L’esprit de l’utopie

Il pleuvait et j’avais épuisé tous mes rêves
d’enfant. Lors, la camarde osa me demander
pourquoi ne pas tenter une ultime odyssée :
retrouver en enfer mes rencontres trop brèves ?

Enfer et paradis ? Fadaises dont je ris !
Un couteau de cuisine, mon tour operator,
taillada derechef jusqu’à ce que les pores
de ma peau suintassent, m’exonérant de vie.

Quelle surprise pour moi, pauvre mécréant
qui pensait s’évanouir ou pourrir en géhenne,
d’être agréé par Pierre et les saints — pas de veine !
dans ce qui ressemblait au paradis d’antan.

Je proteste aussitôt et avoue confesser
que mes mœurs dissolues me dispensent d’égards ;
que je veux m’oublier où mon cerveau s’égare
au fourre-tout sans fin, d’avant d’être bébé.

Rien à faire ! L’apôtre aux clés d’argent me baille
un papier attestant que je fus baptisé
par l’abbé Hénocque, résistant, déporté,
en l’église Sainte-Anne de la Butte-aux-Cailles !

Je suis coincé de fait, mais n’en reste pas là
et réclame en pestant la porte de l’enfer
où je vous rejoindrai au centre de la Terre
toi, poète maudit, femme toujours prête à !

Négatif ! dit le scribe orientant le chaland
qu’a passé l’arme à gauche au terme du grand froid.
Un sourire sublime indique à mon endroit,
du paradis la porte. Je saisis qu’il ne ment.

Passé cette stargate, un ange me présente
au plus vieux des humains qui accueillit Jésus.
Il s’enquiert de choses que je n’ai jamais su,
si Dieu ne glissait pas sur la mauvaise pente ?

Du coup, je crie : Dieu est mort ! Les âmes s’esclaffent
de cette bonne blague et pourtant, je sens bien
que saints et bienheureux sont déjà au parfum.
Alors je refuse que leur foi mes mots raflent.

J’ai compris un peu tard que le ciel s’autogère,
que sans dieu ni maître, l’antique paradis
redécouvrit enfin L’Esprit de l’utopie*
— sauf pour l’intégriste qui ne manque pas d’air !

*Ernst Bloch, L’Esprit de l’utopie, Gallimard, collection « Bibliothèque de Philosophie ».


Commentaires

3 réponses à “L’esprit de l’utopie”

  1. Diane Lecomte

    En réalité l’abbé était une femme….elle s’appelait Laure 🙂

  2. Sans dieu, sans maître et sans plafond,
    Le ciel s’invente à hauteur d’homme,
    Où partager pain et passions.
    L’utopie est notre royaume.

  3. Daniel Muller-Ferguson

    Les affres de la bureaucratie… n’ont pas de limites tout comme en éternité !!

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