Le lendemain arriva sans prévenir.
Il n’avait pas été annoncé.
Il n’était pas certain non plus d’être le bon.
Le soleil fit un effort.
Les ombres suivirent, à peu près.
Mårkvar se leva tôt,
c’est-à-dire avant que ses idées ne soient d’accord entre elles.
Il posa un pied au sol.
Le sol répondit présent.
–– Voilà, dit-il.
Kåthrïn, déjà dehors,
regardait un arbre qui hésitait entre deux saisons.
–– Il choisit, dit-elle.
–– Ou il retarde, dit Mårkvar.
Une feuille tomba.
Puis remonta.
Puis décida de rester au milieu.
–– C’est mieux, dit Mårkvar.
Les Aujårds s’étaient remis à leurs affaires.
Ils en avaient plusieurs,
aucune ne correspondant tout à fait à ce qu’ils faisaient.
Un homme réparait une barque sur un toit.
Un autre plantait des clous dans une discussion.
Un troisième mesurait le vent avec une ficelle trop courte.
–– Ça tient, dit l’un.
–– Ça tiendra, dit un autre.
–– Ça a toujours tenu, conclut un troisième.
Personne ne vérifia.
Mårkvar marcha jusqu’à la table.
Elle était là.
C’était déjà beaucoup.
Il posa ses mains dessus.
Elles restèrent.
–– On peut vivre, dit-il.
Kåthrïn ne répondit pas.
Elle regardait une horloge posée contre un mur.
Elle n’indiquait rien.
Mais avec assurance.
–– Elle a choisi, dit-elle.
–– Tant mieux, dit Mårkvar.
Un silence passa.
Il ne s’arrêta pas.
Au loin, la mer faisait semblant d’être régulière.
Elle y mettait de la bonne volonté.
Une mouette traversa le ciel.
Mårkvar la suivit du regard.
–– Ça revient, dit-il.
–– Pas tout, dit Kåthrïn.
–– Non. Juste ce qu’il faut.
Ils restèrent là,
à vérifier que rien ne bougeait trop.
Un banc recula légèrement,
comme pour éviter quelqu’un qui n’arrivait pas.
–– Tu as vu ? dit Mårkvar.
–– Non, dit Kåthrïn.
Le banc revint à sa place,
avec discrétion.
–– Voilà, dit Mårkvar.
Un Aujård leva son verre.
–– À la stabilité.
Les autres approuvèrent,
avec prudence.
Le vent passa.
Il savait où aller.
Cela le rendit nerveux.
Il ralentit.
–– Faut pas exagérer, dit quelqu’un.
Mårkvar hocha la tête.
Il comprenait.
Il comprenait presque tout, désormais.
C’était nouveau.
Et un peu lourd.
–– Je crois que j’ai compris, dit-il.
Kåthrïn tourna la tête.
–– Quoi ?
Mårkvar hésita.
Quelque chose, en lui,
se mit à reculer.
–– Non, dit-il.
Pas encore.
Kåthrïn sourit à peine.
–– C’est mieux.
Un bruit sec coupa l’air.
Quelque chose venait de tomber.
Ou d’arriver trop vite.
Ils se retournèrent.
Rien.
Puis, un peu plus loin,
une porte se ferma avant d’avoir été ouverte.
–– Ça recommence, dit Mårkvar.
–– Non, dit Kåthrïn.
Ça continue.
Un temps passa.
Celui-là semblait correct.
Mårkvar s’assit.
La chaise accepta.
–– On va s’y faire, dit-il.
–– On s’y fait toujours, dit Kåthrïn.
Au-dessus,
les dieux ne riaient pas.
Ils regardaient.
C’était pire.
Odin plissa un œil.
Thor ne bougeait pas.
Loki attendait.
–– Ça tient, dit Thor.
–– Pour l’instant, dit Odin.
–– C’est le moment, dit Loki.
Il ne fit rien.
C’était déjà trop.
En bas,
Mårkvar leva son verre.
–– À peu près, dit-il.
Personne ne corrigea.
Et, pour la première fois,
cela ressemblait presque
à quelque chose
qui pouvait durer.
Depuis ce jour,
sur le Chemin qui tient à peu près,
on dit que comprendre trop tôt fait reculer les choses,
et que, par prudence,
Mårkvar préfère arriver après lui-même.
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