Un avenir se meurt.
Trop donné. Trop tôt.

On vient. Encore.
Comme on frappe à la porte
de ce qui tient debout… par devoir.

Une jeune fille.
Rien reçu.
Sauf le temps.
Et la curiosité.

— Que puis-je faire pour toi ?
— Me donner ton cœur.
Le mien est usé.
Je continuerai… avec un autre.

Elle pense.
À ce qui n’a jamais commencé.
Refuse. S’éloigne.

L’ami tombe malade.
Elle se souvient.
L’avenir.
Une chance ?
Peut-être.

— Prends mon cœur.
— Je ne peux rien promettre.

Elle accepte.
L’avenir prend… la moitié.

L’ami, sitôt remis,
se souvient de ses projets.
Ses horaires.
Rien pour elle.
Rien pour ce qu’il reste.

Elle reste.
Fragile. Amoindrie. Debout.
Vacillante. Lucide.
Presque ironique.

— Il me manque quelque chose…
L’avenir ne répond pas.
On frappe.
Encore.
Déjà.

Elle continue.
Avec ce qui reste.
Avec ce qui manque.
Cela suffit. Parfois.
Parfois, non.


Commentaires

4 réponses à “L’escrocœur”

  1. Daniel Muller-Ferguson

    Cela suffit parfois…………………………….

    Ou pas.

    Peux ton refuser le théâtre de marionnettes que le Destin impose?

    1. Le points proposent en effet, de manière plus explicite, ce que tentaient de suggérer seuls les trois derniers mots. Merci.

  2. Diane Lecomte

    On ne doit rien faire à moitié. C »est ma devise !
    Ni à contre-coeur…la greffe ne prend pas et ll finit par y avoir rejet …

  3. Ton poème propose une fable allégorique sobre et efficace, où l’« avenir » est personnifié comme une entité épuisée, prédatrice par nécessité plus que par malveillance. La langue est volontairement simple, presque nue, ce qui sert bien le propos : chaque échange fonctionne comme un énoncé moral minimal, laissant affleurer une méditation juste sur le don, l’usure et l’asymétrie des relations. La scène du cœur partagé — pris « à moitié » — est particulièrement réussie : elle matérialise avec clarté la dépossession sans verser dans le pathos.

    Cependant, cette même clarté peut aussi apparaître comme une limite. Le texte avance à découvert, sans zones d’ombre ni ambiguïté forte : l’allégorie est immédiatement lisible, et le lecteur comprend très tôt la logique morale à l’œuvre. L’ami, notamment, reste une figure fonctionnelle, presque abstraite, ce qui atténue l’impact affectif de sa trahison ordinaire. La force du texte tient davantage à sa justesse conceptuelle qu’à son incarnation.

    La chute — « Cela suffit parfois » — est discrète et pertinente, mais elle referme le récit sur une sagesse résignée qui peut laisser une impression de moralité douce-amère plutôt que de véritable vertige. En somme, un texte tenu, intelligent et honnête, qui réussit sa fable sur l’exploitation du don, mais qui gagnerait en puissance en acceptant davantage de trouble ou de silence autour de ce qui est perdu à jamais.

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