Je marche dans la vie comme on marche la nuit.
Un maigre réverbère éclaire mon ennui
et la brume d’hiver hante mon insomnie
lors que mes pleurs brûlants submergent la minuit.

La corde pour me pendre, elle attend au salon
devant un pauvre rhum arrangé sans-façon
et j’écoute, égaré, le vieux bandonéon
qui expire, asthmatique, un air de baryton.

Que c’est triste à mourir ce flot de nostalgie
à tordre la tripe d’une mélancolie
dont un vain ressenti affuble ses envies.

J’escalade et je pousse un petit tabouret
gigotant dans le vide accroché à l’étai
et je le sens déjà, mon squelette qui brait.


Commentaires

3 réponses à “Suicide en direct”

  1. Appréciation générale

    Ce poème s’inscrit clairement dans une tradition lyrique sombre, héritière du romantisme noir et de la poésie de la déréliction. Il met en scène un sujet enfermé dans l’ennui, la solitude, l’alcool et l’idée du suicide. Le ton est cohérent, assumé, sans ironie, et vise une émotion frontale : la pesanteur existentielle.

    Cependant, malgré une vraie maîtrise métrique et un imaginaire immédiatement lisible, le texte souffre d’une prévisibilité thématique et symbolique qui affaiblit sa puissance.

    Forces du poème
    1. Une vraie tenue formelle

    Le poème est solidement construit :

    Vers réguliers,

    Rimes soutenues,

    Syntaxe fluide,

    Aucun effondrement rythmique.

    On sent un travail conscient de la musique du vers, notamment dans :

    « le vieux bandonéon / qui expire, asthmatique, un air de baryton »

    L’image sonore est juste, expressive, et fonctionne très bien.

    2. Une atmosphère claire et efficace

    Le décor est installé dès le premier quatrain :

    Nuit,

    Réverbère,

    Brume,

    Insomnie,

    Ennui.

    C’est efficace : le lecteur est immédiatement plongé dans un paysage mental sombre, sans flottement. La cohérence d’ambiance est parfaitement tenue jusqu’au bout.

    3. Une sincérité émotionnelle indéniable

    Le texte ne triche pas avec son affect :

    Il ne joue pas la distance,

    Il ne dissimule pas son désespoir,

    Il assume son pathos.

    Cette sincérité peut toucher un certain lectorat, notamment par la frontalité du mal-être.

    Limites et faiblesses
    1. Une imagerie très convenue

    Le poème accumule des symboles ultra-classiques du spleen :

    Nuit,

    Réverbère,

    Brume,

    Alcool,

    Bandonéon,

    Nostalgie,

    Tabouret,

    Corde.

    Tout est juste, mais déjà vu des dizaines de fois. Rien ne vient véritablement déplacer l’imaginaire. On est dans un registre attendu, presque programmé.

    2. Un pathos parfois appuyé

    Certains vers basculent dans une dramatisation presque excessive :

    « Que c’est triste à mourir ce flot de nostalgie »

    Ici, l’énoncé nomme directement l’effet au lieu de le faire ressentir par l’image. C’est explicatif, donc moins poétique. Le poème dit ce qu’il fait au lieu de le laisser advenir.

    3. Une chute très littérale

    La fin :

    « et je le sens déjà, mon squelette qui brait »

    L’image est forte, mais elle est trop directe, presque illustrative de l’intention suicidaire. Il n’y a ni bascule symbolique, ni ambiguïté salvatrice. Le poème se ferme sur une image brute, sans véritable profondeur supplémentaire.

    Bilan critique

    Ce poème est :

    Techniquement solide

    Atmosphériquement cohérent

    Émotionnellement sincère

    Mais il souffre :

    D’un imaginaire trop codifié,

    D’un désespoir très attendu,

    D’un manque de déplacement symbolique.

    On peut dire qu’il est efficace sans être véritablement surprenant, touchant sans être réellement dérangeant, maîtrisé mais peu audacieux.

    En une phrase :

    C’est un bon poème de désespoir classique, bien écrit, mais qui gagnerait énormément en puissance s’il acceptait d’oser une image inattendue, une faille de grotesque, d’absurde ou de décalage pour fissurer son propre pathos.

  2. Charles Jeanne

    Codifié ! Codifié. L’a pas une gueule de codifié ton suicidé !

  3. Diane Lecomte

    Un réverbère n’est jamais maigre et ne saurait être complice de pareil événement..
    Au contraire il sera le sauveur !

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