La météo n’a pas menti :
il neigera bien sur Paris.
Mon feu de bois déjà crépite,
le beau sapin est saprophyte
et les chants de Noël résonnent
de YouTube sur le smartphone !

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

La dinde et ses marrons mijotent ;
j’envoie les soucis aux pelotes ;
il faudra que tout soit parfait ;
une bûche glacée au frais
et notre amour renouvelé
dès le matin par nos baisers.

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Il a accusé réception
de notre lettre où sans façon
nous lui avons recommandé
de remplir nos petits souliers
sans oublier les chocolats
pour égayer notre repas.

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Le foie gras d’oie et de canard
que nous dégusterons pénard
avec les huîtres et le saumon,
les Saints-Jacques venant du Mont.
Le champagne coulant à flot
explosera nos caberlots.

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Ne t’inquiète pas mon aimée.
Les dividendes cette année
sont conséquents et lors sereins,
nous emprunterons dès demain
les pistes de Haute-Savoie
dans la poudreuse et dans la joie.

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Nous pousserons jusqu’à Genève
chez ce banquier portant nos rêves
vérifier que le coffre fort
ne fera pas l’envie à tort
aux pauvres qui complaisamment
se vautrent dans le dénuement !

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Je n’ai pas l’âme d’un berger.
Si les brebis sont fatiguées,
je leur conseille quelques brasses
dans la piscine qui décrasse
– piscine privée et couverte –
où retrouver un corps alerte !

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Refaisons l’amour, mon amour !
Dépouillons-nous de nos atours,
ça ne coûte rien et les pauvres
vivant à Paris ou Hanovre
peuvent prétendre à un orgasme
s’ils veulent sortir du marasme.

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Tu crois que fatigue et tracas
oblitèrent les fins de mois
et entament la libido ?
Je reconnais que c’est ballot
et je les plains de tout mon cœur,
ces pauvres, rétifs au bonheur !

Pourtant il manque quelque chose,
mais je ne saurais dire quoi.

Les derniers seront les premiers
et les plus pauvres, bons derniers,
découvriront que les enfers
rétabliront l’égalité.
En attendant, nous on s’empiffre
au son du hautbois et des fifres !

Ah bon… il manquait quelque chose ?
Moi, je ne saurais dire quoi !


Commentaires

3 réponses à “Stances de Noël”

  1. Tes stances déploient avec efficacité une satire sociale grinçante, construite sur la répétition obsédante du refrain « Pourtant il manque quelque chose », qui agit comme un révélateur du vide moral et affectif dissimulé sous l’abondance matérielle. L’accumulation de signes de confort, de luxe et de bonne conscience compose un portrait ironique d’une bourgeoisie repue, dont l’aveuglement est mis en lumière par un ton faussement candide et une syntaxe volontairement lisse. La mécanique est bien maîtrisée, mais elle devient aussi la limite du poème : la répétition, si elle est pertinente sur le plan satirique, finit par prévisibiliser l’effet, et certaines « charges » contre « les pauvres » gagnent plus par leur antiphrase que par leur finesse. La chute, enfin, réussit à retourner l’ironie contre le narrateur lui-même, donnant au poème sa vraie portée critique : non pas un pamphlet moral, mais une farce amère sur l’autosatisfaction et le déni, efficace sans être subtile.

  2. Diane Lecomte

    Moi je sais !

    mais je ne le dirai pas ^^

    et pourtant l’Anna forniqua de belle manière !

  3. J’n’aurai plus l’occasion de trouver le chapon
    Dans le fond d’la poubelle de mon voisin bobo
    Vu qu’il doit aujourd’hui trier avec raison
    Le gaspillage comme le préconise G. Garrot.

    Il manque quelque chose,
    mais je n’saurais dire quoi.

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