Le temps était passé dire bonjour.
S’était attardé au bistrot de la mère Bœuckly,
puis avait repris son chemin,
laissant derrière lui Fermanville en paix.
Trop calme.
Mårkvar et Kåthrïn assis sur le même sable
regardaient la plage
comme on regarde quelque chose
qui prépare autre chose.
Un crabe passa.
De côté.
Mårkvar se raidit.
–– Tu as vu ?
–– Oui, dit Kåthrïn.
–– Il nous évite.
Le crabe continua.
–– Il recule pour mieux…
Il ne termina pas.
Un second crabe apparut.
Puis un troisième.
Ils faisaient tous la même chose.
–– Ils s’organisent, dit Mårkvar.
Kåthrïn regarda les traces dans le sable.
–– Non, dit-elle.
–– Si.
Le vent passa.
Il ne prit aucun parti.
–– Ils nous contournent, dit Mårkvar.
Il posa la main sur le manche de quelque chose
qui n’était pas encore une arme.
–– Ça commence.
Les Aujårds furent prévenus.
Pas tous.
Mais suffisamment.
Ils arrivèrent par petits groupes,
avec des outils qui ne servaient pas à ça.
L’un tenait une pelle.
L’autre une corde trop longue.
Un troisième un filet percé.
–– Où sont-ils ? demanda quelqu’un.
Mårkvar désigna le sable.
Le sable ne répondit pas.
Un crabe sortit.
Puis rentra.
–– Là, dit Mårkvar.
Les Aujårds regardèrent.
–– Il n’y a rien, dit l’un.
–– Justement, répondit Mårkvar.
Ils hochèrent la tête.
Le vent se leva.
Pas contre.
Pas avec.
À côté.
Les crabes sortirent davantage.
Puis s’arrêtèrent.
Puis repartirent de côté.
Le sable se mit à bouger légèrement,
comme s’il respirait mal.
–– Tu vois ? dit Mårkvar.
–– Je vois, dit un Aujård.
Il ne voyait pas la même chose.
Mårkvar prit une position.
Pas la bonne, mais une.
–– On tient la ligne, dit-il.
–– Laquelle ? demanda quelqu’un.
Mårkvar hésita.
Le sable en proposa plusieurs.
–– Celle-ci.
Il en choisit une qui bougeait moins vite.
Les Aujårds s’alignèrent.
À peu près.
Mårkvar voulut ordonner la bataille,
mais un crabe lui glissa entre les pieds.
Un autre passa entre deux d’entre eux.
Sans effort.
–– Ils percent, dit Mårkvar.
–– Oui, dit un Aujård.
Il regardait ailleurs.
Le premier choc eut lieu.
Discret.
Un Aujård tenta de bloquer un crabe
avec sa pelle.
Le crabe contourna la pelle.
Puis l’Aujård.
L’Aujård tourna sur lui-même.
Trop tard.
–– Il est passé, dit-il.
–– Je sais, dit Mårkvar.
La bataille s’installa.
Sans bruit.
Les crabes avancèrent de côté.
Les Aujårds de face.
Rien ne se rencontrait vraiment.
Un filet fut lancé.
Il captura du vent.
Qui se débattit.
Une corde servit à entourer un trou.
Le trou ne bougea pas.
Kåthrïn s’était assise.
Sur une pierre stable.
–– Tu ne fais rien ? dit Mårkvar.
–– Je regarde.
–– Ils passent.
–– Oui.
–– Il faut agir.
–– Tu agis, dit-elle.
Mårkvar hocha la tête.
Cela lui parut juste.
Le vent changea.
Puis revint.
Puis hésita.
Les crabes étaient partout.
Le sable en contenait trop
pour être sûr de quelque chose.
Un Aujård fit un pas de côté.
Sans raison.
Puis se corrigea.
Trop tard.
–– Repli ! dit Mårkvar.
Personne ne bougea.
–– Alors avance !
Certains reculèrent.
D’autres avancèrent.
Le reste resta.
Un crabe monta sur une chaussure.
Puis descendit.
Mårkvar pâlit.
–– Ils testent nos défenses.
Kåthrïn ne répondit pas.
Le ciel observa.
Sans intervenir.
Un silence passa.
Mal placé.
Les crabes s’arrêtèrent.
Tous.
Puis reprirent leur route.
Comme avant.
Mårkvar leva la main.
–– Ça suffit.
Tout le monde s’arrêta.
Même ceux qui ne faisaient rien.
Les crabes continuèrent.
De côté.
Mais pas tous dans le même.
Mårkvar les regarda longtemps.
Puis il baissa la main.
–– Ils ne nous attaquent pas, dit-il.
Pas encore.
Ou pas comme ça.
Personne ne répondit.
Un Aujård posa sa pelle.
Un autre rangea son filet troué.
Le vent se calma.
Un peu déçu.
–– Ils ne passent pas, dit Kåthrïn.
Ils évitent quelque chose.
–– Oui, dit Mårkvar.
Un crabe s’arrêta.
Regarda.
Puis repartit.
Les Aujårds se dispersèrent.
Avec lenteur.
L’un d’eux demanda :
–– On a gagné ?
Mårkvar hésita.
Le sable ne trancha pas vraiment.
–– À peu près, dit-il.
Le soir tomba.
Les traces s’effacèrent
sans disparaître complètement.
Mårkvar resta seul un moment.
Un crabe passa encore.
Puis un autre.
Ils ne le regardèrent pas.
Au-dessus,
quelque chose eut l’air de sourire.
Mais sans se montrer.
Depuis ce jour,
on dit que les crabes avancent de côté
pour éviter les décisions,
et que Mårkvar, par prudence,
préfère leur faire face
en se tenant légèrement à côté.
Ce qui, certains jours,
revient exactement au même.
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