui est perdu à jamais.

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